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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 01:01

Je la vois comme un sanctuaire dévolu à l’instruction, et ceux qui y officient comme les gardiens et les transmetteurs du savoir. Il faut la préserver jalousement des influences extérieures, dont celle aujourd’hui envahissante de certains parents. On l’a vu avec l’affaire de l’assassinat de notre malheureux collègue professeur d’histoire, crime qui trouve son origine dans la plainte d’un parent d’élève.

 

À cet égard je suis très heureux que le président de l’Assemblée nationale ait affiché son soutien aux enseignants en rappelant que l’école « n’est pas la démocratie participative », et en déclarant : « Les parents devraient rester hors de l’école et foutre la paix aux profs. » (Source : 20minutes.fr, 21/10/20)

 

Le rôle des parents n’est pas fondamentalement d’instruire, mais celui d’éduquer leurs enfants. L’instruction, elle, revient aux professeurs, qui ont la compétence pour l’assurer. Ce n'est pas aux parents de dire aux professeurs ce qu’il faut enseigner et comment il le faut. S’ils se croient autorisés à le faire, ils pratiquent un très fâcheux mélange des genres. Et ils devraient même réfléchir que simplement pour éduquer les enfants beaucoup d’entre eux sont défaillants, et que ce n’est pas le rôle principal de l’école de les suppléer. Comme dit le proverbe : Chacun son métier et les vaches seront bien gardées.

 

Autrefois, quand un enseignant punissait un élève, le parent doublait la punition. Il y avait un grand consensus là-dessus. Mais aujourd'hui nous en sommes loin !

 

En vérité cette emprise générale des parents sur l’école, matérialisée par leur participation aux divers conseils et réunions, procède d’un esprit clientéliste, ou consumériste, qui caractérise d’ailleurs toute notre société. L’école devient un prestataire de services comme un autre, dont on attend un résultat, et que l’on peut noter en fonction de ce résultat : voyez les différents palmarès publiés, où le rang de chaque établissement est fonction du service rendu (ou de ce qu’on croit être tel), les différents « Salons de l’Étudiant » où chacun fait son marché et apprécie en quelque sorte le rapport qualité/prix des prestations offertes, etc. C’est aussi le sort de tous les services publics, comme la Poste ou la SNCF, où les anciens usagers sont devenus des clients : capitalisme libéral oblige !

 

Cette manie du classement oublie que l’enseignement que prodigue l’école est par principe un savoir gratuit, au sens de définalisé, qui vise essentiellement à développer l’esprit libre, en dehors de tout lien avec la consommation et la société marchande. Le mot école vient, via le latin, du grec skholè, qui veut dire loisir. Il ne faut jamais l’oublier.

D.R.

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

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22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 00:01

Cette vidéo de 3'12" provient de prises de vues faites dans un seul lieu (une chambre), un jour de mistral, et rend hommage au peintre Robert Delaunay, auteur des Fenêtres simultanées, et créateur en peinture du simultanéisme. Cliquez sur l'image ci-dessous, et n'hésitez pas à afficher la vidéo en plein écran :

 

La Chambre aux merveilles (vidéo)

 

> Pour voir sur Facebook d'autres vidéos dont je suis l'auteur, cliquer : ici.

> Pour voir mes anciennes vidéos sur le site de mon hébergeur Magix, cliquer : ici. Puis cliquer sur : Mes vidéos.

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 15:34

Après l’assassinat dans la région parisienne et par la main d’un fanatique de notre malheureux professeur et collègue, je me suis mis, à propos des caricatures de Charlie Hebdo, à repenser à la notion de blasphème.

 

Elle suppose un lien fort, de type reproductif, entre la  représentation d’une chose et la chose elle-même. Or, dans quelque langage que ce soit, la représentation de quelque chose n’est pas la chose. Représenter n’est pas reproduire. Le mot chien ne mord pas, il n’est qu’un son, au reste différent dans les différentes langues : on le sait depuis l’épisode biblique de Babel, où Dieu a diversifié les langues pour confondre les hommes.

 

Pareillement dans le monde des images, ainsi que Magritte par exemple l’a bien montré. Sous l’image très ressemblante ou réaliste d’une pipe, il a mis en légende : « Ceci n’est pas une pipe », voulant signifier par là que ce n’en est qu’une image, une représentation. Nous sommes dupes ici d’une vieille illusion : l’illusion référentielle. Les signes en vérité, s’ils font bien penser aux choses, ne les contiennent pas, dans tous les sens de ce mot – recéler, et limiter.

 

On peut penser à Cratyle qui dans le dialogue éponyme de Platon croit sans réfléchir à ce lien intrinsèque entre le signe verbal et la chose qu’il désigne. Et aussi à la querelle qui opposait au Moyen Âge les Réalistes aux Nominalistes. Les premiers défendaient une adhérence du signe à la chose, que les seconds niaient. Ce sont pourtant eux qui avaient raison.

 

Et leur position est la plus pieuse il me semble, puisqu’elle rend mieux compte de la transcendance de Dieu : comment penser qu’il se résume au nom qui l’exprime, ou à telle image censée le représenter ?

 

La théologie négative ou apophatique proscrit même à son propos tout langage, dont l’importance dès lors est totalement dévalorisée. Dieu est plus grand que tout ce qu’on peut en dire, comme il se voit dans l’expression arabe Allah akbar !, où akbar est un comparatif (dit ici élatif). Donc tout ce qu’on en peut imaginer, représenter, etc., est éminemment relatif, pour ne pas dire sans importance.

 

Je ne crois pas que ceux qui poussent ce cri en comprennent la signification. C’est bien dommage : ils ne voient pas que Dieu excède tout discours et toute représentation humains, que s'attacher à ces derniers est précisément idolâtrie – et donc que la notion de blasphème n’a aucun sens.

 

Mais, comme disait Voltaire, « Que répondre à celui qui s’imagine gagner le ciel en vous égorgeant ? »

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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