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21 février 2015 6 21 /02 /février /2015 00:00
Le christianisme en questions

Le christianisme en questions

Question 02 : Qu’est-ce que la Septante, et quel rôle joue-t-elle dans les textes chrétiens ?


Réponse : C’est la traduction en grec d’une version du texte hébreu antérieur, et c’est d’elle que majoritairement s’inspirent les textes chrétiens. Cette traduction fait difficulté pour les juifs d’aujourd’hui.

 

La Septante (LXX) est la traduction grecque, faite à Alexandrie au 3e siècle avant J-C, à la demande de Ptolémée II, d’une version de la Bible juive. Comme son nom l’indique, elle est censée avoir été réalisée par soixante-dix rabbins, réunis dans une sorte de « conclave ». Mais ce nombre est certainement légendaire, 70 étant une entité à valeur symbolique.

 

C’est d’elle que s’inspirent dans leur grande majorité les textes chrétiens les plus répandus, qui sont écrits en grec. C’est elle qu’ils citent le plus souvent. Pour les chrétiens orthodoxes, c’est la seule version de la Bible juive qu’ils admettent comme canonique.

 

Pour les juifs d’aujourd’hui, cette Septante est considérée avec beaucoup de suspicion. Ils y voient souvent des infléchissements de sens, et même des falsifications, par rapport au texte qu’ils pratiquent maintenant. Par exemple la prophétie d’Isaïe, selon laquelle « la Vierge enfantera » (Is 7/14), vient de LXX, qui traduit l’hébreu almah par parthenos. Si parthenos signifie vraiment « vierge » (cas il est vrai le plus fréquent en grec), ce mot ne rend pas almah, qui signifie seulement : « jeune femme nubile ». « Vierge » se dirait en hébreu bethoula. Ainsi l’idée de la naissance virginale du Messie, qu’on trouve en Mt 1/23 (qui cite simplement LXX), viendrait d’un « contresens » fait par les 70 rabbins sur le texte hébreu qu’ils pratiquaient. Bien sûr, si contresens il y a, les chrétiens ont dit les 70 rabbins avoir été inspirés par le Saint-Esprit à cette occasion. Mais les juifs ont dit, de leur côté, que « le ciel a pleuré le jour où leur Bible a été traduite en grec » !

 

Pour « contrer » LXX, Il y a donc eu chez les juifs de nouvelles traductions en grec de leur Bible, dont celle de Théodotion (1e ou 2e siècle), ou d’Aquila (2e siècle), plus conformes pensait-on au judaïsme initial, en fait critiquant l’utilisation chrétienne de la Bible. Et encore aujourd’hui certains juifs pensent que LXX, infidèle au « texte original hébreu », doit être laissée de côté.

 

Ils ont tort. En effet la Bible juive actuelle a fixé le texte bien plus tard que LXX. C’est la version des Massorètes, qui ne date que des 7e-10e siècles. On s’accorde à reconnaître maintenant que LXX est le reflet d’un état fort ancien du texte hébreu, qui voisinait certes avec d’autres versions, mais qui ne mérite pas du tout le discrédit qu’elle subit en milieu juif actuel. Il y a eu donc, comme toujours, un foisonnement de versions initiales, parfois se recoupant, mais parfois aussi s’engageant sur des chemins fort différents. Jérôme en sa Vulgate (traduction latine de la Bible faite  entre 390 et 405 ap. J-C), pour tel ou tel passage tantôt traduit LXX, et tantôt autre chose. Connaissant l’hébreu, il se voulait fidèle à la veritas hebraïca (vérité de l’hébreu) : mais le texte qu’il avait sous les yeux n’était déjà pas homogène.

 

Ces querelles ne sont pas du tout « byzantines » : l’enjeu est une certaine « sacralisation » du texte, que certains voudraient faire, mais qu’il n’y a pas lieu de faire. Le texte massorétique a fixé un texte, en refusant certaines options qui étaient possibles dans d’autres versions, bien antérieures, de ce même texte. Aussi ne sert-il à rien de se jeter à la tête des textes qu’on croit définitifs, mais qui ne sont que des options.

 

Aussi, qu’on croie en christianisme à la naissance virginale du Christ (parthénogénèse), ou qu’on la refuse, comme les judéo-chrétiens Ébionites, les textes, si divers, ne méritent pas qu’on se dispute avec agressivité, et même qu’on s’entretue pour eux.

 

Le même problème se posera bien plus tard en milieu chrétien, avec le choix qu’a fait la Réforme, contre la Tradition, pour la « Seule écriture » (Sola scriptura), en oubliant que cette Écriture même était le résultat de certains choix, donc elle-même une Tradition. Initialement salutaire, car voulant libérer le croyant de l’emprise du magistère, cette entreprise n’a pas poussé la « désacralisation » jusqu’au bout, puisqu’elle a en quelque sorte conservé, au moins en ses débuts, la sacralisation du texte.

 

A suivre

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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