Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
24 octobre 2018 3 24 /10 /octobre /2018 00:01

On se demande où va s’arrêter le nihilisme où s’engloutit chaque jour davantage le monde de l’art contemporain. Lors d’une vente aux enchères chez Sotheby’s à Londres, une toile de l’artiste Banksy, La Fille au ballon rouge, qui venait d’être adjugée au prix record d’1,2 million d’euros, a été déchiquetée en lamelles par une broyeuse dissimulée dans son cadre, télécommandée par l’artiste lui-même. Stupéfait, le public a mitraillé le dispositif, pour immortaliser le moment avant la destruction complète. Pour Nicolas Laugero Lasserre, spécialiste du street-art, Banksy « va devenir par ce coup de génie l’artiste le plus coté au monde » (Source : francetvinfo.fr, 06/10/2018).

 

Sans doute le geste iconoclaste de l’artiste avait-il pour but de montrer la totale déconnection du marché de l’art, où les prix atteignent des valeurs stratosphériques, avec la réalité des objets eux-mêmes proposés à la vente, soumis à la pure loi de la marchandisation et de la spéculation. Le même tableau vendu par un nom connu verra son prix s’envoler, et au contraire s’il est proposé par un inconnu il n’intéressera personne. On n’achète pas une œuvre, mais du vent médiatisé.

 

Le paradoxe est que cette entreprise faite pour dessiller les yeux des acheteurs est récupérée par le système lui-même, et qu’elle donne une plus-value à celui qui en est l’auteur. Plus l’artiste déconstruit le système, plus sa cote monte.

 

Comment expliquer cet aveuglement ? Je pense aux nobles qui assistaient aux pièces de Beaumarchais, et qui applaudissaient aux critiques mêmes dont ils y faisaient l’objet. Ne les comprenaient-ils pas ? Ou bien succombaient-ils à un vertige masochiste ? Ou les deux ?

 

Quoi qu’il en soit, ce système fou où toute notion de réalité est perdue subsiste, comme le disait Baudrillard de la société de consommation, « avec une fixité obscène ». Quelques tout petits pourcents de la population possèdent la majorité des richesses de la planète, dont ils n’ont que faire que de s’en amuser. Nous vivons une apocalypse joyeuse, et l’orchestre du Titanic continue de jouer en plein naufrage...

 

D.R.

 

***

 

Nota : Ce texte est aussi publié en volume. Retrouvez-le, avec toutes mes chroniques revues et enrichies, réunies sous forme de livres édités chez BoD en version papier et en version électronique, et constituant une collection de plusieurs tomes :

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

EBA 24/10/2018 09:00

L'art est -il toujours chose mentale? Ou l'objet d'une machine à notoriété de l'artiste?

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné.
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages