Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 février 2019 3 27 /02 /février /2019 01:01

Elle est à la base du fonctionnement de toute société. S’il n’y a pas une fiducia minimale, un crédit accordé à tous les signes et symboles sur lesquels s’est édifiée une culture, l’ensemble s’effondre. Une excellente analogie est celle de la monnaie : elle permet des échanges qui sont, si on y réfléchit bien, d’une terrible inégalité. On troque un bien réel et effectif (marchandise, force de travail, etc.) contre un simple bout de papier. Si le sens symbolique du processus se perd, tout s’écroule.

 

C’est à quoi j’ai repensé en écoutant sur France Inter, le 14 février dernier, le discours d’adieu à la ville de Bordeaux prononcé par Alain Juppé, appelé à entrer au Conseil constitutionnel. Voici ce qu’il a dit : « L’envie me quitte. L’esprit public est devenu délétère. » Et il a déploré l’absence totale de crédit fait désormais par les citoyens à leurs représentants.

 

Ce à quoi on assiste en effet de la part d’une majorité de manifestants est non seulement un discrédit des représentants en place, mais un refus de toute représentation, de son principe même. De ce refus de déléguer procède la demande de référendums d’initiative populaire. C’est la victoire de Rousseau et de son idée de « volonté générale », sur Montesquieu, qui distinguait bien des pouvoirs représentatifs et séparés. J’ai souligné le danger d’irréflexion pouvant mener à terme au césarisme populiste dans mon billet Référendum (Golias Hebdo, n°507).

 

Comme le Pouvoir, poussé par la peur, a déjà cédé à la violence, on entend dire maintenant que rien ne s’obtient sans elle. Un cycle alors se refermerait. Partie de l’ère du fait, du primat de la force brute, toute société se structure en effet selon des symboles qui ne vivent que du crédit qu’on leur donne. Grâce à eux s’installe la paix. Mais si ce crédit vient à manquer, alors on revient à l’ère de la pure force, du simple fait accompli. La guerre, y compris civile, n’est pas loin. J’espère de toutes mes forces me tromper. Mais je voudrais que nos manifestants, qui ont eu le mérite de dénoncer les abus injustifiables, comprennent maintenant qu’il y a parfois une intelligence de la médiation et de son respect.

 

D.R.

 

***

 

Pour voir l'ensemble de mes livres sur le site de mon éditeur BoD, en lire un extrait, les acheter, cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné.
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages