Extraits de mes ouvrages

Jeudi 25 novembre 2010 4 25 /11 /Nov /2010 22:03

¨(Extraits de mes ouvrages) 

Voici un extrait de ma Source intérieure, qui bouscule sans doute quelques idées reçues :

 


Le début de la Genèse, que l’on consi­dère ordinairement comme totalement positif, par l’émergence progressive qu’on y voit d’un chaos à l’ordre, comporte, si on sait bien le lire, des traces de catastrophe. Dieu crée la lumière, la décrète bonne, et s’achève le Jour un, ou le jour de l’Unité (1/5). Le nombre est cardinal, absolu, dans le texte hébreu (yom erad) : la Septante a hèmera mia, la Vulgate, dies unus. S’il s’était agi de « premier jour », on aurait eu hèmera prôtè, ou dies primus. Ce moment-là est magique, car rien n’est encore extérieurement divisé, la sépa­ra­tion inaugurale lumière/ténèbres n’est qu’in­té­­rieure : cette lumière initiale, en latin lux, est une disposition secrète à comprendre, si­tuée au plus intime de soi (le soleil que voient les yeux, source de la lumière naturelle, en latin lumen, n’est créé que bien après : 1/16). Ce moment-là a le prestige de tous les Débuts. Puis le « second » jour, et là l’ordinal est bien employé, est créé le ciel-plafond, mais alors Dieu, dans le texte initial hébreu, ne s’autofélicite pas : il ne dit pas que l’œuvre est bonne. Il ne reprend son autofélicitation qu’au troisième jour. Il faut bien lire le texte, encore qu’il soit très rare qu’il soit correctement traduit.

Tout se passe comme si l’on avait secrètement senti qu’il est dommage que l’Unité initiale ait été rompue. Quand quelque chose a commencé, la promesse du début est détruite. Il y a un principe fatal, une malédiction, dans tout déroulement, dans tout accomplissement, et on peut menacer quelqu’un de l’achèvement de ses meilleurs souhaits. – Changeons donc nos cartes de vœux : « Je vous souhaite de ne pas obtenir cette année tout ce que vous désirez… » Pourquoi ne pas essayer ? Nous verrions bien…

J’ai dit qu’il fallait toujours scruter le Langage. Par exemple « achever » signifie « parfaire » et aussi « tuer ». Et que dit-on quand on dit de quelqu’un qu’il est « fini » ? Le poète pressent cela, dont le « blasphème » n’est peut-être qu’une lecture plus fine du texte, ou de certaines de ses pistes :

 

Si profond fut votre malaise     
Que votre souffle sur la glaise  
Fut un soupir de désespoir…

(Valéry, « Ébauche d'un serpent », dans Charmes)

 

Manichéisme, gnose, catharisme… Une hérésie en grec signifie tout simplement un choix : hairesis. Un dogme donc n’est qu’une hé­résie qui a réussi, et ce qu’on entend par hérésie, au sens péjoratif, est à l’inverse un choix qui n’a pas été choisi. « Vae victis ! », Malheur aux vaincus ! dit alors le Dogme aux hérésies, ses sœurs d’hier…

On a donc choisi ici chez nous l’idée d’un développement positif, et sûrement d’un point de vue social c’était nécessaire, pour encourager les gens à agir, à créer. Une version moderne même de cette position pourrait être ce qu’on appelle aujourd’hui la théologie du Process. Mais l’idée de la Source intérieure, l’aspiration non pas à un état nouveau à atteindre dans le futur, mais à une complétude ou à une perfection initiale à rétablir dès maintenant, reste tout de même dans les âmes, comme objet de fascination. (pp.115-116 – Chapitre 9 : « Les deux mondes »)


 

 → Voir aussi : Création, Théologie buissonnière : Création, Création (version radio), ainsi que mon texte : La Gnose (paragraphe : « Traces gnostiques dans l'Ancien Testament »).

 

 

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Jeudi 11 novembre 2010 4 11 /11 /Nov /2010 21:26

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En ce jour particulier du 11 novembre, et en complément à mon article Le sacrifice religieux laïcisé, je vous joins en fichier PDF un des textes que j'y ai commentés : c'est le Discours aux morts de la guerre que fait Hector dans La guerre de Troie n'aura pas lieu, de Giraudoux. À ma connaissance, il ne figure dans aucune anthologie scolaire, et vous comprendrez bien pourquoi après l'avoir lu :

  

Discours aux morts de la guerre

 

 → Pour trois illustrations sonores, cliquer ici, ici, et ici.

 

Attention : tenir compte du temps de téléchargement ; il faut attendre que la barre de lecture s'affiche, pour accéder au fichier. Ensuite cliquer sur : Lecture ( ) pour l'écoute. 

 

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Mardi 9 novembre 2010 2 09 /11 /Nov /2010 14:40

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Voici en PDF une recension de ma Théologie buissonnière en deux volumes, parue dans le mensuel des protestants libéraux français et suisses Évangile et Liberté du mois de novembre 2010 :

 

Cliquer sur :

 

  Théologie buissonnière – Une recension

 

 

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Jeudi 28 octobre 2010 4 28 /10 /Oct /2010 22:46

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Voici un extrait de l'article Silence, du tome 2 de ma Théologie buissonnière. Il permet d'éclairer aussi ma vidéo La part de l'ange, puisque j'y commente l'expression connue : Un ange passe. Voir aussi l'émission de radio : Ange.

 


On peut juger de la profondeur d’un homme par la qualité de son silence et sa lenteur à en venir aux mots, et au contraire de sa superficialité par son agitation et son bavardage. Voyez comment les paysans, ces remarquables taiseux, jugent et jaugent un homme qu’ils voient pour la première fois : ils l’observent d’abord, et voient s’il sait se taire, et ne s’étourdit pas en étourdissant les autres par sa volubilité.

Il y a une magie du silence, qu’on trouve dans l’expression : « Un ange passe ». Voyez la chanson récente d’Adamo, La part de l’ange. Il s’agit de nier le refroidissement et l’entropie ordinaires de la vie, ou comme diraient les gnostiques, la rouille du temps, qui oxyde tout : Pour retrouver la part de l'ange / Qui s'est perdue au long des jours. – Cette part est celle du silence.

Le silence nous met à l’écoute de l’essentiel, qui ne peut être distingué, discriminé par les mots qu’avec violence, donc avec risque d’être détruit. Il s’oppose à la « parlerie » ordinaire, qui masque l’inauthenticité de nos vies, et la réalité de notre dégradation, de cette chute ontologique dont parle Heidegger dans L’Être et le Temps. Exactement comme notre désir d’entasser chez nous les objets matériels pour nous dispenser de méditer sur l’essentiel. Ou comme cette horror vacui (horreur du vide) qui caractérise la majorité de notre art occidental, et qui s’oppose au dépouillement et au laconisme de l’art zen par exemple. Comparez un bouquet de Breughel, par exemple, et n’importe quelle composition de l’ikebana (art du bouquet japonais). Là le vide triomphe du plein, et l’air, l’énergie, le souffle, qu’on l’appelle ruah, pneuma ou khi, peuvent mieux circuler : ce qui étoffe, étouffe. Aussi, quand on fait du feu, il ne faut pas entasser les bûches, mais laisser des interstices entre elles, pour que l’air puisse affluer et alimenter la flamme. Parfaite image de ce qui doit être, en écriture, le style : savoir suggérer seulement, donc faire au silence sa part.

Les Quakers prient ou méditent dans le silence. De même au Japon la cérémonie traditionnelle du thé est silencieuse : seul s’entend le bruit de la bouilloire, et on sait même à quel point précis de son chant le thé peut être apprêté. Les bruits les plus infimes, quand on y prête attention, peuvent avoir une énorme densité. Voyez le film Le grand silence, de Philip Gröning (2006), tourné à la grande Chartreuse, au pied des Alpes : film sans aucune parole et sans aucune explication, où, pendant presque trois heures, seules se voient des images et seuls s’entendent des sons. Film admirable, qui nous donne de Dieu la meilleure idée qui soit : non un vent violent, non un tremblement de terre, non un grand feu, mais seulement « un murmure doux et léger » (1 Rois 19/11-13).

 


→ Pour écouter la version radio de ce texte, cliquer sur : Silence (version radio).

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Mardi 26 octobre 2010 2 26 /10 /Oct /2010 22:24

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En complément à Mon enfance m'appelle, je reproduis ici un magnifique poème de Jean Tardieu, L'enfant resté au bord de la route, que j'ai cité et commenté au début du dernier chapitre de ma Source intérieure, « La Source et l'Origine » (pp.127-128) :

  


 

Voilà plus de trente ans que j’attends de vivre. Ai-je vécu ?     

Sans doute quelqu’un a vécu. Mais ailleurs, quelqu’un d’autre est resté, un petit d’autrefois que je connais bien. Celui-là depuis toujours est demeuré, celui-là toujours à la même place demeure. Il attend, il m’attend et à travers la distance énorme il me fait des signes désespérés. 
Oui c’est bien celui-là qui s’étonne là-bas, qui appelle, crie, gémit, car on ne l’a pas emmené. On l’a trahi : il croyait que tout allait venir à lui – et tout s’est éloigné de lui. Tandis que moi, moi qui suis parti sur la route, moi le quelqu’un qui va toujours là où
je vais, c’est moi qui ai tout emporté, tout emporté, même l’image du solitaire enfant resté assis désespéré sur une borne de la route.  
En effet, j’ai beaucoup beaucoup marché et parce qu’en marchant j’ai tout arraché des bords du chemin, parce que j’avançais sans cesse, ah ! comme je me suis cru riche ! Pourtant je ne possède rien qui  vaille : les fils dansants du télégraphe, l’écho de mes pas, l’odeur des cuisines d’auberge, l’aboiement des chiens la nuit derrière les grandes portes  fermées.       
Comme je voudrais retourner vers l’enfant ! Il savait tout d’avance – et c’est bien pour cela qu’il pleurait.
   

 

(Jean Tardieu, La part de l’ombre, « Poésie » / Gallimard, 1972, p.190-191, « L’enfant resté au bord de la route »)

 


 

L'épigraphe de mon ouvrage est une citation du psychiatre et psychanalyste René Diatkine, qui résume le projet du livre tout entier :

   

Celui qui va mal reste fasciné par l'horizon infini de ses rêveries d'enfant. Il devient statue, sans plus savoir les raisons de son immobilité. C'est à nous de les retrouver avec lui.

   


 

→ Voir aussi : Enfance mon amour

 

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Lundi 25 octobre 2010 1 25 /10 /Oct /2010 00:15

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Voici en PDF l'interview, désormais archivée et non consultable chez l'éditeur, que j'ai donnée à La Lettre des Éditions Golias à propos de la sortie en 2007 du tome 1 de ma Théologie buissonnière :

 

Théologie buissonnière, tome 1 : Interview donnée à Golias

 

 

Couverture de Théologie buissonnière, tome 1

 

Pour voir la quatrième de couverture, cliquer ici. 

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Dimanche 24 octobre 2010 7 24 /10 /Oct /2010 00:02

¨(Extraits de mes ouvrages)

Voici un extrait du chapitre 5, L'homme symbolique, de mon ouvrage Comprendre la culture générale. Légèrement augmenté par rapport à l'édition initiale, il s'intitule : Anthropologie du Diable.

 


Le Diable par exemple, auquel il est si utile de croire, pour l’âme ou pour l’esprit, a été systématiquement « démoli » dans la conscience occidentale depuis le XVIe siècle. Pourtant, Luther, dit-on, lui avait jeté son encrier à la face. 

Au Moyen-Âge, lorsqu’un homme ne se possédait plus, était pris de convulsions, la bouche écumante, etc., on disait qu’il était possédé par le démon, sous influence, travaillé ou détenu par une puissance étrangère : énergumène (energoumenos). Et on appelait un exorciste, pour chasser cette influence. Aujourd’hui, le médecin psychiatre remplace l’exorciste, la possession s’appelle psychose (schizophrénie, etc.). L’internement a remplacé le vieux rituel de délivrance, la camisole d’abord, puis la camisole chimique, l’abrutissement par les médicaments, ont remplacé les formules magiques. Mais on n’a changé que les dénominations : le cerveau du schizophrène, à l’autopsie, est-il différent des autres cerveaux ?

La barbarie elle-même n’a pas forcément changé. Bien sûr, le bûcher a brûlé les démoniaques. Mais que dire des douches, des électrochocs, des lobotomies ? Il y a une barbarie psychiatrique, que montre le film de Milos Forman, Vol au-dessus d’un nid de coucou.

Voyez aussi sur cette barbarie le film de Ken Loach, Family life, ou encore la dernière partie d'Orange mécanique, de Kubrick. – Il me semble que la psychiatrisation, et en générale toute médicalisation systématique des problèmes des hommes, les désinstitue en tant qu’êtres humains. Porter sur quelqu’un le diagnostic de folie est le meilleur moyen de l’éliminer, de le tuer spirituellement. Mieux vaut parfois l’exposition à la justice et au châtiment que de décréter quelqu’un fou. Raskolnikov décrété irresponsable n’aurait plus de possibilité de rachat, serait désinstitué, une fois disparu le miroir représentatif et structurant où il pourrait se construire. Les constructions symboliques sont garantes d’humanité.

L’enfant même le sent : il y a des cas où le contrôle de soi est inopérant, des forces intérieures incoercibles l’habitent. Il écume lui aussi, trépigne, « rugit » : le caprice survient, telle une brève folie. La gifle du père est l’exorcisme, inévitable...

Ira furor brevis, dit Sénèque : la colère est une brève folie. Les Anciens ont toujours considéré la folie comme un châtiment des dieux. Quos vult perdere, prius dementat : la divinité rend fous ceux qu’elle veut perdre. L’histoire d’Ajax devenant fou, dans la tragédie de Sophocle, le montre assez.

Notez ici qu’il y a toujours eu un lien entre la folie et les dieux, le contact des dieux ou le rapport avec eux. L’épilepsie par exemple était possession divine, avant qu’Hippocrate ne l’appelle « la maladie prétendument divine ». La « modernité » occidentale commence là. – Ce n’est pas pour rien que Muichkine, personnage « christique » héros de L’Idiot de Dostoïevski est épileptique.

C’est cette dimension, divine, ou sacrée, ou diabolique, qui a été perdue à l’époque moderne. Si l’on s’avise de réclamer à un pasteur, peut-être même aussi à un prêtre (l’église catholique de nos jours devenant par maints côtés rationaliste et protestante), les services d’un exorciste, il risque de nous adresser à un psychiatre... Le diable aujourd’hui est au chômage, on croit à l’hygiène, à la santé du corps, non au démon : Valéry dans Mon Faust montre le diable d’aujourd’hui comme un « pauvre diable », sans emploi.

Et pourtant qui ne voit que cette construction symbolique du démon, et les récits ou les fictions qui lui donnent corps et s’en alimentent, sont d’une extrême profondeur ? Qui ne se sent, ne s’est jamais senti, une fois dans sa vie, double ? Homo duplex. D’Aurélia de Nerval à L’étrange histoire de Dr Jekyll et Mr Hyde, de Stevenson, en passant par Le Horla de Maupassant, les textes et œuvres foisonnent, qui montrent que l’homme n’est pas toujours le maître dans sa propre maison. Il y a, en nous, un être autre que nous-même, contre les sollicitations duquel maintes fois nous ne pouvons rien.

Tout cela devrait nous inviter à la prudence, et nous montrer les dangers ou l’inconscience qu’il y a dans une attitude systématiquement « mélioriste » envers l’histoire, la vie politico-sociale, la culture ou la vie de l’esprit, etc. « Optimiser », améliorer, intervenir à tout propos, en toutes choses, est une attitude souvent bien naïve. Comme celle qui consisterait à dire que le Moyen-Âge, où l’on croyait au Diable, était une époque archaïque : la nôtre au contraire, où l’on croit au progrès, serait enfin civilisée... « Heureusement, nous ne sommes plus au Moyen-Âge... », entend-on dire souvent, aux Monsieur Homais modernes. Il n’y a rien de si sot que cette formule si répandue aujourd’hui.

Lors de l’exécution de Gilles de Rais, le « Barbe-Bleue du Moyen-Âge », égorgeur d’enfants, la foule entière a prié pour le salut de son âme, y compris les parents des petites victimes, ainsi que le rapporte Huysmans dans Là-Bas. Était-ce là une époque « obscure » ? Aujourd’hui, dans les grandes villes, la foule passe anonyme et indifférente à côté d’un corps humain étendu sur le trottoir : encore un ivrogne, pense-t-on, un clochard, un paresseux ; on ne s’enquiert pas de savoir si ce n’est pas un passant qui a eu un malaise. Où est l’époque la plus barbare ?

Jamais le Moyen-Âge n’a connu la barbarie où a versé notre siècle : la barbarie stalinienne ne le cède en rien en horreur à la barbarie nazie, le Goulag n’est pas inférieur à Auschwitz. Le XXe siècle pourtant était très cultivé, très civilisé, très rationaliste et très « savant ». L’Allemagne abondait en penseurs, intellectuels. Pays des Herr Doktor, Herr Professor... Cela n’a pas empêché la venue du Wildermann, ou homme sauvage. Peut-être même cela l’a-t-il causé : car le positivisme est l’ignorance de l’essentiel. A force de nier le Diable, disait Jung, nous avons ouvert toutes grandes les portes de l’Enfer. La plus grande ruse du Diable, affirmait déjà Nietzsche, est de nous faire croire qu’il n’existe pas. (pp.109-111) 


    Couverture de Comprendre la culture générale

 

Lien pour cet ouvrage : cliquer ici

 

Pour écouter le développement de ce thème en émission de radio : cliquer ici et ici.

 

Voyez aussi mon article : Angélisme.

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Vendredi 22 octobre 2010 5 22 /10 /Oct /2010 18:19

¨(Extraits de mes ouvrages)

Voici le début du chapitre L'objectivation de mon récent ouvrage Une voix nommée Jésus – L'Évangile selon Thomas. Il indique la voie essentielle à suivre quand on veut progresser sur le plan de la spiritualité :

 


 

Jésus a dit : ‘Connais ce qui est devant ton visage, et ce qui t’est caché te sera dévoilé, car il n’y a rien de caché qui n’apparaîtra.’ (EvTh 5)

 

Nous ne voyons que très rarement les choses telles qu’elles sont, objectivement, sans projection d’aucune sorte. Tout se pare d’habitude des prestiges de nos attentes ou nos espoirs, ou bien se déforme selon nos angoisses ou nos peurs, ou bien encore se mélancolise selon nos regrets. Il faut donc qu’un beau jour nous décidions de ne rien projeter sur les choses, de les voir simplement telles qu’elles apparaissent. Le lait versé est versé : rien ne sert de regretter l’instant d’avant où il ne l’était pas. Voyons-le, simplement. Il n’est que ce qu’il est maintenant, hic et nunc. Sa forme même sur la table est inépuisable, observe-la bien. L’aléatoire déjoue tous tes calculs, toutes tes prévisions. Et en même temps, dans l’intensité de ta vision absorbée ou nettoyée, il prend une sorte de nécessité.

Les choses sont ce qu’elles sont, voilà tout – ce qui ne veut pas du tout dire que nous n’avons rien à en apprendre, c’est même tout le contraire. Mais une fois enfin absorbés dans l’évidence, qui est si riche au fond, nous pouvons trouver cette grande joie de l’acquiescement, du oui donné au monde. Nietzsche l’a bien montré : dans l’évidence les vies dansent.

Si l’on sait ouvrir grands les yeux, on se libère de la peur, et l’apaisement peut se trouver, y compris dans les relations avec les autres. Il y a en effet des cas où la simple peur de voir ce qui est devant soi (« connais ce qui est devant ton visage ») engendre agressivité et violence. Par exemple la maltraitance dont sont victimes les personnes âgées vient très souvent de la peur qu’on peut éprouver, qu’on soit soignant ou autre, à simplement les regarder. On sait que de la peur à l’agressivité le chemin est facile. Plus un chien éprouve de peur en lui, par exemple plus petit il est ou se sent, plus fort il aboie et montre ses crocs. Le plus grand respect à montrer à un corps ou un visage disgracié est de lui faire simplement le cadeau de notre regard : quelle surprise alors à lire dans ces yeux une immense reconnaissance pour ce si petit hommage !

Mais nous sommes prisonniers de notre mental, nos pensées circulent en nous comme des singes qui dans l’arbre volent de branche en branche. Angoisses et espoirs, attentes et regrets, nous les suivons du regard, nous leur sommes asservis. Ou encore c’est comme quand nous suivons une femme dans la rue : on ne s’appartient plus, on est décentré. « Mes pensées, ce sont mes catins », dit Diderot dans Le neveu de Rameau. Mais c’est là rêvasser, ce n’est pas penser, être concentré, centré sur la vision claire et actuelle des choses. « L’âme absente occupée aux Enfers », dit Valéry de la rêveuse.

Écoutons donc ici ce que dit ce logion 5 de l’EvTh, qui nous invite à ouvrir grands nos yeux sur ce qui se trouve devant nous.

Toutes les sagesses du monde insistent sur la nécessité de ce centrage. Il faut mourir au mental pour naître au présent pur, sous le signe de l’esprit. La destruction du mental est la grande tâche : si ton mental vit, tu meurs ; si ton mental meurt, tu vis, dit-on en Inde. C’est ainsi qu’on peut comprendre le v. 2 de notre logion : « Connais ce qui est devant ton visage ». C’est-à-dire ne cherche pas ailleurs, ce que tu vois suffit. Connaître, disait Claudel, c’est co-naître, naître avec. Épuise vraiment ce que tu vois, mais commence par t’y intéresser. Le reste n’est que ronronnement mental. (pp.107-109) 

 


 

Couverture recto, résolution Internet jpg

 

→ Voir aussi : Adhérer à l'instant présent.

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Mercredi 20 octobre 2010 3 20 /10 /Oct /2010 17:51

 ¨(Extraits de mes ouvrages)

Je sais fort bien que d'après les textes la mère de Jésus, même si on admet qu'elle l'a enfanté étant vierge (scénario dont je donne dans mon livre Les Deux Visages de Dieu une explication symbolique), ne l'est pas restée ensuite. Ainsi Luc dit qu'elle a accouché dans une crèche de "son fils premier né" (2/7). Ce qui veut dire qu'elle a eu ensuite d'autres enfants. D'autre part, les textes font bien mention de "frères et de sœurs" de Jésus (Matthieu 12/47 ; Marc 3/32 ; Luc 8/20).

Cependant je reproduis ici la fin de mon chapitre Vierge Marie ? de mon ouvrage. J'y défends dans le cas de Marie, sinon une virginité définitive, au moins une chasteté de prudence, et je la "salue" pour ne pas avoir voulu suivre le lot commun, où très souvent, comme le sable du désert recouvre les Pyramides d'Égypte, le spirituel s'anéantit dans le biologique. Voyez par exemple l'atmosphère de nursery qui clôt, très ironiquement à mon sens, l'épopée grandiose de Guerre et Paix.

Ce chapitre est le seul dans ce livre qui ait fait "tiquer" mes amis protestants, et on comprend bien pourquoi, insurgés qu'ils sont contre la mariolâtrie. Je ne pense pas pourtant que ce soit un vieux réflexe catholique qui me l'a fait écrire : je n'ai fait qu'y suivre, il me semble, le penchant de ma propre sensibilité. Trouvera-t-elle un écho dans la vôtre ?  

 


… Mais la virginité de Marie, disent aussi les critiques hostiles au chris­tianisme, conduit à séparer en sa figure maternité et plaisir. Il est vrai que depuis deux mille ans on a pu faire cette disjonction, et l’imposer aux femmes. Il y a d’un côté les mères, et de l’autre celles qui ont vie et épanouissement sexuels. Évidemment les secondes sont mal vues et inférieures aux premières. En pays latin, le fils ne peut pas penser que sa mère ait eu dans sa vie à un quelconque moment un quelconque plaisir sexuel. – Certes...

Qu’est-ce que cela veut dire, « épanouissement sexuel » ? Peut-être là encore faut-il dépasser encore une fois le déterminisme, dans un autre ou un nouveau de ses aspects, c’est-à-dire la physiologie ou l’élémentaire du plaisir. Naguère c’est maternité et famille qui tyranni­saient. Aujourd’hui, c’est le dictat du plaisir immédiat et l’injonction du corps à tout prix. Mais l’esprit enveloppe le corps aussi. Subir le corps est le suivre. Être chaste (pas toujours et pas pour tous peut-être...), le dominer. Comme parfois on a les yeux plus grands que le ventre, ainsi le désir peut excéder le corps. L’être aimé, même présent, nous manque sou­vent. Éprouver cette absence, cet abîme, c’est véritablement être troué... – Peut-être pas la plupart du temps, certes. Nous fuyons l’infini que nous portons en nous...

Mais parfois il y a du courage à refuser le lot commun, s’agît-il même du plaisir, tel qu’aujourd’hui on le revendique, au bénéfice d’une ambition plus haute qu’on se fixe. C’est peut-être ce que Marie a dû se dire. Aimer et être aimée comme personne d’autre avant soi, à sa propre fa­çon, inouïe. L’amour platonique, au moins en tant qu’étape, n’est pas forcément sacrificiel. C’est parfois la plus grande exigence. La part de Marie qui pense, « la songeuse », est là (Lc, 2, 19 : « Quant à Marie, elle conservait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur »). C’est là le choix de la « virginité », choix symbolique bien sûr. Et il n’est pas question ici évidemment de « morale ». Virginité ou chasteté ne sont ici que la prudence du désir, le refus de le clôturer, ou de l’achever dans tous les sens de ce mot.

La doxa ici est insuffisante. Dans la vie, à l’inverse de ce qu’on croit ou dit souvent, les absents ont toujours raison. Loin des yeux, près du cœur. Mieux vaut parfois jamais que tard. Et les fruits passent-ils la promesse des fleurs ?

Anorexie mentale de certaines jeunes filles, anorexie sainte des mystiques… C’est une autre faim qui les affecte. Il y a des refus qui sont des recherches d’autre chose, de plus haut. Le suicidé lui-même est celui qui veut vivre – mais autrement. Comme un paysage traversé de nuit (en train ou autre…), nous laisse deviner ce qu’il pourrait être de jour, ainsi nos rencontres les plus banales ou même les plus sordides nous laissent pressentir parfois quelque chose qui les dépasse, et qu’il vaut la peine de chercher. À supposer même que cela ne soit pas, qu’est-ce que cela change ? Ce qui n’a pas de sens a peut-être un sens supérieur à ce qui en a.

Marie a sûrement choisi intérieurement son sort – autant qu’elle a été choisie. Le texte évangélique est curieux à cet égard. Elle demande à l’ange comment la chose annoncée pourra se faire, puisque, dit-elle, elle ne connaît pas d’homme. Mais prenons garde que le texte grec et sa traduction latine ont ici des présents duratifs. Lc 1, 34 : « Marie dit à l’ange : comment cela se fera-t-il, puisque je ne suis pas en état de connaître un homme ? » (gr. epei andra ou gignôskô   – lat. quoniam virum non cognosco).  C’est sûrement une définition ou une essence, plus qu’une position circonstancielle. Si elle avait voulu dire qu’elle n’avait pas encore connu d’homme, il y aurait en grec un aoriste, et en latin un parfait : egnôn, cognovi. Cela aurait été normal d’ailleurs de la part d’une « fiancée », dont la position est provisoire : vierge, peut-être, mais seulement en attendant... Mais le présent ici veut peut-être ou sans doute dire : mon état est de ne pas connaître d’homme, c’est ma nature, ou ma vocation, je le sais depuis toujours. La Bible Mared­sous traduit de façon bien intéressante : « Je ne veux pas connaître d’homme ». Les théologiens parleront de la triple virginité de Marie, avant (la concep­tion), pendant (la naissance), et aussi après. Ce sont les trois étoiles sur son manteau dans les icônes. Là évidemment on est dans le symbolique, les choix ou les scénarios de vie offerts à chacun, non dans le littéral, qui est ridicule.

Superficialité peut-être ici des protestants (ou de certains d’entre eux…), qui pensent que la virginité n’est pas une vocation définitive et substantielle, constitutive, de Marie. Lecture bien approximative ou hasardeuse du texte évangélique en tout cas, curieuse de la part de qui veut scruter le texte seul.

Marie a laissé la vie ordinaire aux autres. Mais est-ce une vie ? Comme Armande dans Les femmes savantes de Molière, elle a peut-être voulu autre chose que le lot commun. Ce choix n’est pas sans intérêt. Godard l’a bien vu, dans son film Je vous salue Marie. C’est d’un amour plus pur qu’il est ques­tion. Faisons comme lui. Rêvons. Pour autant aussi tous ces textes sont des rêves. Rêvons donc sur des rêves. Sur ces songes qui ne sont que des songes… Et pour cela, aussi, saluons Marie. (pp.91-93)


 

DVD, pub Albin Michel 

 

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Samedi 16 octobre 2010 6 16 /10 /Oct /2010 00:21

 ¨(Extraits de mes ouvrages)

Voici un extrait du chapitre Consubstantiel au Père de mon ouvrage Les deux Visages de Dieu – Une lecture agnostique du Credo :

  


L’homoousie, la consubstantialité du Père et du Fils, n’est d’ailleurs pas dans les textes initiaux des évangiles. Gardons-nous de les lire à la lu­mière des dogmes ultérieurement élaborés, de projeter sur eux des conclu­sions auxquelles les théologiens ne sont arrivés que plus tard. C’est de la même façon que les évangiles eux-mêmes disent que les événements rappor­tés se sont produits « pour que l’Écriture s’accomplît ». Cette perspective, qui est bien naïve, il ne faut pas la prendre « pour argent comptant » : en fait ces événements ont été écrits et décrits tels qu’ils sont présentés, peut-être tout simplement parce que l’écriture elle-même était sous les yeux du scripteur. Comme sou­vent, on ne voit que ce qu’on veut voir – et à force de s’en persuader on finit par le voir en effet, par un phénomène bien connu de rétroaction ou de feed-back.

 

Aucune référence n’est faite dans le Nouveau Testament à la notion même d’homoousie. Le mot consubstantialité est absent de la Vulgate. Celui des évangiles où Jésus est le moins humain, ou le plus divin, est celui de Jean. Eh bien, dans Jean même, Jésus se dit « au-des­sous » du Père, qui est « plus grand que lui » : « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers mon Père, car le Père est plus grand que moi » (14, 28). Il est vrai que Jésus dit : « Le père et moi sommes un » (10, 30). Mais cela ne veut pas dire que le fils est égal au père, ou qu’il y a entre eux identité de substance (homoousie). Il y a simplement communauté d’inté­rêts, de buts ou d’objectifs – et en aucune façon rivalité : « Notre cause est la même ». Le contexte dit bien que parler au nom du Père, ou, mieux, faire ce qu’il prescrit, est participer de lui, œuvrer dans le même sens que lui. Plus loin, Jésus dit qu’il est dans le Père et que le Père est en lui (14, 10). Mais cela ne veut pas dire qu’il y a identité substantielle entre le Père et lui. Il y a simplement participation, « englobement ». La fin du Prologue dit aussi de Jésus qu’il est « tourné vers le sein du Père ». Il est tout pénétré de ce qui l’englobe.

Ou alors le sens est symbolique. Quicon­que reçoit une parole devient cette parole. Symboliquement il se revêt de sa substance. S’il reçoit la parole de Dieu, en un sens il devient lui-même Dieu, et il n’y a là aucun blasphème :

 

Jean, 10, 34-36 : Ne se trouve-t-il pas écrit dans votre Loi : ‘Moi, j’ai dit : vous êtes des dieux’. Que si la Loi a appelé ‘dieux’ ceux à qui la parole de Dieu a été adressée – et l’Écriture ne peut être abolie ! – celui que le Père a consacré et a envoyé dans le monde, vous lui dites, vous : ‘Tu blasphèmes’ – parce que j’ai dit : ‘Je suis le fils de Dieu !’ »

 

Référence est faite ici, contre les Juifs mêmes, au Psaume 82, 6. On dit que le judaïsme refuse qu’un homme puisse être dit Dieu. La référence que fait Jésus à la Loi juive elle-même veut, astucieusement, montrer le contraire : nouveau pilpoul. – Il s’agit en fait d’intérioriser la transcendance.

Bref, ou bien l’homme inspiré participe de Dieu qui l’inspire et ne fait qu’un (cause commune) avec lui, ou bien quiconque écoute Dieu est Dieu ou peut être dit Dieu. Dans tous les cas, nous sommes là bien loin de la Trinité transcendante des conciles et des dogmes futurs, et du catéchisme aussi... (pp.123-124) 


 

Voir aussi : Trinité

 

  

DVD, pub Albin Michel 

 

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Dimanche 10 octobre 2010 7 10 /10 /Oct /2010 17:54

 

¨(Extraits de mes ouvrages)

Voici la suite de l'extrait précédent, tiré du chapitre 12 de mon ouvrage Laquelle est la vraie ?, avec les photos qui l'accompagnent :

 


 Mainmise 1

 

 ↓↑

 

Mainmise 2

 

 

Bienheureuse naïveté. Ignorance de nos conditionnements. Un geste, par exemple celui de la caresse, est-il universel ? Son intentionnalité est-elle perçue de tous ? On ne peut sûrement pas établir une sémiologie générale du visible, car gestes, attitudes, postures, toujours sont culturellement codés, et variables. Un Japonais sourit quand il est en colère. Aucune iconographie ne peut être naïve. Elle implique l’anthropologie, et celle-ci est forcément différentielle.

Et puis un geste n’est-il pas trompeur ? Un baiser passionné apparemment peut être légendé avec une égale pertinence : « Le mensonge ». On peut toujours, bien qu’on le fasse très rarement, percevoir une image de façon ironique ou antiphrastique. Naïfs les gens qui rêvent au premier degré sur le Baiser de l’Hôtel de Ville. Posée sans doute la photo. Et posées aussi les questions. Qu’y a-t-il derrière ‑ avant, après ? Avant : la mise en scène. Après, très souvent : les scènes... Grands mots avant, petits mots pendant, gros mot après... La caresse elle-même, peut-être le plus beau et le plus humain des gestes, peut être hypocrite, sournoise stratégie pour annexer quelqu’un, se l’incorporer. Intrusion, intervention sans respect aucun pour l’intimité de la vie d’autrui. À l’inverse de ce que croient les humanistes bien-pensants et les prédicateurs de catéchisme, il n’y a pas de devoir d’ingérence. Les larmes méprisent leur confident. La compassion même parfois peut être un viol, et la retenue, la réserve, le silence, le suprême hommage. Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému. La figure seule peut se bien trouver de n’être pas importunée. Certaines peines refusent tout contact. Ne me touchez pas. Répulsion d’être touchée.

Le geste caressant flatte l’humanité en nous. Seule, la figure semble triste, délaissée (qu’on compare les deux états de la photo, une avec ma main, l’autre sans). Mais cette intrusion de la main, qu’en penser ? Consolation ? Soumission ? Annexion ? Faiblesse ‑ ce désir terrible d’établir un contact, qui nous constitue et dont nous souffrons tant ? Ambiguïté de la « main mise », ou de la « prise en main ». Exactement comme l’intervention du photographe peut être un truc ou un trucage pour rendre la scène intéressante et flatter notre narcissisme, et annexer aussi le monde, le « posséder » (« prendre » en photo), ainsi l’intervention de la main caressante est parfois un truc pour vampiriser et annexer l’autre, s’assurer possession d’un être, main mise sur lui. C’est pourquoi par honnêteté certains photographes s’interdisent de mettre en scène quoi que ce soit ou d’intervenir de la moindre façon dans leurs photos, ces procédés leur semblant très grossiers. Et certains êtres de vampiriser les autres en intervenant indiscrètement dans leur vie. ‑ Mais sans doute ne peut-on qu’essayer d’agir ainsi. Il est impossible de ne rien froisser absolument par sa propre présence, d’être pur accueil transparent. Cadrage et regard sont déjà des intrusions. Tâchons qu’ils ne soient pas égocentriques ou meurtriers.

 

© Michel Théron  2010

 


 

 

Couverture de Laquelle est la vraie   

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Remarques

 

1/ Pour lire l'ensemble du chapitre, cliquer ici.

 

2/ Ces textes, ainsi que le livre en général, sont littéraires, ce qui veut dire qu'à la différence par exemple de ceux de Conférences et savoirs, ils demandent une lecture plus attentive, peut-être aussi une relecture. Ils sont plus un alcool fort, qu'un long drink. Ou un matelas dur, qu'un mou. Cela est peut-être moins confortable, car j'y fais plus d'ellipses, et donc j'y demande plus d'effort de la part du lecteur. – À vous de me dire ce que vous en pensez...

 

3/ Ils jouent, comme tout le livre, sur ce qu'on appelle l'intertextualité, procédé essentiel en littérature. Cela veut dire qu'ils contiennent tous des citations cachées, dont je ne dévoile l'origine qu'à la fin de l'ouvrage. On peut d'ailleurs appliquer au texte du livre en général le titre même de l'ouvrage : Lequel est le vrai ? – Ce peut être ici l'occasion d'un jeu amusant : à vous de trouver ces citations et leur provenance... Écrivez-moi, et je vous dirai si vous avez gagné !

 

 

 

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Dimanche 10 octobre 2010 7 10 /10 /Oct /2010 13:34

¨(Extraits de mes ouvrages)

Voici un premier extrait du chapitre 12 de mon ouvrage Laquelle est la vraie ?, avec les photos qui l'accompagnent :

 


 

Mainmise 2

 

 ↓↑

 

Mainmise 1

 

 

... Les images négatives ne nous condamnent jamais sans retour, et la lucidité de ceux qui exclusivement s’y donnent, peut-être faut-il la plaindre. Salutaire retour aussi du « positif » des choses, même au prix d’un trucage. Au moins les gestes qui le manifestent semblent-ils sans équivoque. À la différence du spectacle nu et isolé des choses mêmes, livrées à leur simple « être-là », tout geste est l’embryon d’une intentionnalité décelable ou explorable, le début d’une fiction. Toute une rhétorique y est en germe : tout le théâtre social, psychologique, artistique imaginatif, narratif aussi, auquel nous sommes habitués, y est contenu. Caresser une joue réconforte. Et la figure caressée aussi semble réconfortée, par effet de contamination contextuelle, de référence immédiate et quasi automatique à des contextes de cet ordre déjà vus ‑ en nos vies ou dans nos images, ou plutôt dans nos images qui informent notre vie.

Je ne sais pas si le premier homme qui instinctivement a caressé, une joue a vu l’émouvant de la scène, objectivement : en fait ce n’était probablement qu’une action-réflexe, ce n’était pas une scène. Mais le premier qui a représenté ce geste, oui. Première mise en scène, première solennisation. Premier arrachement au réflexe ou à l’instinct, première source de réflexion, premier acte de civilisation, car cette dernière est représentation et mise à distance. Main mise aux choses et leur transfert dans autre chose, leur transformation en autre chose : le futur promis. La civilisation est perspective. Modélisations signifiantes, symboliques, pré-figurantes, et finissant par structurer toutes nos perceptions... Rembrandt figure les gestes de la Fiancée juive, jeu de mains, à deux ensemble se recouvrant, et aussitôt tendresse, caresse et promesse dans nos esprits sont associés. Deux mains disent demain, à jamais.

Puis on imite le geste, tout chargé de sens, par les institutions, coutumes, habitudes sociales, et par les peintres, les artistes, qui les représentent, les confortent, les relaient. Nous sommes ainsi les metteurs en scène de nos sentiments, la vie quotidienne n’est que scénographie, imitation, reconnaissance. Qui aimerait s’il n’avait pas déjà entendu parler de l’amour, qui embrasserait s’il n’avait pas déjà lu, dans un livre, le récit d’un baiser ? Nous lisons à deux le baiser sur la page, et puis... « Il  me baisa la bouche tout tremblant ». Rien de si juste que cette confession de Francesca. Toute la littérature y est contenue, et son antériorité-supériorité sur la vie. L’art, l’expression en général des choses, et la représentation qu’ils permettent, nous font. Si le mot amour vient à surgir entre deux êtres, ils s’aiment. Mais pas ou guère avant. Et même, à force de débiter des galanteries à l’être aimé, on en vient à croire à tout ce qu’on lui dit. Le jeu, le   trucage », débouchent sur le vrai. On aime qui on dit aimer, ou bien qui on caresse, ou qui on se voit caresser – peut-être pour imiter ce que d’autres déjà nous ont montré... (pp.89-91)

 

© Michel Théron  2010

 

À suivre...

 


 

 

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Vendredi 8 octobre 2010 5 08 /10 /Oct /2010 23:23

¨(Extraits de mes ouvrages)

Mon éditeur Golias ayant mis maintenant en archive, donc rendu non consultable, l'interview que je lui ai donnée sur mon ouvrage La Source intérieure, paru en 2008, en voici une version au format PDF:

 

La Source intérieure : Interview donnée à Golias

 

Couverture de La Source intérieure

   

Pour voir la quatrième de couverture du livre, cliquer ici.

 

Pour voir l'interview donnée à Golias en vidéo, cliquer : ici.

 

 

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Vendredi 8 octobre 2010 5 08 /10 /Oct /2010 12:11

¨(Extraits de mes ouvrages)


L’âme intérieure de chacun apparaît aujourd’hui comme le réceptacle, le lieu des archétypes, qui aussi structurent et modèlent la Culture. Et la névrose est la séparation des deux moitiés de l’être, l’être profond, et l’être seulement socialisé. Métaphoriquement, notre personnalité est comme une maison où il n’y a pas que les étages supérieurs qui existent et comptent, et les pièces d’habitation : il y a aussi la cave, les murs de soutien, les fondations. Il faut oser descendre à la cave. Même, il y a deux caves : une première qui est notre passé personnel ; et une seconde, la plus profonde, qui est le fond de notre nature d’être humain, et qui contient le passé de toute l’humanité.

Pour explorer l’âme profonde, et pour rétablir l’unité de l’être, pouvant toujours être rompue ou étouffée par le modèle social, il faut bien évidemment commencer par s’intéresser à soi-même, à son monde intérieur. Donc, favoriser, en l’être, l’introversion. Cela ne va pas de soi, car le modèle social ne favorise ordinairement que l’autre tendance de l’être, l’extraversion.

C’est Jung qui a défini et analysé ces deux tendances dans ses Types psychologiques : « Introversion » signifie fait d’être tourné vers soi, à l’écoute de soi. Les artistes, les rêveurs, sont ordinairement des introvertis. « Extravertis » au contraire sont ceux qui sont tournés vers l’extérieur d’eux-mêmes, vers les autres, ou le monde environnant : les chefs, les conquérants, etc. Actuellement, le modèle à la mode en Occident est celui-là.

Devant la perspective d’une expérience nouvelle, un introverti aura peur, et se repliera frileusement sur lui-même ; il a peur de l’inconnu, il se rattache à ce qu’il connaît déjà. Au contraire, un extraverti désire connaître ce qu’il ne connaît pas. Une porte par exemple ouverte sur du noir, effraie un introverti, qui veut la refermer, et fascine un extraverti, qui veut la franchir et aller voir ce qu’il y a derrière.

On peut imaginer l’extraverti comme une pieuvre, qui vampirise son entourage par une présence intempestive et des sollicitations incessantes ; et l’introverti comme vivant dans un œuf, replié sur lui-même, enfermé dans sa bulle ou sa « monade ». La pathologie ordinaire de l’extraverti est l’hystérie, le bouillonnement, l’effervescence, l’agitation de tous les instants. Celle de l’introverti est la psychasthénie chronique, le manque de tonus ou d’allant : en effet, comme tout ce qui se produit à l’extérieur de lui-même est senti par lui comme menaçant, il s’épuise à s’en défendre et à s’en protéger. L’extraverti est brillant en société ; l’introverti est généralement réservé, patient et calme, sauf cas, qui est rare mais qui peut se produire, d’explosion affective violente et soudaine. Le « couple » introverti/extraverti peut s’illustrer par les personnages (les rôles, non les acteurs) de Laurel et Hardy, Bourvil et De Funès ; ou bien les caractères de Pécuchet et de Bouvard, chez Flaubert. Greta Garbo par exemple était très introvertie ; elle disait toujours : I want to be alone : « Je veux être seule ».

On a dit qu’il faut savoir rêver sur les images, dont se nourrissent les cultures. On peut penser ici aux personnages de la comédie italienne, à Pierrot, habillé de blanc, enfariné, lunaire et possédant les « secrets de la nuit », et à Arlequin, solaire et diurne, habillé de couleurs vives et éclatantes, séduisant, subjuguant ou « éclaboussant » tout le monde autour de lui.  Colombine est partagée entre Pierrot et Arlequin ; tentée par ce dernier, séduite par lui, elle revient finalement à Pierrot, dont la pâleur ou l’insignifiance ne sont qu’une apparence : en fait, c’est lui qui possède les secrets de l’essentiel. Il connaît le moi profond, tandis qu’Arlequin est prisonnier du jeu et des masques sociaux. Colombine est l’âme humaine, partagée entre l’introversion et l’extraversion, entre la valorisation de l’inconscient et les sollicitations de la persona. Michel Tournier a raconté cette histoire, à l’intention des enfants, dans Pierrot ou les secrets de la nuit. Cette opposition est centrale aussi dans le film de Marcel Carné, Les enfants du Paradis : Garance (Arletty), est partagée entre Baptiste (Barrault), et Frédéric (Brasseur), exactement comme Colombine entre Pierrot et Arlequin.

Il est de la plus haute importance que chacun reconnaisse à quel type psychologique il appartient, ou plutôt, à quelle orientation dominante il se rattache. Plus que des types, introversion et extraversion sont des tendances psychologiques, existant toutes deux en chacun de nous. Ce qu’on appelle « type » n’est qu’une prévalence. Quelqu’un qui se reconnaît introverti, par exemple, aura, avec un plus introverti que lui, un comportement extraverti. Ces notions sont relatives. Et ces dominances ou tendances ne sont pas immuables, elles peuvent changer tout au long de la vie. On peut être moins introverti dans l’âge mûr que dans l’adolescence, ou l’inverse.

L’enfant, en général, est davantage extraverti. Puis vient une phase de repliement ou d’introversion « narcissique », dont on ne peut pas faire l’économie, et qu’il faut savoir respecter. Mais cela n’est pas admis par tous. Il suffit de voir comment l’école, en Occident, traite les élèves introvertis, comment elle les culpabilise ou les pousse à sortir d’eux-mêmes, à s’intéresser aux autres, à « participer » aux activités collectives, etc. : il s’agit de les socialiser le plus possible, de les insérer dans le moule commun.

La sagesse serait, lorsqu’on a découvert ou détecté à quelle orientation psychologique préférentielle on se rattache, de développer autant qu’on le peut l’orientation opposée, sans pour autant nier la précédente. Cela permettrait d’élargir la personnalité, mais cela éviterait aussi d’adopter une personnalité d’emprunt, ne correspondant pas à ce que l’on est au fond de soi-même.

Malheureusement, la pression sociale est telle que l’extraversion seule est valorisée, et non l’introversion. Qui fait aujourd’hui attention à ses rêves ? Cela supposerait un certain calme, une disponibilité, l’idée même que les rêves sont importants... Le réveil sonne, on saute à bas du lit aussitôt, et on court au devant de l’action. Certains se précipitent même, aussitôt réveillés, à faire de la gymnastique. Un chat, au contraire, met très longtemps à se réveiller, il s’étire pendant de longues minutes, il ne commence pas à s’agiter de façon épileptique, comme nous le faisons. Il faudrait prendre leçon sur cet animal magique.

Le chat est un animal non socialisé, à la différence du chien. Le regard du chat est non finalisé, il nous scrute, nous juge et nous jauge, et en même temps reste lointain et absent. Voyez ce qu’en dit Baudelaire : « Je vois avec étonnement / Le feu de ses prunelles pâles / Clairs fanaux, vivantes opales / Qui me regardent fixement. » Il préfère les lieux aux personnes. Le regard du chien au contraire est finalisé et intéressé, plain de proximité et d’Einfühlung (d’empathie). Introverti et asocial, le chat : détaché emblématiquement du pouvoir. Mais du côté de l’ordre, dont il est le gardien, le chien. Il n’y a pas de chat policier. Possesseurs de chiens et chats n’ont pas la même structure mentale. Les premiers sont de petits fascistes en puissance : « Ici, le chien ! Au pied !, etc. » Le chat ne se laisse jamais dresser.

Un bon critérium pour apprécier les gens serait de leur demander : « Êtes-vous chien, ou chat ? » D’après ce que je viens d’écrire, le lecteur saura dans quelle catégorie je me classe. « Les chiens ne font pas des chats », dit-on. À quoi je répondrai : Hélas ! (pp.147-149)

 

© M.T. – 2010

 


Ce texte est un extrait légèrement augmenté du chapitre 6 de mon ouvrage Comprendre la culture générale, « Psychomachie ou le combat de l'âme » :

  Couverture de Comprendre la culture générale

 

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→ Vous pouvez écouter une illustration audio de cet article, due à un grand musicien du 19e siècle (devinez lequel !) – Durée : 3'22'. Attendre que la barre de téléchargement s'affiche, et cliquer sur : Lecture ( ) :

 

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Samedi 2 octobre 2010 6 02 /10 /Oct /2010 13:25

¨(Extraits de mes ouvrages)  


En général la nature ne nous invite nullement, à différer, dans le temps, la réalisation d’un désir, par réflexion d’un inconvénient qui en pourrait survenir. Ce délai que l’on se fixe alors, ou cette frustration que l’on s’impose, supposent toujours une distance prise par rapport au monde des pulsions, tout à fait étrangère aux « lois » du monde de la na­ture.

Supposons que je renonce à une promenade alors qu’il fait beau, pour rester chez moi à travailler, en vue de la réussite à un examen, je me situe dans une perspective d’anticipation, et je sacrifie un bien présentement tout à fait accessible, à un autre bien, celui-là totalement hypothétique, mais préféré, et escompté pour l’avenir. Ici encore, la prévision et la pré­voyance donnent une finalité à ma conduite, qui échappe dès lors aux dé­terminismes et aux causalités – choses seulement naturelles...

Je passe, comme disent les philosophes, de l’ordre du « désir », à celui de la « volonté ». Vouloir vraiment, disent-ils, est « vouloir ce qu’on ne veut pas » : c’est-à-dire, dire non à son désir.

Peut-être l’essentiel du processus de culture est-il là : la culture serait toujours une sorte de « distance prise » (vis-à-vis des instincts...). En ce sens, la culture est le sens du futur, qui la caractérise toute en­tière. Si je dis seulement : « Demain, je ferai cela », je ne suis plus dans la sphère de la nature. Le futur, considéré même comme temps grammati­cal, définit toute la culture.

L’homme est une différence différante. Sur ce sens essentiel de l’anticipation, voyez la phrase de Valéry : « Toute civilisation est perspective. » C’est de la même façon, par le sens du futur, que Georges Steiner définit la culture : Dans le château de Barbe Bleue – Notes pour une définition de la culture    (Gallimard, « Folio Essais »).

Ce qui différencie l’homme de l’animal ce n’est pas la complexité du travail effectué mais le rapport au temps. Le travail des abeilles par exemple, ainsi que Marx l’a remarqué, est très complexe. Mais si on ne vit que dans et pour le présent, on régresse à l’animal. Pour cette perte aujourd’hui du sens du futur, on peut voir les travaux de Michel Maffesoli. On ne vit plus aujourd’hui sur un report de jouissance. Pour Maffesoli ce n’est pas là la fin de la culture, mais la marque d’une nouvelle culture, n’intégrant plus l’idéologie sacrificielle traditionnelle. – Mais j’en doute : c’est plutôt il me semble le règne de l’immédiateté pulsionnelle, de l’absence de projet et de l’unidimensionnalité d’individus sans structure – je veux dire avec seulement appétits et réflexes, sans réflexion.

Sur l’absence chez certains du sens du futur, voyez la phrase par laquelle Montesquieu, dans L’esprit des lois, définit le despotisme : « Quand les sauvages de l’Amérique veulent avoir du fruit, ils coupent l’arbre, et mangent le fruit à terre. » Voyez aussi du même auteur, dans les Lettres persanes, son apologue des Troglodytes, où il oppose les bon Troglodytes (prévoyants), et les mauvais (imprévoyants).

Notez, comme tout se tient – Mélange c'est l'esprit –, le rôle de la perspective en peinture. Elle est inventée à l’époque où l’utopie se fait à nouveau jour à la Renaissance : on y projette pour le futur la cité idéale (ex. : Campanella). La perspective serait la matérialisation plastique de cette orientation mentale. Elle est en tout cas un procédé et une projection intellectuels bien plus que sensibles. – L’art moderne au contraire valorise l’immédiateté, l’urgence, la proximité : d’où peut-être son refus de la perspective et son espace bidimensionnel, frontal. (pp.11-12)

  

 © M.T. – 2010

 


Ce texte est un extrait légèrement augmenté du chapitre premier de mon ouvrage Comprendre la culture générale, consacré à Nature et Culture :

  Couverture de Comprendre la culture générale

 

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Pour écouter le développement de ce thème en émission de radio : cliquer ici.

→ Pour lire le paragraphe précédent, auquel celui-ci succède dans ce même chapitre, cliquer sur : Éros et Agapè.

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 Couverture de 99 réponses sur les procédés de style

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