Extraits de mes ouvrages

Vendredi 1 octobre 2010 5 01 /10 /Oct /2010 23:14

¨(Extraits de mes ouvrages)  


Cependant les hommes ont inventé face au monde des pulsions, ou au monde « naturel », un autre monde. Dans bien des œuvres, ces deux mondes s’affrontent.

 La femme du Boulanger, de Pagnol, d’après Giono, est une admirable allé­gorie de la culture s’opposant à la nature : à l’incendie de la chair, de la pul­sion, de la passion (adultère), s’oppose la tendresse (conjugale), où est toute la culture : comme on le voit dans l’admirable discours du bou­langer à la fin du film ; de la même façon, au berger, nomade, s’opposent les villa­geois, sédentaires. Les deux univers s’opposent, les enjeux vont bien au-delà du cas personnel de l’héroïne.

Que dit le boulanger à sa femme ? Qu’il y a la beauté, évidemment, et le désir des sens ; mais aussi le don, l’offrande, le sacrifice de soi : cela n’est pas négligeable. « Et la tendresse, que fais-tu de la tendresse... ? » Ce n’est pas le berger qui se serait levé la nuit pour voir si elle dormait, était bien couverte, etc. ; ce n’est pas lui non plus qui lui aurait apporté le petit déjeuner au lit, aurait pris plaisir à la regarder manger, etc. Bref, on est là dans un tout autre monde que celui des pulsions (naturelles) ; on est dans le monde, non des sensations, mais des sentiments ; non de la passion, mais de l’action. C’est un monde substitutif, qui n’est pas un pis-aller ou le deuil du précédent. Évidemment ce monde est le contraire de la passion, et pour cette raison il paraît n’être pas passionnant. Mais on aurait tort de le mépriser. Par lui les hommes se sont élevés au-dessus des déterminismes, ou au moins ont-ils eu l’impression de le faire.

Ainsi il y a éros, ou la pulsion naturelle, captative, et agapè, amour de don, oblatif. La fidélité alors prend un sens, qu’elle n’avait pas tout à l’heure. Promettre fidélité à quelqu’un n’est pas s’engager à ne désirer que lui ou qu’elle, ce qui est absurde puisque le désir ne dépend pas de nous : je peux aimer ma compagne, et désirer la première fille qui passe dans la rue. Mais c’est s’engager à rendre quelqu’un heureux.

Aimer c’est vouloir aimer. La fidélité, absurde dans une perspective de causalité, prend son sens dans une perspective de finalité. Si on promet à quelqu’un de lui être fidèle, ce n’est pas qu’on ne désirera personne d’autre : on s’engage simplement à s’intéresser à quelqu’un. Au reste être fidèle à quelqu’un, ce n’est pas seulement ne pas lui être infidèle, si on doit par toute son attitude le lui rappeler constamment, en le lui faisant ainsi regretter. L’important ici est la promesse. Qu’on ne la tienne pas est une autre question : au moins a-t-on été capable de la faire. Le mariage monogamique, qui est une absurdité naturelle, s’éclaire alors. On épouse quelqu’un non pas parce qu’on l’aime, mais pour l’aimer. Ils s’aiment, non pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils deviendront l’un par l’autre. Projet, perspective, futur, anticipa­tion, on quitte le monde de la nature pour entrer dans un autre monde, celui de la culture.

On voit bien cela dans la liturgie latine du mariage : Ego conjungo vos in matrimonium – « Je vous unis pour le mariage ». L'accusatif indique ici la direction. L’union est à construire, à bâtir. On n’est pas dedans au départ, il n’y a pas in matrimonio, un ablatif qui indiquerait simplement le lieu où l'on se trouve.

Aimer, c’est aider. « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour », dit Cocteau, dans Les dames du bois de Boulogne de Bresson. Brassens a admirablement montré cela dans sa chanson Bonhomme. Agapè a été admirablement définie dans le chapitre 13 de la première épitre aux Corinthiens. Ce texte est repris à la fin de Trois couleurs Bleu, film de Kieslowski : agapè y figure et incarne la victoire des forces de vie sur celles de mort.

L’opposition d’éros captatif et d’agapè oblatif fait la matière du classique de Denis de Rougemont, L’amour et l’occident. On peut voir aussi le film du même Kieslowski Décalogue 6, ou en une autre version Brève histoire d’amour. La fin est admirable, en tant que triomphe de la compassion sur la passion. Le 6e commandement, qui fait la matière de ce Décalogue 6 (« Tu ne seras pas luxurieux ») est ordinairement compris comme une défense, assortie de menace éventuellement terrorisante, alors qu’il faut le comprendre simplement comme un conseil pour advenir à l’humanité, et une mise en garde si on ne l'observe pas : « Luxurieux, tu ne seras pas. »

Dire : « C’est humain » pour excuser une faiblesse est une absurdité. Il faut chercher l’homme non dans ce qu’il est, mais dans ce qui le dépasse, dans ce vers quoi il cherche à s’élever. (pp.9-10)

  

 © M.T. – 2010

 


Ce texte est un extrait légèrement augmenté du chapitre premier de mon ouvrage Comprendre la culture générale, consacré à Nature et Culture :

  Couverture de Comprendre la culture générale

 

Lien pour cet ouvrage : cliquer ici

 

Pour écouter le développement de ce thème en émission de radio : cliquer ici.

→ Pour lire le paragraphe précédent, auquel celui-ci répond dans ce même chapitre, cliquer sur : Les lois de la nature.

→ Pour une illustration possible d'Agapè, voir Agapè : La fiancée juive.

Pour un autre développement de ce thème, voir mon article Mariage. 

 

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Vendredi 1 octobre 2010 5 01 /10 /Oct /2010 22:05

¨(Extraits de mes ouvrages)


La nature n’est jamais répressive. Elle ignore l’exclusivité et le choix. Cela se voit dans les œuvres marginales, « anomiques » au sens de Dur­kheim, où la « nature », par défi contre la culture environnante, est ré­habilitée, parfois avec impertinence. On le voit bien dans Les Liaisons dangereuses, de Laclos :

 

  On se lasse de tout, mon ange, c’est une loi de la nature, ce n’est pas ma faute... (lettre CXLI)

 

Don Juan disait, en substance, la même chose... Dans la vie amou­reuse, la nature est complètement « amorale ». Elle ignore la monogamie, la fixation unique, l’« élection », en quelque sens que ce soit. Monoga­mie : Monotonie... Il n’y a rien à répondre à la lettre de Valmont : elle est un modèle de cynisme, de muflerie, et, dans son ordre, de vérité.

« L’amour, disait Chamfort, n’est que l’échange de deux fantaisies et le contact de deux épidermes ». La nature tyrannise nos corps, nous ôte toute liberté. « Madame, la nature a parlé ! », disaient, pressant leur belle, les li­bertins du 18e siècle. On s’éprend, on se méprend, on se re­prend. Tout cela est hors de notre pouvoir. Lorsque la passion nous quitte, nous nous flattons de la croyance que c’est nous qui la quittons : les constata­tions du moraliste rejoignent les remarques du psychologue sur les « intermittences du cœur ». Tel est l’« ordre » de la nature. « Comme il n’est jamais en notre pouvoir d’aimer ou de cesser d’aimer, dit La Rochefoucauld, l’amant ne peut se plaindre à bon droit de la légèreté de sa maîtresse, ni celle-ci de l’inconstance de son amant. » Tout au plus peut-on exiger des autres, sinon une fidélité qui ne dépend pas d’eux, la lucidité sur eux-mêmes et au moins la sincérité, l’aveu de leurs senti­ments. La nature cependant est tragique : l’effort même que l’on fait pour demeu­rer fidèle à quelqu’un que l’on n’aime plus est pire qu’une in­fidélité. Adolphe, de Benjamin Constant, illustre cela.

Il y a en ce sens une abstraction de la nature, qu’on ne remarque pas assez. Alceste dans Le Misanthrope, contre un langage trop biaisé ou compliqué, veut un langage « simple », ou « naturel ». « Et ce n’est point ainsi que parle la nature. » Mais la nature ne parle pas, elle pousse. Urget natura. C’est Célimène en vérité qui doit civiliser Alceste.

Sans doute cette contextualisation de l’amour est-elle féminine : ce sont les femmes qui ont inventé politesse et psychologie. Voyez la Carte du Tendre des Précieuses. Leur effort héroïque pour civiliser les hommes a été raillé par Molière, à mon avis bien à tort : il y a un côté fascisant de la comédie de ce type, qui au nom du sens commun dévalorise ce qu’elle ne comprend pas.

Il y a une différence dans le flirt entre les femmes et les hommes. Les hommes cherchent à conquérir, les femmes à parler et à fantasmer (y penser toute la semaine). Aux premiers la performance (abstraite), aux secondes la relation (suivie). Au Viagra, par exemple, elles préféreront toujours le coup de téléphone du lendemain. Sur cette abstraction, plutôt masculine, voyez la phrase de Proust : « Les femmes, dit-il, sont les instruments interchangeables d’un plaisir toujours identique. » Du côté de la nature serait donc l’homme, et de la culture, la femme. Une phrase comme celle de Rousseau : « Les sensations sont ce que le cœur les fait être », est une parole féminine de sens, il me semble, donc de mon point de vue ici culturelle, non naturelle. Voyez à côté la démystification, qui est en fait une simplification, masculine : « L’amour n’est que le roman du cœur, c’est le plaisir qui en est l’histoire », dit Beaumarchais.

Ces lois biologiques ou physiologiques sont la part naturelle de notre destin. Peut-être parce que quelque chose, en nous, de plus grand que nous se manifeste, ainsi que le dit Phèdre :

 

C’est Vénus toute entière à sa proie attachée. (I, 3)

 

Plus grand, peut-être, mais anonyme... Nous pensons dans l’amour choisir notre partenaire librement. Mais c’est une illusion : nous croyons poursuivre des fins individuelles, nous ne poursuivons que des fins géné­riques. Schopenhauer le montre dans sa Métaphysique de l’amour : la nature se sert de nous comme de pantins ou de marionnettes, ou d’esclaves, pour à travers nous perpétuer l’espèce.

Ainsi Vénus ou la libido fait-elle en sorte que poussés par le désir de génération en génération les hommes se reproduisent : Efficis ut cupide generatim saecla propagent, dit Lucrèce au début du De natura rerum.

Ce n’est pas de nous qu’il est question, mais de la continuation de la vie. Non du corps indivi­duel ou du soma, qui est périssable, mais de la semence de la vie, qui est immortelle : le germen. Nous aimons pour autre chose que nous-mêmes. L’être qui vit, transmet la vie, puis meurt. Les vagues pas­sent, mais la mer ne passe pas. L’enjeu nous dé­passe ; le jeu est gran­diose, et ridicule à la fois. Le vouloir-vivre géné­rique l’emporte sur tous nos pro­jets. La comédie nous asservit. Et comme des coureurs, les hommes se passent le flambeau de la vie (Et quasi cursores vitae lampada tradunt). C'est bien le cas de le dire : quand on aime, on ne compte pas.

Peut-être l’impression de tristesse qui suit l’accouplement vient-elle de là : de l’impression d’avoir été trompé, dupé, par la Nature. Voilà pour­quoi la chair est triste, comme on dit, tout ani­mal est triste après l’amour : omne animal post coitum triste. Le dé­terminisme de la Nature a sa grandeur, et son ironie. Nous sommes manipulés. Valéry écrit dans Le cimetière marin :

 

Les cris aigus des filles chatouillées, 
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,   
Le sein charmant qui joue avec le feu,            
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,    
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,              
Tout va sous terre et rentre dans le jeu !

 

Le germen en biologie est le génome. J’ai cité Lucrèce. Avant Schopenhauer il a bien exprimé ce phénomène : Et Venus in silvis jungebat corpora amantum – Et Vénus dans les forêts unissait les corps des amants. Vénus est l’instinct génésique, et in silvis renvoie à la vie sauvage (silvatica), qui est à l’opposé de la vie de la culture. Lucrèce donne une description tout à fait sauvage de l’amour (De natura rerum, V). Cette vision est extérieure, non affectivement impliquée. La position de l’être y est à la fois d’être abusé (position « ironique »), et solitaire. « Si on croit aimer sa maîtresse pour l’amour d’elle, on est bien trompé », dit la Rochefoucauld. Et Proust : « On n’aime jamais personne, quand on aime. » (pp.7-9)

  

 © M.T. – 2010

 


Ce texte est un extrait légèrement augmenté du chapitre premier de mon ouvrage Comprendre la culture générale, consacré à Nature et Culture :

  Couverture de Comprendre la culture générale

 

Lien pour cet ouvrage : cliquer ici

 

Pour écouter le développement de ce thème en émission de radio : cliquer ici.

→ Pour lire le paragraphe suivant, qui lui répond dans ce même chapitre, cliquer sur : Éros et Agapè.

 

 
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Jeudi 30 septembre 2010 4 30 /09 /Sep /2010 14:44

¨(Extraits de mes ouvrages)


Unir amour et sacrifice me semble extrêmement problématique : v. Amour*, fin. Je sais bien que selon Aragon « Il n’y a pas d’amour heureux. » Mais on ne voit pas assez combien cet athée marxiste, qui voyait « l’iris troué de noir plus beau d’être endeuillé », avait une structure d’esprit totalement religieuse au sens traditionnel du mot, c’est-à-dire sacrificiel – comme Éluard d’ailleurs. Voyez là-dessus l’impla­cable Déshonneur des poètes, de Benjamin Péret (1945). Litanies, dolorisme, hagiographie et martyrologe, ainsi que vision abstraite des choses (dans « Liberté » d’Éluard, de quelle liberté précisément s’agit-il ?) s’unissent ensemble pour brouiller le regard et faire oublier les drames et les gaspillages réels derrière les cantiques, même les plus beaux. On ne pense pas vraiment alors : l’émotion tue la réflexion. Voici au hasard une euphémisation du sacrifice, dans « La rose et le réséda » (il s’agit du sang versé par les résistants fusillés) : « Il coule, coule et se mêle / À la terre qu’il aima, / Pour qu’à la saison nouvelle / Mûrisse un raisin muscat… »

Elle n’est laïque qu’en apparence. Ou alors il faut dire qu’il y a une religiosité séculière ou laïcisée, qui relaie la première, en euphémisant le sang versé. La Patrie y remplace Dieu : « Mourir pour sa patrie est un si digne sort / Qu’on briguerait en foule une si belle mort. » – « Ceux qui pieusement sont morts pour la patrie / Ont droit qu’à leur tombeau la foule vienne et prie. » Ces vers de Corneille et d’Hugo donnent une version laïque du sacrifice religieux. L’école laïque les a enseignés avec dévotion, sans penser peut-être que l’autre école qu’elle pensait son ennemie, la cléricale, ne professait pas autre chose, même dans un autre contexte.

De ces « Morts pour la Patrie » sont remplis tous nos Monuments aux morts, qui souvent font face dans nos villages à l’école communale : comme si pour aller de l’une à l’autre il suffisait de traverser la rue, ou la route. Et sur leurs pierres tombales on lit d’abord leur nom, puis leur prénom, exactement comme quand l’instituteur les nommait quand il faisait l’appel. On peut assurément leur préférer le bien plus lucide : « Victimes de la Guerre ». N’oublions pas que seuls des vivants prononcent des discours aux morts, par quoi ils se donnent facilement bonne conscience, s’exonèrent de la culpabilité de leur avoir survécu, comme dit Hector dans La guerre de Troie n’aura pas lieu, de Giraudoux (1935). Aussi la mort a-t-elle l’énorme inconvénient, par l’absolution générale qu’elle permet, d’égaliser dans le mérite tous les humains, aussi bien les crapules que les honnêtes. Comme dit le poète, on pardonne toujours à ceux qui nous ont offensés, les morts sont tous de braves types.

… Je pense souvent à l’hypothèse paradoxale, mais qui me semble de plus en plus plausible, qu’il peut y avoir une obscénité de l’art, et d’autant plus dangereuse que l’art est plus beau. Tel me semble le vers de Péguy dans « Ève » (1913) : « Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés ! » La métaphore est réussie, et la transposition poétique, admirable ; mais le contenu est-il admissible ? On conseille aux professeurs, je pense au manuel de Lagarde et Michard, de lire ce poème aux élèves avec émotion et recueillement, surtout en pensant au sacrifice de l’auteur lui-même, mort au front dès les premiers jours de la guerre de 1914-1918. Mais peut-on euphémiser ainsi et pourquoi pas vanter ce qui révolte à la fois la sensibilité et la raison ? Un beau vers excuse-t-il tout ?

Et qui osera prendre aussi l’honneur cornélien, qu’il s’agisse de celui du Cid ou d’Horace, pour ce qu’il est : de l’infantilisme machiste ? Les vers sont certes beaux, mais le fond barbare. Voyez là-dessus l’exécution impitoyable que fait Schopenhauer de l’honneur chevaleresque et de toutes ses implications dans ses Aphorismes sur la sagesse dans la vie (trad. fr. 1880 : « De ce que l’on représente »). De ce point de vue, Giraudoux a bien raison, il me semble, de dire que « la poésie et la guerre sont les deux sœurs » : v. Eucharistie*, Rédemption*, Repos*.

… Mais le sacrifice a sans doute encore de beaux jours devant lui. Aussi critiquer toutes ces religions de relais qui en font l’éloge semblera à beaucoup encore un blasphème, et peut-être a-t-on toujours besoin de la consolation qu’elles procurent. (pp.309-311)

 

© Michel Théron – 2010

 


→ Ce texte est la conclusion de l’article « Sacrifice » du tome I de mon ouvrage Théologie buissonnière (cinquante mots-clés de culture religieuse), paru en mars 2007 aux Éditions Golias : 

 

Couverture de Théologie buissonnière, tome 1

 

 

Pour voir la quatrième de couverture, cliquer : ici.

Pour voir un commentaire, cliquer ici ou ici  

 

→ Voir aussi un de mes billets de Golias Hebdo : Sacrifice, ainsi que mon extrait :  Donner sa vie ?

 

→  Sur Aragon, voir ma vidéo : Un jour...

 

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Mercredi 29 septembre 2010 3 29 /09 /Sep /2010 13:39

¨(Extraits de mes ouvrages) 

Voici en PDF une réflexion sur le kitsch et ses implications :

 

Le kitsch

 

Nain de jardin 1

 

Nain de jardin 2

 

 


 Ce texte est extrait de l'ouvrage collectif suivant, paru aux PUF en 2000, et auquel j'ai collaboré pour plusieurs articles :

    Couverture du Dictionnaire de culture générale, PUF

 


 

→ Voir aussi :

Kitsch (version radio)

Le kitsch : un test 

Le kitsch défiguré

 

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Mardi 28 septembre 2010 2 28 /09 /Sep /2010 23:43

¨(Extraits de mes ouvrages)

Voici un descriptif de mon dernier livre, Une voix nommée Jésus – L'évangile selon Thomas, sur le site de son éditeur Dervy. Il figure en bas de page :

 

Une voix nommée Jésus : Descriptif 

 

Couverture recto, résolution Internet jpg

 

 

Voir aussi : Une voix nommée Jésus – L'Évangile selon Thomas

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Vendredi 24 septembre 2010 5 24 /09 /Sep /2010 17:54

¨(Extraits de mes ouvrages)

Pour répondre à un commentaire laissé sur le site de Golias, à propos de mon article Funambulisme, je reproduis ici la fin de l'article Solitude du tome 2 de ma Théologie buissonnière :

 


... La vie sociale n’est pas refusée, mais elle vient après la réunion à soi-même. Et même la malédiction leibnizienne des monades peut être conjurée par un dialogue avec l’autre, mais avec l’autre tout seul, et à ce prix une unité peut être trouvée : « Jésus a dit : ‘Là où il y a trois dieux, ce sont des dieux ; là où il y en a deux ou un, je suis avec lui.’ (Évangile selon Thomas 30)

 

Ce logion n’est énigmatique qu’en apparence, il faut savoir le décrypter. La société en effet commence à trois (les « trois dieux »). Dès qu’on est trois, on veut « frimer », se mettre en valeur : dès qu’il y a le regard d’un tiers, on joue toujours un rôle, de séduction, d’instrumentalisation, etc. C’est un théâtre social : on y porte un masque, persona, en latin. On y est acteur, hypocrite au sens propre : hupokritès. Seul le tête à tête avec un seul permet l’unification, la fusion de deux en un, l’autre devenant une sorte d’alter ego, et c’est ce que marque l’énallage pronominale, le changement de pronom : « là où il y en a deux ou un, je suis avec lui. »

Le texte reçu n’a pas compris toute la subtilité de ce logion, comme on le voit en Matthieu 18/20 : « Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux. » Bien sûr ce « deux ou trois » est peut-être déjà un progrès par rapport à l’usage juif qui impose aux hommes d’être bien plus nombreux (un quorum de dix, le minyan) pour prier Dieu. Mais aussi il paraît bien approximatif par rapport au logion de l’Évangile selon Thomas. Ainsi la vie sociale, approximativement posée, l’emporte fâcheusement sur la vraie communication et la gestion pertinente de la solitude, finement observées. (pp.300-301)

 

  © Michel Théron - 2010


 

Peut-être y aura-t-il d'autres réactions que celle de ma correspondante susmentionnée...

 

     Couverture de Théologie buissonnière, tome 2

 

Pour voir la quatrième de couverture, cliquer ici.

Pour voir la présentation sur le site de l'éditeur, cliquer ici.

 

 

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Mercredi 22 septembre 2010 3 22 /09 /Sep /2010 00:18

¨(Extraits de mes ouvrages)

Voici en PDF la Table des Matières de mon ouvrage Les deux visages de Dieu – Une lecture agnostique du Credo, paru en 2001 chez Albin Michel :

 

Table des Matières des Deux Visages de Dieu

 

Couverture des Deux Visages de Dieu

  

Pour voir la quatrième de couverture, cliquer : ici. 

 

→ Nota: cet ouvrage est maintenant épuisé chez l'éditeur. On peut encore se le procurer en me contactant directement. Pour cela, me laisser un message sur ce site, en cliquant sur : Contact.

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Mardi 21 septembre 2010 2 21 /09 /Sep /2010 19:40

¨(Extraits de mes ouvrages)

Voici en PDF l'argumentaire de mon ouvrage Les deux visages de Dieu – Une lecture agnostique du Credo, paru en 2001 chez Albin Michel. Ce texte est aussi un résumé du livre :

 

Les deux visages de Dieu – Argumentaire

 

DVD, pub Albin Michel 

 

Pour voir la quatrième de couverture, cliquer : ici.

Pour voir la Table des Matières, cliquer ici.

Pour lire une conférence de présentation de ce livre, cliquer ici.

 

→ Nota : cet ouvrage est maintenant épuisé chez l'éditeur. On peut encore se le procurer en me contactant directement. Pour cela, me laisser un message sur ce site, en cliquant sur : Contact.

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Vendredi 17 septembre 2010 5 17 /09 /Sep /2010 12:12

¨(Extraits de mes ouvrages)

Je vous annonce la sortie de mon dernier ouvrage, paru chez Dervy : Une voix nommée Jésus : L'Evangile selon Thomas.

 

Couverture recto, résolution Internet jpg

 

 

Couverture verso, résolution Internet

 


 

Pour que le texte en soit plus lisible, je vous reproduis la quatrième de couverture :

 

– Comme Socrate, Jésus n’a rien écrit. Comme lui, il est un peu une « forme vide », sur laquelle nous n’avons que des paroles rapportées par ses disciples, les auteurs d’apocryphes compris. Au premier rang de ceux-ci figure Thomas. L’Évangile selon Thomas dans sa version copte est un recueil de 114 logia (ou dits) attribués à Jésus. Il n’y est question que de paroles, d’un enseignement, rien sur la Passion, la Crucifixion et la Résurrection de Jésus. Certaines de ces paroles figurent aussi dans les canoniques, d’autres sont nouvelles.

À l’inverse d’autres auteurs, Michel Théron a préféré montrer les inflexions et différences, et dans le choix qu’il fait des passages qu’il commente, valoriser ceux où elles se voient le plus. 

L’Évangile selon Thomas a pour une grande part une voix singulière. Est-il même chrétien, ce texte qui ne parle que de « Jésus-le-Vivant », et n’emploie jamais le nom de « Christ » ? Il nous met simplement en présence d’un enseignement sur lequel nous sommes appelés à réfléchir. Jésus est un compagnon de route pour chaque jour, si nous consentons à ce que sa voix soit constamment en nous.

 

 ***

Michel Théron est agrégé de lettres, docteur en littérature française, et professeur honoraire de Première supérieure et de Lettres supérieures au lycée Joffre de Montpellier. Il a publié plusieurs ouvrages concernant la littérature, l’art, la culture religieuse et la spiritualité, mettant toujours l’étude du langage, sous toutes ses formes, au centre de ses préoccupations. Il est notamment l’auteur du Petit lexique des hérésies chrétiennes et des Deux Visages de Dieu, parus aux éditions Albin Michel. »

 


→ On peut voir des recensions de ce livre en cliquant ici, ici, ici, ou ici. 

→ On peut voir une présentation de ce livre sur le site de l'éditeur en cliquant ici.

→ On peut aussi écouter une interview que j'ai donnée sur ce livre à la radio FM+, dans le cadre de l'émission La tour de Babel, en cliquant ici (durée : 42'11').

→ On peut voir aussi une interview en vidéo que j'ai donnée sur ce livre à la livrairie L'Arrêt aux Pages à Paris, en cliquant ici (durée : 16'26'').

 

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Samedi 11 septembre 2010 6 11 /09 /Sep /2010 11:51

  ¨(Extraits de mes ouvrages)

 


« Religion » vient du mot latin religio, dont l’étymologie est controversée. Pour certains, dont les auteurs chrétiens, il renvoie à religare, relier. C’est alors un lien, une alliance, basés sur un échange, un contrat. Comme on dit encore en latin : Do ut des, je te donne et en contrepartie tu me donnes. Je te donne mon obéissance, et en échange tu me gratifies. « Puisque tu m’as sacrifié ton fils unique, je te comblerai de bienfaits, etc. » (Genèse, 22/16-17). Si au contraire le croyant n’obéit pas comme Abraham, même à un ordre barbare, il est puni. Peu importe ce qu’on lui fait miroiter : terre promise, résurrection post mortem, etc. : ici l’homme ne fonctionne que par « la carotte et le bâton », espérance d’un gain et crainte d’un châtiment. En sort-il grandi ?

 

Un second sens du mot, qui s’autorise du grand Cicéron, le rattache au contraire à relegere, accueillir respectueusement en soi, examiner avec une attention scrupuleuse les scénarios possibles de sa vie, risques et chances : bref non plus se relier, mais se relire. En monde chrétien, nous y aident ces merveilleuses histoires que sont les paraboles évangéliques. Par exemple celle de l’Enfant prodigue, admirable proposition de ce que peut être une résurrection non pas physique (miracle pour idolâtres), mais spirituelle (symbole vivifiant pour adultes, les éclairant sur eux-mêmes).

Le dictionnaire étymologique d’Ernout-Meillet dit, sur religio : « pas de certitude ». Une seule reste cependant à mon avis : on ne peut pas rester indéfiniment dans l’enfance, il faut grandir, mûrir, voir la « religion » non comme une sujétion, un lien infantilisant, invitant à rester « bien sage », mais comme une proposition faite à chacun de relire sa vraie vie, « à l’intérieur de soi » (Luc 17/21).

 

  © Michel Théron – 2010

 


Ce texte est un extrait adapté du premier chapitre de mon ouvrage La Source intérieure, dont la seconde édition revue et augmentée est parue chez Golias en 2009 :

 

Couverture de La Source intérieure

 

 

Pour voir la quatrième de couverture, cliquer : ici.

Pour voir des commentaires, cliquer ici, ici, ici, et ici (pour la première édition de l'ouvrage)

Pour voir la présentation du livre sur le site du premier éditeur, cliquer : ici.

Pour télécharger gratuitement le premier chapitre, au format PDF, cliquer : ici

 

 

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Samedi 11 septembre 2010 6 11 /09 /Sep /2010 11:33

¨(Extraits de mes ouvrages) 


On cite souvent une parole très émouvante de Jésus dans l’évangile de Jean, qu’on traduit par : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (15/13) Personnellement, comme je n’aime pas le sacrifice, cette phrase m’a toujours choqué. Mais s’agit-il vraiment dans le texte de donner sa vie ? Le texte porte seulement : exposer sa vie (gr. thè, de tithèmi, poser). La Vulgate a de même ponere, poser. D’exposer sa vie à donner sa vie, il y a une différence. Par exemple, si quelqu’un venait à tomber à l’eau et risquer de se noyer, une preuve d’intérêt ou d’amour pour lui serait de plonger pour le repêcher, au péril de sa vie. Mais pas forcément de se noyer soi-même. Les autres ont-ils toujours besoin de notre propre sacrifice ? Ils peuvent aussi avoir besoin de nous avoir en vie, à leurs côtés, pour continuer à les aider.

Cela s’éclaire aussi de la parabole johannique du Bon berger : « Je suis le bon berger. Le bon berger expose (tithèsi) sa vie pour ses brebis. Mais le mercenaire, qui n’est pas le berger, et à qui n’appartiennent pas les brebis, voit venir le loup, abandonne les brebis, et prend la fuite ; et le loup les ravit et les disperse. Le mercenaire s’enfuit, parce qu’il est mercenaire, et qu’il ne se met point en peine des brebis. » (10/11-13) Le Bon berger ne donne pas sa vie, comme on traduit souvent ici, et qui dans le contexte serait absurde, car il laisserait les brebis sans aide. Il l’expose ou la met en jeu seulement, et il lui suffit, comme le dit la fin du texte, de se mettre en peine pour elles. Mais les versions doloristes et sacrificielles de ce genre de texte ont ici un énorme poids, contre lequel il est très difficile de lutter. Elles sont apparues très tôt. La preuve en est l’existence dans certains manuscrits d’une variante pour le tithèsi, il expose : didôsi, il donne.

Peut-être aussi, plus radicalement, pourrait-on interpréter non pas littéralement, mais symboliquement certaines paroles de Jésus, comme : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. » (Jn 12/24) Peut-être, hors du contexte où elle figure, où elle a pu être insérée a posteriori, et qui est l’acheminement de Jésus vers sa Passion, cette phrase pourrait-elle nous dire que nous devons, non pas mourir effectivement, mais dans nos vies renoncer à notre petit ego, à notre petit moi, pour nous ouvrir à plus grand que nous-mêmes, à d’autres scénarios qui dépassent nos seules prévisions, nos mesquins et petits calculs. Bref, comme dirait C.G. Jung, passer du soi, au Soi. En somme, mourir à nous-mêmes, pour renaître, naître en nous à plus grand que nous-mêmes. Ce peut-être là une autre version du sacrifice, assurément plus humaniste que la littérale.

 

© Michel Théron – 2010

 


→ Ce texte est la conclusion de l’article « Martyr / Témoin » du tome I de mon ouvrage Théologie buissonnière (cinquante mots-clés de culture religieuse), paru en mars 2007 aux Éditions Golias : 

 

Couverture de Théologie buissonnière, tome 1

 

 

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Lundi 6 septembre 2010 1 06 /09 /Sep /2010 23:26

¨(Extraits de mes ouvrages)

Cet été, à la sortie d'Eyne (66), en direction de Mont-Louis, j'ai lu sur un transformateur électrique une inscription qui m'a fait penser à ce que j'ai écrit dans le tome 2 de ma Théologie buissonnière (Golias, 2010), à l'article : Obéissance. Voici la photo que j'ai prise, exactement le 26 août dernier :

 

2010 09 06 (00) - Obéissance

 

Et voici, en écho à ce "L'état jouit de notre soumission", quelques extraits de mon article :

   


La question de l’obéissance à l’Autorité ou au Pouvoir est une question cruciale, peut-être la plus importante qui soit quand on aborde l’histoire des hommes. « La nature du maître, disait Tocqueville, m’importe moins que l’obéissance. » Cette question de l’obéissance est plus importante même que celle de la perversité. L’obéissance en effet concerne le grand nombre, tandis que la perversité ne concerne que quelques uns. Il y a quelque chose de pire que les forfaits des méchants : c’est l'inertie des gens de bien. Le silence des pantoufles est pire que le bruit des bottes. Il y a plus de crimes qui se commettent par obéissance passive ou aveugle, et par laisser-faire, qu’il n’y en a qui se commettent par scélératesse. Et même celui qui laisse faire est plus coupable que celui qui fait. Car celui qui fait, il a au moins le courage de faire. Tandis que pour celui qui laisse faire, il y a la lâcheté en plus. Comme disait Péguy : « Complice c’est pire qu’auteur, infiniment pire… » (p.191)

 

 ... En général, comment se fait-il que tant d’hommes obéissent sans réfléchir ? C’est le sujet, on le sait, du texte essentiel de La Boétie, Discours de la servitude volontaire, ou Contr’un (1549). Comment un grand nombre d’hommes peuvent-ils consentir à leur soumission, à obéir à un Tyran qui les opprime, et contre lequel il serait bien facile pourtant, vu la disproportion objective, quantitative, des forces en présence, de se révolter ?

La cause en est d’ordre psychologique. Par réflexe, on projette sur le supérieur (en réalité celui qu’on imagine supérieur) une aura qu’il n’a pas, et dont il profite. Stanley Milgram a bien  montré ce mécanisme, dans son livre Soumission à l’autorité (Calmann-Lévy, 1974), ainsi que Verneuil, qui s’en est inspiré dans son film I comme Icare (1979). Comme dit La Fontaine, dans « Le paysan du Danube » : « Rome est par nos forfaits, plus que par ses exploits / L’instrument de notre supplice. » Mais La Boétie disait déjà, à propos des grands auxquels on se soumet : « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. » (p.192)

 

... On voit ici les conditions véritables de nos soumissions : ces dernières viennent de nous, non de l’extérieur, si on y réfléchit bien. Il faudrait faire ici une sorte de révolution copernicienne. Nous nous imaginons faussement le pouvoir des êtres sur nous comme une force nous imposant tout naturellement l’obéissance : en réalité ils n’ont de pouvoir sur nous que celui que nous leur donnons. 

En vérité, pour comprendre que l’autorité est affaire de projection mentale, il suffit d’enlever ses attributs à celui que nous parons de tout son prestige : ôtez tout son décorum au Président de la République, voyez-le par exemple en pyjama, comme c’est arrivé à Paul Deschanel tombé nuitamment du train présidentiel le 23 mai 1920, et toute l’autorité s’écroule. Pascal a bien parlé ici de la force de l’imagination. La robe des juges, des médecins, du pasteur, comme l’habit du prêtre, sont des signes qui tirent leur force du crédit ou de la fiducia que nous leur donnons, mus par la force de l’éducation que nous subissons d’abord, et de l’habitude prise ensuite : elle est, toujours selon Pascal, une « seconde nature ». Ce sont les blouses blanches des pseudo médecins qui en imposent au cobaye des expériences de Milgram, bien plus même que le profit financier, la rémunération qu’il peut tirer de sa participation. Or on dit très bien pourtant que « l’habit ne fait pas le moine » !

Derrière ces blouses blanches, il y a tout un monde symbolique (ici le monde de la technoscience), qui se nourrit de notre propre admiration : il relève, comme tous les mondes symboliques, de ce que Valéry appelait les « forces fictives » qui gouvernent les cultures, et dont l’empire sur nos esprits et d’autant plus fort que nous ignorons, quand nous ne réfléchissons pas, qu’elle viennent de nous, que c’est nous qui les créons en leur faisant crédit. – Voyez là-dessus le début de mon ouvrage Comprendre la culture générale, Ellipses, 1991.

À partir de là, on comprend comment n’importe qui, aliéné par son propre respect, peut accomplir les pires choses. Le fonctionnaire zélé peut devenir un bourreau inhumain, s’il sacralise inconditionnellement l’Autorité. Il se forme alors une chaîne d’exécutants respectueux, chacun cantonné à sa seule tâche et ne se posant pas la question du sens global du processus auquel il participe. Par exemple, le conducteur des trains de la mort ne pense qu’à arriver à l’heure. Le commandant du camp d’exter­mi­nation ne pense qu’à exécuter fidèlement les ordres qui lui viennent d’en haut, sans en contester la pertinence, puisque tout naturellement il est porté à les croire fondés. Ce système est diabolique, car il divise et dilue les responsabilités, et va même jusqu’à laisser à chacun la satisfaction du travail bien fait, du devoir accompli.

Il peut donc bien y avoir une banalité du mal, selon le concept proposé par Hannah Arendt en 1963 dans son ouvrage Eichmann à Jérusalem. L’obéissance aveugle peut transformer en barbare l’homme apparemment le plus normal, le plus insignifiant même... (pp.193-194)

 

© Michel Théron - 2010


 Couverture de Théologie buissonnière, tome 2

 

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→ Voir aussi sur ce sujet de l'obéissance mon émission de radio : Théologie buissonnière - Obéissance. 

 

 

 

 

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Mardi 31 août 2010 2 31 /08 /Août /2010 20:25

 

 

¨(Extraits de mes ouvrages)

Voici deux extraits du tome 2 de ma Théologie buissonnière (Golias, 2010), tirés de l'article Espérance. Ordinairement on en fait l'éloge : elle est même une vertu cardinale du chrétien. Mais ici j'en souligne les dangers, et défends l'adhésion à l'ici et maintenant (hic et nunc), ce que prônent aussi toutes les traditions spirituelles du monde :

  


Et si au fond, cette espérance, notre plus précieux viatique, ne pouvait-elle être aussi notre plus grande ennemie ? Ne nous empêche-t-elle pas souvent de goûter l’instant présent, la plénitude de l’ici et maintenant, du hic et nunc ?

Il y a chez Sénèque un raisonnement paradoxal, mais à y bien réfléchir fort pertinent. « Tu cesseras de craindre, dit-il à Lucilius, lorsque tu cesseras d’espérer. C’est en effet la crainte qui suit l’espérance (spem metus sequitur), car les deux états relèvent d’un cœur mal établi en lui-même et agité par l’attente du futur. La cause de ces deux affections est que nous ne nous attachons pas à ce qui est là maintenant (non ad praesentia aptamur), mais nous projetons nos pensées dans le lointain (cogitationes in longinqua promittimus), à la différence des animaux par exemple, qui n’habitent que le moment présent. » Pensez au chat par exemple, animal magique, sacré chez les Égyptiens : il n’est aussi fascinant sans doute que parce qu’il n’habite que l’instant. « C’est ainsi, dit Sénèque, que la pensée du futur ou la prévoyance (providentia), souverain bien de la condition humaine, s’est tournée en mal. » Autrement dit l’espérance est comme la langue d’Ésope : la meilleure et la pire des choses. Si donc l’avenir nous occupe (dans l’anticipation), et si le passé nous retient (dans la mémoire), il n’est pas étonnant que le présent nous échappe. Et Sénèque conclut : « Personne n’est misérable en demeurant dans le seul moment présent » – Nemo tantum praesentibus miser est (Ad Lucilium, 5/7-9).

C’est un raisonnement imparable il me semble, et d’un très grand intérêt spirituel... (pp.90-91)

 

... Dans chacune de nos journées, si pauvres et si décevantes soient-elles, figure au moins un événement premier : le moment magique et transperçant du crépuscule, où rayonnent réellement pour nous des splendeurs depuis toujours connues, celles de notre vraie patrie. Intérieurs et extérieurs, tout se transfigure. Il y a là une richesse incommensurable à contempler, qui balance, si on sait vraiment la voir, toutes les projections d’avenir que nous pourrions faire. « Nous commençons toujours notre vie sur un crépuscule admirable. Tout ce qui nous aidera, plus tard, à nous dégager de nos déconvenues s'assemble autour de nos premiers pas », dit René Char dans Commune présence (1964). Pourquoi en effet se préoccuper de la fin, si l’essentiel est dans le commencement ? – v. Temps / Éternité*.

Dans cette vision de toute façon attente et espérance n'ont plus lieu d’être, puisqu’une fois faits la conversion, le changement de regard ou la metanoïa, tout est donné, offert à la saisie ici et maintenant (hic et nunc) : « Ses disciples lui dirent : ‘Le Royaume, quel jour viendra-t-il ?’ – Il ne provient pas d’une attente. On ne dira pas : Voici il est ici ! ou Voilà il est là ! Mais le royaume du Père s’étend sur la terre et les hommes ne le voient pas.’ » (Évangile selon Thomas, 113) Voyez aussi ibid. log. 51 : « Ce que vous attendez est venu, mais vous ne le connaissez pas. » – Ne dit-on pas familièrement chez nous qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ?  (pp. 94-95 – fin de l'article)

 

© Michel Théron - 2010 


 

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→ Ce texte peut éclairer les trois photographies avec poèmes :

 

Où mène le chemin...

Du chemin de demain...

Tant de beauté... 

 

→ Voir aussi : Théologie buissonnière : Espérance, et : L'objectivation, fondement de toute spiritualité.

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Jeudi 5 août 2010 4 05 /08 /Août /2010 17:04

¨(Extraits de mes ouvrages) 

Le texte qui suit, extrait de mon ouvrage La Source intérieure, explicite le texte : Genèse d'un fasciste.

   


Il est dans la Bible un petit livre de quatre pages, qui dit tout sur ce qu’est ou ce que devrait être une vraie conversion (en montrant son échec), et aussi à l’inverse sur la façon dont on devient totalitaire et fasciste, par psychorigidité, par étouffement ou ignorance d’une voix intérieure, ou, ce qui revient au même, refus d’un appel ou d’une vocation (lat. vocare : appeler) nous sommant de nous redresser. C’est le livre de Jonas. Constamment Jonas y dort, ou veut dormir : rester couché. C’est cette stase névrotique précisément, la souffrance qu’elle entraîne, le repliement sur soi et le mépris des autres, qui sont potentiellement fascisants....

 En Jonas, Thanatos triomphe d’Éros, la mort de la vie. Mais s’il n’avait pas été psychorigide, s’il avait admis l’injustice du pardon (et pareille à la sienne est l’attitude du frère de l’enfant prodigue en Luc), il aurait guéri. En fait, il est paranoïaque : le ricin qui l’ombrage est tout, le sort des habitants de Ninive, rien. Comme il y a un complexe d’Œdipe, il y a un complexe de Jonas : au fond, notre névrose de base......

On voit qu’on ne gagne rien à diaboliser le fascisme, et tout à essayer de le comprendre, je ne dis pas évidemment l’excuser : souffrance d’une âme incapable de dépasser son propre raisonnement, de sortir de sa stagnation ou de sa paralysie intellectuelle, par simplement la compréhension de l’incom­­préhensible. Combien aujourd’hui, nouveaux Jonas, se barricadent chez eux, et se protègent de l’anarchie dangereuse de la rue grâce à leur digicode ! Reclus face aux exclus : deux mondes, et entre eux un énorme fossé.

Jonas veut dormir, mourir, d’autres deviennent anges exterminateurs, et en se comportant en Vengeurs remplacent ainsi un Dieu qu’ils jugent trop clément. On voit cela dans la figure du Capitaine Nemo, isolé et désocialisé, comme Jonas dans le ventre de son poisson, dans son sous-marin le Nautilus (dans Vingt mille lieues sous les mers, de Jules Verne) ; dans celle du capitaine Achab, héros de Moby Dick de Melville ; ou encore dans des films comme Taxi driver, Seven, ou Fight club. S’il y a d’abord fatigue, psychasthénie, il peut y avoir ensuite, née sur le même terreau, violente explosion du démonique : « Qui me condamnera, dit Achab, alors que le Créateur lui-même devrait passer en jugement ? » Ces souffrances dans le premier cas (celui de Jonas), et les bouffées délirantes qui s’y ajoutent dans le second, tout cela est potentiellement en nous-mêmes. Névrose ou psychose, c’est toujours crispation sur ses propres certitudes, manque d’ouverture et de plasticité.

Quand le Seigneur interroge, pose des questions, Jonas affirme au contraire, il est sûr de lui. Il ne veut pas que le pardon soit donné à ceux qui selon lui ne le méritent pas. Il lui aura manqué de se dire : cette chance qui leur est donnée, c’est injuste, soit ; mais il y a quelque chose de supérieur même à toute justice, c’est l’amour qui pardonne. Ce n’est pas pour rien qu’on lit le Livre de Jonas à la synagogue le jour du Grand Pardon (Yom Kippour). Ne faisons donc pas comme lui, faisons comme les Ninivites, qui posent la bonne question : « Qui sait si Dieu ne reviendra pas et ne se repentira pas, et s’il ne renoncera pas à son ardente colère, en sorte que nous ne périssions point ? » (Jon 3/9) Quelle grande profondeur il y a dans ce « Qui sait si… » ! La profondeur de tout Peut-êtreQuizás… Laissons donc toujours les questions ouvertes (comme peut-être aussi les portes de nos maisons). Peut-être dans la vie n’y a-t-il jamais de dernier mot

La version courante de cette histoire, qui voit dans l’engloutissement et dans la délivrance finale du prophète une préfiguration ou un « signe » de la résurrection effective ou physique de Jésus lui-même, version tirée de passages évan­géliques eux-mêmes (Mt 12/38-41 et Lc 11/29-30), manque en toute hypothèse le sens symbolique profond du récit. C’est qu’on a alors regardé dans une toute autre direction : au lieu de vouloir re-vivifier des vivants, on a voulu s’occuper de réanimer les cadavres. La pression populaire a dû être très forte pour aller dans ce sens.

Pourtant l’histoire de Jonas, à mon avis, n’est pas celle d’une résurrection physique réussie, mais celle d’une résurrection spirituelle manquée...


 

→ Extraits de La Source intérieure, Golias, 2007, pp. 69-73 (chapitre : "Naître à nouveau")

 

© Michel Théron - 2010



Couverture de La Source intérieure

 

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Jeudi 5 août 2010 4 05 /08 /Août /2010 12:46

¨(Extraits de mes ouvrages)

Cet extrait de mon ouvrage Les deux visages de Dieu explicite l'article  : Transfiguration.

 


Même l’épisode de la Transfiguration, dans les Synoptiques, inconnu de façon significative de Jean, s’achève sur la Parole, le Verbe prenant le pas sur la Vision. Thaumaturgie et éblouissement (la Vue) sont récusés au profit de la mémoire, de la méditation du Mot. « Écoutez-le », est-il dit à la fin, et non pas « Regardez-le ». Aussi il y a un impératif présent duratif (akouete), non un aoriste ponctuel (qui serait akousate). S’il vous fut donné de le voir une fois, maintenant et toujours, écoutez sa voix… Telle est la leçon profonde du Thabor : notre lot humain est l’acceptation de l’éphémère. La descente de la montagne éblouisssante, dans la plaine, plate mais fertile, et l’acceptation de notre double visage à nous aussi, tantôt glorieux et tantôt soucieux.

 

Aussi cet être que nous aimons, il n’est pas toujours aussi éblouissant que nous l’avons vu d’abord, mais de ce moment, au moins nous gardons la mémoire. Qu’il ait été un dieu pour nous alors, même s’il ne l’est plus ou s’il l’est moins, cela suffit : c’est ce souvenir seul qui nous donne un avenir. Et c’est là notre propre version, humaine et laïque, de la double nature :

 

Et si pour le jour d’hui vos beautés si parfaites  
Ne sont comme autrefois, je n’en suis moins ravi,        
Car je n’ai point égard à cela que vous êtes,      
Mais au doux souvenir des beautés que je vis…
(1)

 

Tels aussi ont voulu s’arrêter à contempler Jésus, qui ont failli à la mission qu’il nous donna, de marcher en méditant sa parole. Je pense aux Thaborites, par exemple. Ils ont voulu faire ce que Pierre a fait dans l’épisode : « Il fait bon être ici, arrêtons-nous, dressons des tentes, etc ». Les Thaborites étaient historiquement une secte de hussites retirés en Bohême. Mais le thaborisme est, en général, le désir de contempler sans trêve l’essentiel une fois entrevu, tout le reste étant omis, jusqu’à la sidération.

Cet arrêt est sans doute une stase hallucinée, une mort spirituelle. Être ébloui, c’est être oublieux. Préférons ce que disent les disciples d’Emmaüs, marcheurs méditatifs, en Luc : « Notre cœur ne battait-il pas fort au-dedans de nous, quand il nous expliquait les écritures ? » (24, 32). – Encore « expliquer » (ici dianoigô). C’est mieux qu’éblouir – et aussi plus difficile et plus exigeant.

Garder une parole et non sacraliser ce qu’on voit, un être et une vie, comme le préconisent aussi Judaïsme et Islam, permet d’éviter toute idolâtrie.


(1) Ronsard, Les Amours, Garnier, 1963, p.259


→ Extrait des Deux Visages de Dieu - Une lecture agnostique du Credo,  Albin Michel, 2001, pp. 132-134 (Chapitre : "Consubstantiel au Père")
  

© Michel Théron - 2010

 

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→ Voir aussi : Des mots pour voir et Iconoclasme.

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