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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 22:01

 ¨(Extraits de mes ouvrages)

En complément et explicitation à mes deux articles Visages de la Foi, et Visages de la Foi II, je reproduis quelques extraits du chapitre 9, « Les deux mondes », de ma Source intérieure. J'ai surligné en jaune les notions essentielles, correspondant aux deux Visages différents de la Foi (Intériorité et Extériorité). Les liens activables aussi développent cette opposition :

 


... Et quand Augustin se demande où est ce Dieu qu’il invoque, il ne peut que conclure : au fond de moi-même, ou nulle part. C’est une lumière intérieure, qui garantit et cautionne la lumière qu’on voit par les yeux de chair : « Tard je t’ai connue, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai connue. C’est que tu étais au-dedans de moi, et, moi, j’étais en dehors de moi ! » (Confessions, X, 27).

 

… Mais ensuite, tout cela a changé, et on a voulu prouver le monde idéal par l’examen du monde réel. Thomas d’Aquin a remplacé Augustin, Dieu est devenu de moins en moins présence intérieure, et on a cherché dans l’examen, ou l’observation des choses perceptibles à l’extérieur, des preuves rationnelles de son existence. La foi, étant de moins en moins éprouvée, a voulu de plus en plus se prouver. Ces preuves alors, on a pu les dire a posteriori (tirées de l’observation des choses).

Il faut les opposer à l’argument a priori, dit de saint Anselme, qui jusque-là avait prévalu : il ne relève que d’une certitude intérieurement ressentie...

 

... Il faudrait sans doute explorer les implications esthétiques des deux postures que je viens d’esquisser, correspondant à la prédominance de l’un ou l’autre monde : l’intériorité concerne le chant grégorien (le fluxus ou l’expiration), la voûte romane, la crypte et ses cierges, le regard fixe aussi des icônes et le fond d’or immuable, la perspective inversée invitant à scruter le fond de notre propre cœur, la croix grecque, équilibrée en son centre, la pensée augustinienne, ou introvertie. L’extériorité, la polyphonie dramatisée ou poétique, la nef gothique avec son dynamisme ascensionnel, la croix latine, déséquilibrée dans le sens de l’activisme (celle des Croisades), le vitrail changeant suivant les heures et les saisons, la pensée thomiste et scolastique, rationnelle et observante, extravertie ; la peinture ensuite non plus mentale ou symbolique (comme dans l’enfance), mais naturaliste, avec la nouvelle perspective optique, trouant la toile : la vision du phénomène (phainomenon) remplaçant celle de l’essence (ousia). Tout cela, cette mutation si importante et si dangereuse de l’Occident chrétien, devrait faire la matière d’un livre entier, et traiter ensemble toutes les formes, à commencer par celle de l’art [Voir ici par exemple mon Initiation à l’Art, Ellipses, 1993]. – (pp.119-121)


 

Bougie et vitrail, montage (Le Grau du Roi)Cathédrale de Montpellier 3

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commentaires

robert bastide 12/07/2012 15:20

Char Ami
Je viens de lire "sur l'origine de l'inégalité" de JJ Rousseau. Contrairement aux idées reçues qui réduisaient Rousseau au statut politique ,je découvre qu'à la base de sa pensée se situe la
necessité de figurer l'Origine sous le nom "d'état de nature"..cette vie immanente à elle-même où l'extérieur ne trahit pas encore l'intérieur ? Au début était l'amour de soi - la source intérieure
à découvrir- qui n'a rien à voir avec l'amour-propre c'est-à dire le masque de la représentation , la comparaison avec l'autre...
Le sujet , chez Rousseau , n'est pas le moi ( au sens phychologique ) mais la Vie. Le fait primitif n'est pas un un " je pense donc je suis " mais l'auto-affectation de la vie proposant une
"éthique de l'affectivité".
Propre aux humains "la pitié" ( selon Rousseau ,c'est être 'gentil' devant la souffrance de l'autre , devant tout autre...) résulte de l'expansion de l'amour de soi ( qui ne s'aime pas , n'aime pas
les autres..).
La "pitié" rend possible cet ordre que Rousseau appelle "la société de coeur".
Comment naître à la Vie ? l'amour de soi et la "pitié" se plantent au coeur d'une philosophie d'un retour à Soi par une re-naissance , une éthique qui n'est structurée d'aucun devoir :
Ainsi , le Samaritain n'obéit pas à une prescription extérieure , il ne se plie pas à un devoir de secourir que lui imposerait une régle ou même sa raison: il laisse tout simplement s'exprimer le
pouvour qu'il a reçu de la Vie...
Bien amicalement.

michel.theron.over-blog.fr 14/07/2012 17:32



Merci beaucoup pour ces remarques concernant J-J. Rousseau. Je suis tout à fait d'accord pour dire que le retour à soi doit se faire avant l'ouverture vers les autres :


http://www.michel-theron.fr/article-revenir-a-soi-96760500.html


Passez un bon été. Bien amicalement.


Michel Théron



robert bastide 10/07/2012 15:51

Cher Ami Michel Théron ,
Lorsque vous écrivez "La vision du phénoméne remplaçant celle de l'essence a été dangereuse pour l'occident chrétien " je fais un rapprochement avec certains courants de la phénoménologie. D'aprés
cette philosophie , il existe deux approches 1/la Vérité du monde ou toute conscience est conscience de quelque chose - si le monde est différent du sujet ,indifférent à ses aspirations cette
vision du monde telle que le dévoile la phénoménologie classique serait étouffante....2/ la Vérité de la Vie: une autre manifestation que l'horizon du monde, lorsque vous souffrez parce que l'un de
vos proches est malade par exemple,votre souffrance ne révéle d'autre qu'elle-même..La vie est un sentir soi-même , ce qui affecte et ce qui est affecté est le même. Personne n'a vu un
sentiment.
Cette capacité d'être révèle à nous-même avant tout rapport au monde, la Vie n'est jamais un phénoméne , elle n'apparait jamais dans l'horizon du monde.
Maître Eckart écrivait:"L'oeil dans lequel je vois Dieu est la lemême oeil que celui dand lequel Dieu me voit; mon oeil et l'oeil de Dieu sont un et le même oeil , une et même vision et même
connaissance... "

michel.theron.over-blog.fr 11/07/2012 22:14



Merci, cher ami, pour ces remarques. J'aime bien la phrase de Maître Eckhart que vous citez à la fin, et qui instaure une non-dualité entre le sujet et l'objet. C'est ce que recherchent toutes
les sagesses et spiritualités du monde (en Inde, par exemple, elle s'appelle advaita). Et c'est ce que réalise aussi la poésie, par exemple dans l'hypallage. Voyez dans mon blog
l'article qui porte ce titre.


Bien à vous.


Michel Théron



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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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