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Marges du Livre

Mercredi 5 janvier 2011 3 05 /01 /Jan /2011 22:02

& (Marges du Livre)

 

Ci après, un texte qui m'a été inspiré par les fêtes de Noël 2007.

 


Une surprise

 

Si tu es bien sage, Il viendra. Et il t’apportera beaucoup de cadeaux. Quand exactement, je ne te le dis pas. Mais sois sûre que de là‑haut il te voit, te surveille. Il aime bien quand on obéit, se fâche dans le cas contraire. Tu lui as bien fait ta lettre, au moins ? C’est bien. Et quand tu dormiras, il descendra par la cheminée, remplira tes petits souliers. Le lendemain, tu auras une énorme et belle surprise. Et tu n’oublieras pas, j’espère, de le remercier...

Comme tu rêves, ma chérie. Tu es dans les nua­ges. Tiens, cela doit être ça son adresse :

« Père Noël, villa Les flocons, Boulevard des nuages, Le Ciel. »

Tu ne crois pas ? Comme j’aimerais être à ta place. À l’église où j’allais, on l’appelait : « Le bon Dieu »... Voici que je rêve aussi, et que je me sou­viens. Viens dans mes bras, qu’on se câline, et qu’on rêve ensemble. Et pense à ta surprise...

  

***

Quelle musique, bien assourdissante ! Mais c’est la fête tout de même, tu ne crois pas ? Tout le monde semble bien s’être donné rendez‑vous au supermarché. Les rayons du sont dévalisés, les jouets, la nourriture pour ce soir de réveillon... Tu penses toujours à ce que tu auras demain matin, à ton réveil, n’est‑ce pas ?

Mais quel attroupement là ! Pourquoi tous ces enfants ? Ce photographe ? Ah ! Je vois. Et tu le vois aussi, toi. Et c’est encore une surprise… Il vient avec sa houppelande rouge, sa barbe blanche, ses lunettes. Il veut te toucher, te caresser. Mais laisse‑le faire, donc ! Et qu’est‑ce qui te prend ?

Épouvantée, la petite fille se blottit dans les bras de sa mère. De voir la grosse figure rougeaude et la neige hirsute si près d’elle, elle s’angoisse. Beaucoup d’enfants sont comme elle, violés par cette intrusion intempestive, cette cruauté bonhomme.

Eh bien, si je m’attendais à ça ! En voilà encore une surprise ! Je ne sais plus quoi dire : tu en rêvais si fort ! Décidément, ma petite fille si songeuse me surprendra toujours.

  

***

Vous avez tort, Madame. Réfléchissez. On ne voit bien que ce qu’on rêve, et on est épouvanté par ce qu’on voit. Toucher ses rêves, c’est les dé­truire. L’attente et l’espoir nous font, la réalité nous défait. Méditez donc cette défaite, que vous venez de voir ce soir. Nos corps eux‑mêmes sont en exil. Ce que l’on voit, peut-on l’espérer encore ? Car nous marchons selon la foi, et non selon la vue.

  

***

 &

 

2 Co 5/6-7 Nous sommes donc toujours pleins de confiance, et nous savons qu’en demeurant dans ce corps nous demeurons loin du Seigneur, car nous marchons par la foi et non par la vue ...

 

Ro 8/24  Car c’est en espérance que nous avons été sauvés. Or, l’espérance qu’on voit n’est plus espérance : ce qu’on voit, peut-on l’espérer encore ?

 


 

→ J'ai ensuite remodelé ce texte pour le donner l'année suivante à Golias Hebdo, sous le titre de : Vision. Il est donc possible de comparer les deux versions. Vous pouvez même voter pour l'une ou l'autre, dans les Commentaires.

Par michel.theron.over-blog.fr - Publié dans : Marges du Livre
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Jeudi 4 novembre 2010 4 04 /11 /Nov /2010 21:40

& (Marges du Livre)

  

Voici un texte écrit en marge du Livre (il s'agit de la Bible), dont il est une actualisation littéraire. J'ai transposé la rencontre de la Transcendance religieuse au monde de la création, ici l'écriture, comme a fait aussi Zola dans L'Œuvre :

  


 

La lutte avec l’Ange

  

Il fait nuit. Je suis face à ma feuille. Les yeux fermés, je me souviens de cette après-midi éblouissante de soleil. Je vais essayer d’en rendre compte. C’est si bon de laisser une trace des choses. Des choses une trace. Pas mal… Allons. Essayons de ne pas être trop indigne de la tâche…

« Le soleil dessine ses raies géométriques sur le tapis ». C’est vrai. Bien dit. Je sais faire…

 

– Mais bien vu, le crois-tu ?

 

… Que fais-tu à mes côtés, éternel douteur ? Fais-moi je te prie, connaître ton nom…

Reprenons. « Sur le tapis, raies géométriques, le soleil ». Peut-être mieux. Moins pensé… Cela suffit-il ?

 

– Continue, lutte avec moi. Voyons si tu vas y arriver.

 

… Et puis d’abord, tu m’importunes. D’où parles-tu ? Fais-moi je te prie, connaître ton nom…

Certes je continue le combat. Contre qui je lutte je ne le sais pas. Mais quelque chose me pousse à aller plus loin. Pour mon malheur sans doute, car désormais je ne sais pas, je ne sais plus où je vais.

 

– Tu ne vas tout de même pas y passer la nuit…

 

… Ne le crois pas. L’aurore pourra bien se lever… Je trouverai avant. Je ne te laisserai point aller …

… « Enflammé le tapis, mais par quoi ? ». Là ma phrase est boiteuse. J’ai perdu ma belle assurance, et boiteux définitivement je suis, condamné à balbutier ainsi, par un moi-même peut-être plus profond, ou par qui d’autre je ne sais pas. J’erre dans l’incertain. Ange ou Démon, il s’est emparé de moi.

Mais si je réfléchissais… Sans doute ce qui est parfait n’attire pas, ou pas autant. Épreuve nécessaire, infinité de luttes et d’essais, et aussi infirmité finale, celle d’une élection…

… Peut-être aussi qu’à force de lutter ainsi avec mon Ange, là j’ai enfin ce qu’on appelle le duende. Comme le chanteur de flamenco qui casse volontairement sa voix par le convulsif verre d’alcool et touche enfin les écoutants jusque là si froids, le matador qui soudain follement déjoue toutes les prévisions et chavire l’arène, le poète dont le ratage est la plus belle réussite, l’araignée ou la salissure sur le marbre le plus immaculé.

Pour agir lui-même, un dieu ou un démon veut cette lutte, et qu’on en sorte meurtri. Seul peut déchirer celui qui lui-même est déchiré.

Qu’il soit béni ou maudit alors, peu importe. Il a touché, parce qu’il a été touché. Blessé aussi il a été, et l’est resté. Ce contact de toute façon, on le préfère sans doute toujours à l’absence, ou à l’éloignement. Mais on ne sait jamais vraiment qui on touche, ou quoi. Mieux vaut alors ne pas le demander, et se contenter du reste…

 

Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni.

… Fais-moi je te prie, connaître ton nom.

 

– Pourquoi demandes-tu mon nom ?

Et il le bénit là…

 

***

 

&
Genèse, 32, 24 Jacob demeura seul. Alors un homme lutta avec lui jusqu’au lever de l’aurore.

25 Voyant qu’il ne pouvait le vaincre, cet homme le frappa à l’emboîture de la hanche ; et l’emboîture de la hanche de Jacob se démit pendant qu’il luttait avec lui.

26 Il dit : ‘Laisse-moi aller, car l’aurore se lève.’ Et Jacob répondit : ‘Je ne te laisserai point aller, que tu ne m’aies béni.’

27 Il lui dit : ‘Quel est ton nom ?’ Et il répondit : ‘Jacob.’

28 Il dit encore : ‘Ton nom ne sera plus Jacob, mais tu seras appelé Israël ; car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur.

29 Jacob l’interrogea, en disant : ‘Fais-moi je te prie, connaître ton nom.’ Il répondit : ‘Pourquoi demandes-tu mon nom ?’ Et il le bénit là.

30 Jacob appela ce lieu du nom de Peniel : ‘Car, dit-il, j’ai vu Dieu face à face, et mon âme a été sauvée.’ 

31 Le soleil se levait, lorsqu’il passa Peniel. Jacob boitait de la hanche.

32 C’est pourquoi jusqu’à ce jour, les enfants d’Israël ne mangent point le tendon qui est à l’emboîture de la hanche ; car Dieu frappa Jacob à l’emboîture de la hanche, au tendon.

 

© Michel Théron – 2010

 


Par michel.theron.over-blog.fr - Publié dans : Marges du Livre
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Mercredi 3 novembre 2010 3 03 /11 /Nov /2010 13:30

& (Marges du Livre)

  

Voici un texte écrit en marge du Livre (il s'agit de la Bible), dont il est une actualisation littéraire :

   


 

Les précautions inutiles

 

Voilà. J’ai tout bien préparé. D’abord, faire le point sur soi-même. Y voir clair. Me ménager du temps, enfin, pour moi. Jusqu’à présent je me suis trop prodigué, ne me suis pas assez appartenu. Tout mettre en ordre enfin, en moi.

Aussi un lieu, où me sentir bien. Ce serait ample assez, pour respirer. À chaque jour suffirait sa peine. Et la vie gagnerait en ampleur, en étendue. Tout se multiplierait, et les dons que j’ai, je les mettrais en valeur. Il faut prévoir, ne pas se laisser surprendre. J’ai bien lu quelque part un texte sur les talents, qu’il faut faire fructifier. Il est donc écrit que…

... Mais qui vient là ? Qu’est-ce qu’il murmure ? Je m’approche. Qu’est ce qu’il dit ?

Sa tenue est négligée, en tout cas. Il ne pense pas loin, lui. Un litre de vin et un sandwich, tout son bonheur. Dieu me préserve de cet état-là…

À moi les lointains buts, les nobles objectifs. Je vais faire de grandes choses. Je rentre chez moi, quitte cette ville de pulsions brutes, ce laisser-aller. Je n’ai rien à voir avec ça.

... Ce qu’il est sale, ce qu’il sent mauvais…

D’œuvre en œuvre, je progresserai, ferai une Œuvre, laisserai quelque chose, au moins me reposerai ayant produit. Puisque c’est dû. Il est écrit que… Mais encore il murmure. Quoi ? « Mais il est dit que… » C’est ça ? D’où vient ici ce que j’ai entendu, ou cru entendre ? Pourquoi est-ce qu’il m’oppose une autre parole ? Mais c’est le Diable cet homme-là…

Il veut m’opposer à moi-même, me diviser, m’embrouiller. Il n’y réussira pas.

... Toi de toute façon tu ne feras rien. Donc rien ne seras. Tu vois, je sais des choses, et toi pas. De tout cela je suis riche, tandis que tu es pauvre. Tu veux me tenter, sans profit. C’est classique comme scénario, mais nous ne sommes pas au désert. D’ailleurs ne changeons pas les rôles, n’inversons rien. Tu ne m’auras pas, ne me contrediras pas. Je me moque des voix cachées. Tiens, je me penche, tu vois, je n’ai pas peur. Voyons ce que tu grommelles…

 

Insensé, cette nuit même on te redemande ta vie

 

***

 

&
Luc, 12, 16  Et il leur dit une parabole: « Il y avait un homme riche dont la terre avait bien rapporté.

17  Et il se demandait : ‘Que vais-je faire ? car je n’ai pas où rassembler ma récolte.’

18  Puis il se dit : ‘Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en bâtirai de plus grands et j’y rassemblerai tout mon blé et mes biens.

19  Et je me dirai à moi-même : Te voilà avec quantité de biens en réserve pour de longues années ; repose-toi, mange, bois, fais bombance.’

20  Mais Dieu lui dit : ‘Insensé, cette nuit même on te redemande ta vie, et ce que tu as préparé, qui donc l’aura?’ »

 

Écrit le 23 août 2001

 

© Michel Théron – 2010

 


 

Nota : En plus de la parabole lucanienne sus-indiquée, ce texte fait allusion à un autre épisode très connu, qui figure dans les synoptiques. Devinez lequel... Vous pouvez répondre en laissant un commentaire ci-dessous.

 

Par michel.theron.over-blog.fr - Publié dans : Marges du Livre
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Lundi 1 novembre 2010 1 01 /11 /Nov /2010 18:33

& (Marges du Livre)

  

Voici un texte écrit en marge du Livre (il s'agit de la Bible), dont il est une actualisation littéraire :

   


 

Oui ou Non

 

– Non, décidément non, je ne veux pas. On m’a tant proposé de choses nouvelles, et puis à la fin cela n’a pas marché. J’en ai assez maintenant. Si c’est pour recommencer un échec, merci bien. J’ai déjà donné. Ils me font rire, ceux qui craignent la mort, ce qu’il y a après. En vérité, on meurt tant de fois, dans cette vie ! Déceptions, blessures, éclats de voix, portent qui claquent. Ruptures aussi : un téléphone qui ne sonne pas… Combien de fois ? Et comment ne pas s’en souvenir ? À coup sûr ce qui a été sera, il n’y a aucune raison que cela change, et ceux qui disent le contraire sont des naïfs. Je vais donc rester chez moi et, comme dit l’autre, peiné peut-être mais peinard…

 

– Eh bien moi, j’y vais. Toute ma vie passée l’atteste : je suis l’homme des aventures, et quand on m’en propose une, je suis partant. C’est ma façon de voir à moi. Je hais ces âmes pusillanimes qui pour trop prévoir les suites des choses n’osent rien entreprendre. Croyez-moi sur parole : je n’en ai qu’une. Aussi me voici, et je réponds : Présent.

 

– Tout de même, est-ce que j’ai raison ? Bien sûr, je porte tout le poids de mon passé. Me voici humilié et honteux : sans doute fais-je honte aussi aux autres. Comme je me sens noir, sali par tous mes manques, mes hésitations, mes tergiversations ! À côté des autres si brillants, si pleins d’allant et d’assurance, assurément je n’ai pas d’allure. Mais est-ce définitif ? Si j’essayais une fois encore ? Je peux démentir cette voix négative qui toujours m’a accompagné. Ne serait-ce qu’une fois… Au moins j’aurai essayé, et si j’ai des remords après, au moins je n’ajouterai pas un regret de plus à tous ceux que j’ai accumulés. Enfin, pour cette fois, fût-ce peut-être la dernière, ce sera oui : allons-y…

 

– Tiens au fond, j’ai tellement prouvé par le passé, que je n’ai plus en cette occasion quelque chose d’autre à démontrer. Ma personne garantit mes actes, et donc, un de plus ou un de moins, quelle importance ? Qui s’en apercevra ? Laissons donc cette affaire. Je crois bien être respecté de tous, je sais ce que je vaux et crois ce qu’on m’en dit. Je n’ai pas besoin, moi, de ressusciter de morts que je n’ai pas connues. Ce soin, je le laisse ici à d'autres. J’abandonne donc sans regret cette nouvelle occasion, qui ne serait pas plus par rapport à tout ce que je suis qu’une infime goutte d’eau dans tout l’océan.

 

– ‘Lequel des deux a fait la volonté du père ?’ Ils répondirent : ‘Le premier.’

 

***

&

 

Matthieu 21

28 Que vous en semble ? Un homme avait deux fils ; et, s’adressant au premier, il dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui dans ma vigne.’

29  Il répondit : ‘Je ne veux pas.’ Ensuite, il se repentit, et il alla.

30  S’adressant à l’autre, il dit la même chose. Et ce fils répondit : ‘Je veux bien, seigneur.’  Et il n’alla pas.

31  ‘Lequel des deux a fait la volonté du père ?’ Ils répondirent : ‘Le premier’. Et Jésus leur dit : ‘Je vous le dis en vérité, les publicains et les prostituées vous devanceront dans le royaume de Dieu.’

 

© Michel Théron – 2010

 


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Dimanche 31 octobre 2010 7 31 /10 /Oct /2010 16:26

& (Marges du Livre)

  

Voici un texte écrit en marge du Livre (il s'agit de la Bible), dont il est une actualisation littéraire :

   


 

Souffles

 

Translation des roseaux à notre gauche à mesure que nous marchons. Chateaubriand me précède il me semble : leurs champs de quenouilles et de glaives… J’écris un texte déjà écrit. Dans la vie et sur la page.

Mais chut tout à coup... Écoute, dis-tu, ferme tes yeux.

Bruit sourd et constant. Le vent siffle aux oreilles, accompagné des cris des oiseaux. Et plus l’attention se fait profonde, plus profond se fait le vent. C’est comme une grande houle, la mer dans les arbres, déjà entendue à Font-Romeu, ou bien le coquillage qu’on plaque sur sa joue et qu’on écoute, enfant. Régression infinie de la mémoire. Désancrage des souvenirs et de l’être le plus profond.

Eau lustrale, eau matricielle, environnante et investissante, du Vent… Ainsi baptisé, reposé, né de nouveau, je reprends souffle.

 

Je ne vois rien, et pourtant… Yeux ouverts, le paysage éclairé est familier, avenant, proche. Mais aussi il est découpé et restreint, car la vue latéralise. Fermés les yeux au contraire, l’obscurité s’habite d’une présence qui descend, étrange et aussi proche, mais d’une autre façon : réconciliation avec le plus lointain, le plus ancien. Les oliviers par exemple tordus par le vent du nord de mon enfance, quand au retour de mon collège je luttais l’hiver contre la côte à franchir à vélo. Là j’ai eu peut-être l’essentiel. Si je ne le vois pas, maintenant je le revois. Le voyage va commencer, le pèlerinage. Fermez les paupières, le train va partir. – Je suis né du mistral…

 

Aussi ce jour-là, ou cette nuit, ce même soir, où alanguie après l’amour, tu as respiré contre mon épaule. Le souffle contre mon oreille, ce fut le même vent entendu sur le chemin. Les yeux aussi étaient fermés, mais l’immémorial était perçu. Cela venait de très loin. La nuit respirait comme un flanc de femme…– Il faut aimer la nuit des yeux. Y écouter respirer Dieu. Vent, mémoire, lèvres entrouvertes, tout est souffle.

 

– Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né du Souffle...

 

***

&

 
Jean, 2, 1 Mais il y eut un homme d’entre les pharisiens, nommé Nicodème, un chef des Juifs,

2  qui vint, lui, auprès de Jésus, de nuit, et lui dit : ‘Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu ; car personne ne peut faire ces miracles que tu fais, si Dieu n’est avec lui.’

3  Jésus lui répondit : ‘En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu.’

4  Nicodème lui dit : ‘Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître ?’

5  Jésus répondit : ‘En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d’eau et du Souffle, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu.

6  Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né du Souffle est souffle.

7  Ne t’étonne pas que je t’aie dit : Il faut que vous naissiez de nouveau.

8  Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d’où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né du Souffle..’.

 

© Michel Théron – 2010

 


Par michel.theron.over-blog.fr - Publié dans : Marges du Livre - Communauté : Les Cultureux éclectiques
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Jeudi 28 octobre 2010 4 28 /10 /Oct /2010 23:12

 & (Marges du Livre)

  

En complément à mon article Silence, voici un texte écrit en marge du Livre (il s'agit de la Bible), dont il est une actualisation littéraire :

 


 

La petite voix

 

J’écoute. L’essentiel, on va me le dire. Je m’attends à quoi ? Qu’on crie, qu’on clame. Qu’on fasse la grosse voix. C’est naturel. On fait proportion d’habitude entre l’importance du son et celle de ce qu’il dit.

On m’a toujours crié dessus. J’ai eu peur, et ensuite ai obéi. Évidemment, ils savaient le pouvoir qu’ils avaient, ceux qui ainsi criaient. Moi aussi, si j’ai des enfants un jour, je leur crierai dessus. – Mais en fait j’en ai déjà eu, et je ne sais maintenant si mes cris ont servi à quelque chose. Jupiter tonnant… En étais-je mieux suivi ?

Les disputes aussi m’ont marqué, et les claquements de porte… Théâtrale est la vie. Comme si elle devait pour exister toujours se découper sur fond de cris…

Le vent des tourments m’a déchiré, pour mon malheur, pas pour mon enseignement. Les séismes du cœur aussi. Je n’en suis pas sorti grandi. Et le feu des passions : est-ce qu’il m’a fait mûrir ? De tout cela aujourd’hui je ne sais plus rien… Tonnerre, étonnement, vie hors des gonds : cela ne m’impressionne plus guère. C’est peut-être si banal… Laissons les autres y croire. C’est leur affaire. 

 

Elle est là, ne dit rien, ou si peu. Elle est présente, mais ne pèse pas. On ne s’attend pas à la sentir vivre, si pauvre, si modeste, si réservée, si absente peut-être, mais si indubitablement là. Quelle surprise dans ce calme… Qui s’y arrêterait ?

Mais quelle force soudain s’y manifeste ! Se méfier de la petite voix. Du murmure doux et léger… Tout le reste passera. Mais à elle rien ne résiste.

L’écouter yeux fermés, avec infiniment de respect. Se voiler devant elle, qui dévoile tout. 

Quand Élie l’entendit, il s’enveloppa le visage de son manteau… 

***

&
 
1 Rois, 19, 11  L’Éternel dit : « Sors, et tiens-toi dans la montagne devant l’Éternel ! » Et voici, l’Éternel passa. Et devant l’Éternel, il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers : l’Éternel n’était pas dans le vent. Et après le vent, ce fut un tremblement de terre : l’Éternel n’était pas dans le tremblement de terre.

12  Et après le tremblement de terre, un feu : l’Éternel n’était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger.

13  Quand Élie l’entendit, il s’enveloppa le visage de son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la caverne. Et voici, une voix lui fit entendre ces paroles : « Que fais-tu ici, Élie ? »

 


 

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Vendredi 6 août 2010 5 06 /08 /Août /2010 13:42

 

& (Marges du Livre)

 

– Fais ceci, ne fais pas cela… C’est ainsi qu’il faut faire, qu’on a toujours fait. Sinon, de quoi est-ce qu’on aurait l’air ? Tu ne peux pas changer le monde. Suis la voie commune. Tu n’es pas comme les autres…

  

... Vie commune : vraiment… Vie toujours ensemble, et vie de tous. Le Mari relaie les Parents. On ne passe que d’un esclavage à un autre. Qui vive ? Âme morte… Assassinée.

  

C’est pour ton bien. Nous savons mieux que toi ce que tu dois faire. Nous avons le droit de te l’imposer. Tous nos crimes sont des crimes d’amour.

  

Je ne suis plus que la chose des autres, je ne suis plus moi, plus rien, plus. À ne plus rêver, on meurt. L’homme descend du Songe, puis il vit au pays des Singes…

 

– Soigne-toi : fais-toi soigner. Tu n’es pas normale. Tu gâches tout. C’est bien fait pour toi. Mets la table, agite-toi bien, ne reste pas à ne rien faire. Sois ce rien qui fait tout dans la maison. Essuie la poussière. Millions de pas dérisoires. On compte sur toi. Ne les déçois pas. Marthe, c’est là ton lot.

 

... Tu pleures pourtant. Tes larmes te baptiseront (et pourquoi pas telle rencontre…). Cette eau te lavera. Tu portes tout, et n’es rien. Que la poussière que tu ôtes... Perds alors jusqu’à la poussière de ton nom. N’hésite pas. Enfin : sois celle qui regarde, qui écoute… Sois une autre, l’Autre que depuis toujours tu es. Elle t’appelle. Réponds-lui. Il est temps d’ouvrir yeux et oreilles.

 

... Tu vois, c’est facile... Tu vois.

... Tu entends ? Maintenant tu entends.

... Tes antennes se sont déployées.

 

– Lui répondant il dit : 'Marthe ce n’est pas là ce qui compte…'

 

... Tu prendras ton nouveau nom, le vrai, le tien : tu t’appelleras Marie.

 

 

*** 

&
 
Luc 10, 38 Comme Jésus était en chemin avec ses disciples, il entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison.

39  Elle avait une sœur, nommée Marie, qui, s'étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.

40  Marthe, occupée à divers soins domestiques, survint et dit : 'Seigneur, cela ne te fait-il rien que ma sœur me laisse seule pour servir? Dis-lui donc de m'aider.'

41  Le Seigneur lui répondit : 'Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour beaucoup de choses.

42  Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée.'

 

© Michel Théron - 2010

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Jeudi 5 août 2010 4 05 /08 /Août /2010 17:30

& (Marges du Livre)

 

– Vraiment cette ville est pourrie. Tous des larves. Pleine de fainéants, d’assistés, de prêts à mordre et d’enfants gâtés. De mon temps on n’aurait pas admis ça. Il faudrait un bon coup de balai, pour éliminer toute cette racaille. Et tu vas voir qu’encore il s’en trouvera pour fermer les yeux, pour pardonner…

Et celles-là, avec leurs si courtes jupes, leurs nombrils à l’air… De vrais appels au viol. Qu’il arrive… Ce sera bien fait…

Et ces gosses qui braillent, et ces jeunes qui bousculent… Où sont les parents ? À voir ce qu’on voit, on comprend ce qui se passe, ce qui va évidemment arriver. Ils ont bien raison, au fond, ceux qui veulent prendre des mesures... Vous allez voir bientôt… – Mais chut, je me comprends…

Je suis fatigué, je veux dormir. Me plonger dans le sommeil, lové au cœur de mon navire, chez moi, cocooning… Je m’y engloutirai, comme, au fond de l’eau, dévoré par un gros poisson… À quoi cela sert-il de se lever, de toute façon ? Vivement ce soir qu’on se couche…

Dormir, mourir… C’est pareil. Quand on voit ce qu’on voit… Autant s’étendre et tout oublier.

Chez moi, au moins, j’aurai ma tonnelle. De loin je verrai les hommes. De très loin. Comme des fourmis. C’est tout ce qu’ils méritent.

Je prendrai le frais, seul. Qui vit seul n’est pas en mauvaise compagnie. Le monde m’apportera ses petits dons, à moi tout seul. Les autres ne méritent rien de tel.

 

– En es-tu sûr ?

 

– Oui, absolument, j’en suis sûr, et si jamais je perds ce petit rien que j’ai, le monde est vraiment trop injuste. Au fond, c’est la mort que je préfère, non la vie, car qu’est-ce que cette vie qu’on ne peut mettre en ordre ? Un peu de morale, de discipline, que Diable… Quelle époque, quelle barbarie, quelle décadence ! – Seigneur, dans quel siècle m’avez-vous fait naître ? Ah, si j’étais vous… Et si j’étais vous… Je te les exterminerais bien tous. C’est tout ce qu’ils méritent. Ces étrangers, ces métèques, ces sauvages. Un bon nettoyage... Qu’est-ce qu’il attend, celui qui déblaiera tout ça ? Si ce n’était que de moi… Pas de quartier, pas de pitié. Vivement que ça arrive. Ça arrivera forcément, et alors si je peux aider… Ou au moins j’aurai prévenu, et je comprendrai.

 

Quand même, j’ai mal de voir ça, et ça me fait mal aussi au fond de moi, si j’y pense… Si c’est pas malheureux tout ça !

 

Mais je suis comme ça, de toute façon. Je n’aime pas les changements. Qu’est-ce que je peux faire alors ? Je penserai à moi, serai heureux pour moi, j’aurai mon petit plaisir, même bien petit, et sinon je mourrai. De toute façon la vie… Pour ce qu’on peut en attendre… Pas vrai ?

 

Fais-tu bien de t’irriter ?

  

  

***

 &

 

Jonas, 3, 10  Dieu vit que les Ninivites … revenaient de leur mauvaise voie. Alors Dieu se repentit du mal qu’il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas.

4, 1-11 Cela déplut fort à Jonas, et il fut irrité. Il implora l’Éternel, et il dit : ‘Ah! Éternel, n’est-ce pas ce que je disais quand j’étais encore dans mon pays ? C’est ce que je voulais prévenir en fuyant... Car je savais que tu es un Dieu compatissant et miséricordieux, lent à la colère et riche en bonté, et qui te repens du mal. Maintenant, Éternel, prends-moi donc la vie, car la mort m’est préférable à la vie.’ L’Éternel répondit : ‘Fais-tu bien de t’irriter ?’ Et Jonas sortit de la ville, et s’assit à l’orient de la ville. Là il se fit une cabane, et s’y tint à l’ombre, jusqu’à ce qu’il vît ce qui arriverait dans la ville. L’Éternel Dieu fit croître un ricin, qui s’éleva au-dessus de Jonas, pour donner de l’ombre sur sa tête et pour lui ôter son irritation. Jonas éprouva une grande joie à cause de ce ricin. Mais le lendemain, à l’aurore, Dieu fit venir un ver qui piqua le ricin, et le ricin sécha. Au lever du soleil, Dieu fit souffler un vent chaud d’orient, et le soleil frappa la tête de Jonas, au point qu’il tomba en défaillance. Il demanda la mort, et dit : ‘La mort m’est préférable à la vie.’ Dieu dit à Jonas : ‘Fais-tu bien de t’irriter à cause du ricin ?’ Il répondit : ‘Je fais bien de m’irriter jusqu’à la mort.’ Et l’Éternel dit : ‘Tu as pitié du ricin qui ne t’a coûté aucune peine et que tu n’as pas fait croître, qui est né dans une nuit et qui a péri dans une nuit. Et moi, je n’aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, dans laquelle se trouvent plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas distinguer leur droite de leur gauche, et des animaux en grand nombre !’

   

© Michel Théron - 2010

 

→ Commentaire dans : Fascisme et désir de mort

Par michel.theron.over-blog.fr - Publié dans : Marges du Livre
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Jeudi 5 août 2010 4 05 /08 /Août /2010 13:00

& (Marges du Livre)

 

Qu’il est beau ce visage, d’un sourire soudain illuminé ! Tout le gris pressenti des jours anciens y disparaît. Si cela pouvait toujours durer… – Mais ce sourire maintenant, pourquoi le perdre, pourquoi cet air maussade ? Pourquoi n’es-tu pas comme avant ?

Ou bien serait-ce de ma faute ? Qu’est-ce que j’ai fait ? Je n’ai pas mérité cela, pourtant…

Pourquoi est-ce que ce n’est pas toujours parfait ?

 

Ô vous mes yeux, et les tiens et les miens, soyez toujours rieurs, sourieurs. Donnez-moi toujours des spectacles bénis. Resplendissants comme neige au soleil. Ne m’abandonnez pas. Je n’aime pas l’autre visage, le visage gris, triste et soucieux. Que le Visage soit toujours glorieux. Vieillir, accepter le temps qui passe, le sillon des rides, je ne le veux pas. Que toujours me sourie la Vie…

Ces moments-là sont si beaux… Ils sont même si beaux qu’ils font peur. Ils transpercent, clouent sur place, pénètrent d’effroi. Car ils ne savaient que dire, l’effroi les ayant saisis.  – Alors, si on s’arrêtait, s’immobilisait, et si on dressait sa tente, enfin, à jamais. Arrête-toi, Moment... Photo du bonheur. Ne bougeons plus…

 

– Crois-tu ? Est-ce que c’est juste ? Pourquoi poser des conditions ? Ne sois pas si gourmand. Tu ne peux tout avoir, toujours. Et toujours voir. Aux éclairs et aux miracles il faut survivre. Aussi tu n’es pas raisonnable. Attends un peu… Attends, un peu.

 

Le brouillard tombe. Tout disparaît dans la nuée. – Maintenant, si tu fermais les yeux, entendais la Voix…

 

Celui-ci est mon bien-aimé, écoutez-le...

 

Cette voix est tout ce qui te reste, et assurément ce n’est pas rien. Le bonheur, le sourire, tu ne peux pas les voir toujours. – Mais y croire et te le dire, cela, au moins tu le peux. Tu as maintenant le savoir, et comme avenir le souvenir. Ils t’accompagneront, car tu ne peux pas rester à l’arrêt, tu dois marcher. Je te donne ici le secret.

Écoute donc…

Tu as vu ?

Donc, désormais, écoute.

 

 

***

  &

 
Marc, 9, 2  Six jours après, Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean, et il les conduisit seuls à l'écart sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ;

3  ses vêtements devinrent resplendissants comme la neige, et d’une telle blancheur qu’il n’est pas de foulon sur la terre qui puisse blanchir ainsi.

4  Élie et Moïse leur apparurent, s’entretenant avec Jésus.

5  Pierre, prenant la parole, dit à Jésus : ‘Rabbi, il est bon que nous soyons ici ; dressons trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie.’

6  Car il ne savait que dire, l’effroi les ayant saisis.

7  Une nuée vint les couvrir, et de la nuée sortit une voix : ‘Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le !’

8  Aussitôt les disciples regardèrent tout autour, et ils ne virent que Jésus seul avec eux.

9  Comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur recommanda de ne dire à personne ce qu’ils avaient vu, jusqu’à ce que le Fils de l’homme fût ressuscité des morts…

 

© Michel Théron - 2010

 

→ Commentaire dans : Thaborisme.

→ Voir aussi : Des mots pour voir et Iconoclasme.

Par michel.theron.over-blog.fr - Publié dans : Marges du Livre
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Mercredi 4 août 2010 3 04 /08 /Août /2010 19:18

 

& (Marges du Livre)

 

Je te ferai perdre la tête… Tu ne sauras rien me refuser. Tu crieras, tu te débattras. Cela ne te servira de rien. Tu auras peur. De tout façon tu as toujours eu peur. Depuis le début, maintenant et toujours. Tu gémiras. Tu te débattras. Tu ne pourras pas m’échapper. Je te ferai tout oublier. Tu t’anéantiras. Tu me demanderas grâce. Ta paralysie j’en triompherai. Je t’en délivrerai. Délivrance que tu désires…

Aussi tu doutes de tout. Toujours. Et tu juges, tu condamnes. « Il ne t’est pas permis de… ». Professeur de morale. Prêcheur névrosé. C’est facile. En fait, tu ne veux pas prendre de risques. Précautionneux, trop d’égards à tout. Le plus grand risque est de ne pas en prendre.

Tu penses trop. Trop de tête en toi. Où ton corps ?

Lâche-toi, abandonne-toi. Ouvre tes mains. Laisse tomber ta garde.

Serpentine je suis pour les hommes, pour tout homme, pour toi. Et quand tu te tordras sous mes caresses, que tu expireras ton dernier râle, je te ferai sentir, jusqu’à l’ivresse, tout mon pouvoir. Tu adhèreras à n’être plus rien entre mes mains, contre ma bouche. Je caresserai les cheveux de ta tête perdue, coupée, boirai en ton centre le suc de ta mort heureuse. Putain contre puritain. Tu me remercieras.

 

– Je ne veux pas mourir…

 

– Mais jusqu’à présent, est-ce que tu vis ?

 

… Ta tête, Jean, on me l’apportera sur un plat.

 

 

***

  &

 
Matthieu, 14, 3 … Hérode, qui avait fait arrêter Jean, l'avait lié et mis en prison, à cause d'Hérodias, femme de Philippe, son frère,

4  parce que Jean lui disait : ‘Il ne t'est pas permis de l'avoir pour femme.’

5  Il voulait le faire mourir, mais il craignait la foule, parce qu'elle regardait Jean comme un prophète.

6  Or, lorsqu'on célébra l'anniversaire de la naissance d'Hérode, la fille d'Hérodias dansa au milieu des convives, et plut à Hérode,

7  de sorte qu'il promit avec serment de lui donner ce qu'elle demanderait.

8  À l'instigation de sa mère, elle dit : ‘Donne-moi ici, sur un plat, la tête de Jean-Baptiste.’

9  Le roi fut attristé ; mais, à cause de ses serments et des convives, il commanda qu'on la lui donne,

10  et il envoya décapiter Jean dans la prison.

11  Sa tête fut apportée sur un plat, et donnée à la jeune fille, qui la porta à sa mère…

 

 

© Michel Théron - 2010

 

 

 

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Mardi 3 août 2010 2 03 /08 /Août /2010 23:14

 

& (Marges du Livre)

 

Il vient vers moi, me sourit de toutes ses dents. Il a quitté sa balançoire, a vu sûrement quelque chose, sur le banc où je suis assis. Peu importe. Ce sourire sanctifie l’automne, et le jardin public.

– Viens ici, laisse tranquille le monsieur…

La voix est aigre, criarde. Rompue la magie, brisé l’enchantement. Et à la parole se joint le geste. Sans ménagement, une main tire l’autre : la grande entraîne la petite, tout le bras est arraché. La brutalité est telle qu’il titube. Peut-on rudoyer les anges ?

– Reste-là, ne bouge pas, etc.

Je n’écoute plus, je pense à ce qu’on m’a dit à moi aussi. Ne parle pas à des inconnus, garde réserve et modestie, baisse les yeux, détourne le regard. Sois comme les grands. Si chacun se sourit sans se connaître, où ira-t-on ?

Oui, où ?

Sois normal…

Normal ? Ignorer son prochain, ne rien voir. La cécité est-elle normale ?

Sinon, de quoi est-ce qu’on aurait l’air ?

Mais de quoi avons-nous l’air ?

 

Des pleurs soudain. Mais qu’as-tu donc à tomber ? Fais attention… Évidemment les pleurs redoublent…

Regarde, tu t’es tout sali. Et j’aurai à te laver ce soir. Tiens, tu l’as bien mérité…

La gifle ne s’occupe pas de la souffrance de la chute. Et s’il s’était fait mal en tombant ?

Les adultes tuent les innocents. Ne pouvant trouver celui qu’ils cherchent, qui se dérobe, qu’ils ont perdu : eux-mêmes, avant ? De dépit ils entrent en grande colère : ils se vengent.

Mais de tout cela ils ne se doutent pas. Parents, éducateurs, professeurs, vous assassinez tout ce qui est à votre merci. Qui cherchiez-vous donc, avant ? Et qui mettez-vous à mort, faute de l’avoir trouvé ?

 

Laissez-moi rêver, ou cauchemarder. Aujourd’hui j’ai entendu des cris, des pleurs et de grandes lamentations

Ce cauchemar est sans fin. Tous ces enfants, ce massacre des innocents... Peut-on en guérir ?

Et je n’ai pas voulu être consolé, parce qu’ils ne sont plus.

 

Une feuille tombe sur mon livre. C’est bien l’automne. Déserte la vie, s’installe la mort. Le ciel déjà ne sourit plus.

Pas plus que l’enfant qui est venu vers moi.

 

***

&
 
Matthieu, 2, 16 Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, selon la date dont il s’était soigneusement enquis auprès des mages.

17  Alors s’accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète :

18  On a entendu des cris à Rama, des pleurs et de grandes lamentations : Rachel pleure ses enfants, et n’a pas voulu être consolée, parce qu’ils ne sont plus.

 

© Michel Théron - 2010

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