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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 00:01

« L’Histoire de la Littérature s’est grandement développée de nos jours, et dispose de nombreuses chaires. Il est remarquable, par contraste, que la forme d’activité intellectuelle qui engendre les œuvres mêmes, soit fort peu étudiée, ou ne le soit qu’accidentellement et avec une précaution insuffisante. Il est non moins remarquable que la rigueur qui s’applique à la critique des textes et à leur interprétation philologique se rencontre rarement dans l’analyse des phénomènes positifs de la production et de la consommation des œuvres de l’esprit.
Si quelque précision pouvait être atteinte en cette matière, son premier effet serait de dégager l’Histoire de la Littérature d’une quantité de faits accessoires, et de détails ou de divertissements, qui n’ont avec les problèmes essentiels de l’art que des relations tout arbitraires et sans conséquence. La tentation est grande de substituer à l’étude de ces problèmes très subtils, celle de circonstances ou d’événements qui, pour intéressants qu’ils puissent être en eux-mêmes, ne nous disposent pas, en général, à goûter une œuvre plus profondément, ni à concevoir de sa structure une idée plus juste et plus profitable. Nous savons peu de chose d’Homère: la beauté marine de l’Odyssée n’en souffre pas ; et de Shakespeare, pas même si son nom est bien celui qu’il faut mettre sur le Roi Lear.
Une Histoire approfondie de la Littérature devrait donc être comprise, non tant comme une histoire des auteurs et des accidents de leur carrière ou de celle de leurs ouvrages, que comme une Histoire de l’esprit en tant qu’il produit ou consomme de la ‘littérature’, et cette histoire pourrait même se faire sans que le nom d’un écrivain y fût prononcé. On peut étudier la forme poétique du Livre de Job ou celle du Cantique des Cantiques, sans la moindre intervention de la biographie de leurs auteurs, qui sont tout à fait inconnus. »

Paul Valéry, « De l’enseignement de la poétique au Collège de France », 1937

Cette citation figure à la fin du chapitre 15, "Qu'est-ce qu'une caractérisation fictive ?", de mon dernier ouvrage La stylistique expliquée - La littérature et ses enjeux. Elle résume tout mon livre et toute la démarche intellectuelle qui a été la mienne depuis toujours :

 

Cliquer : ici

 

"Cette histoire pourrait même se faire sans que le nom d’un écrivain y fût prononcé" - J'ai appliqué cette méthode dans tout mon enseignement du français en hypokhâgne, où j'ai souvent fait étudier des textes sans nom d'auteur. Ce qui compte c'est l'oeuvre elle-même, la voix de l'auteur, ce qu'il dit et sa façon de le dire, et non sa biographie (ce qu'on nous en dit).

 

***

 

En élargissant au domaine religieux :

 

La voix d'un personnage (comme Jésus), son message sont bien plus importants que ce qu'on nous dit de sa vie, et qui est très souvent purement inventé, fait de "caractérisations fictives". Bref l'Evangelium Christi, non l'Evangelium de Christo - l'Evangile du Christ, non l'Evangile au sujet du Christ.

 

Sur les caractérisations fictives de l'Evangile, voir par exemple :

 

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14 août 2017 1 14 /08 /août /2017 00:01

Dans son livre Drunk With Blood: God’s Killings In The Bible (Ivre de sang: les meurtres de Dieu dans la Bible), Steve Wells dénombre tous les meurtres et exécutions commis par Dieu dans la Bible : lorsqu’on se contente de regarder les assassinats et génocides pour lesquels il existe un décompte précis, on arrive au chiffre phénoménal de 2,8 millions de morts (Source : Slate.fr., 25/04/2016).

 

Bien sûr, la Bible n’est pas le seul livre sacré des religions monothéistes qui montre la face violente de Dieu. Assurément ces mêmes livres s’ils paraissaient aujourd’hui, seraient aussitôt condamnés et interdits par notre justice, pour apologie du meurtre.

 

À partir de là, on peut, comme font les théologiens progressistes, resituer ces passages dans une époque ancienne où régnait cette violence dont heureusement nous sommes sortis aujourd’hui, et les relativiser. Ou bien, si on n’en admet pas l’existence, on veut les supprimer du canon. Ce fut l’attitude de Marcion, puis celle des cathares, qui récusaient en bloc tout le Premier Testament, comme ne présentant pas de Dieu une image bien flatteuse. Mais Marcion et les marcionites furent excommuniés, et les cathares exterminés pour hérésie. Il est vrai que récuser en christianisme le texte matrice était impossible, car il s’y rattache quasiment à chaque ligne : au reste, il y a des strates rédactionnelles très violentes dans le texte néotestamentaire même.

 

L’attitude la plus sage, à mon avis, est de dire que ce Dieu violent, colérique et sanguinaire est une projection que les hommes font sur lui. L’homme a fait Dieu à son image. Étant lui-même à l’occasion violent, colérique et sanguinaire, il s’est imaginé Dieu de la même façon. Puis, par un étrange phénomène de rétroaction ou de feed back, il se figure que cet être qu’il a ainsi créé se met à son tour en colère contre lui. Et enfin, par mimétisme vis-à-vis de cet être qu’il croit extérieur à lui il devient lui-même colérique et violent. – Tant il faut dans la vie se méfier des projections, et tant il est absurde d’avoir peur de sa propre ombre !

D.R.

D.R.

D.R.

D.R.

***

 

Voir aussi :

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12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 00:01

Elle réside, paraît-il, dans les proverbes. Nous connaissons souvent des personnes qui s’expriment en les invoquant à tout bout de champ et en toute circonstance : « Comme dit le proverbe, etc. »
En recherche de sagesse, pouvons-nous ou devons-nous avoir recours aux proverbes ? La solution serait simple, si à chaque occasion de notre vie il nous suffisait d’en rechercher un qui nous éclaire sur ce que nous devons faire. On aurait là des règles de vie, faciles à mettre en œuvre, et bien rassurantes. Il suffirait d’ouvrir un dictionnaire ad hoc, un trésor d’adages, pour avoir des solutions clés en main dans les difficultés que nous rencontrons. Bibliomancie salvatrice...
Malheureusement ce n’est pas le cas. Tout simplement parce que les proverbes se contredisent entre eux, et donc qu’aucun salut ne peut pour nous en advenir. Il n’est aucune de leurs propositions qui ne soit réversible.
Voyez : On n’est jamais si bien servi que par soi-même – mais : Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés. Tel père, tel fils – mais : À père avare fils prodigue. La fortune vient en dormant – mais : L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Tout vient à point à qui sait attendre – mais : Il faut battre le fer tant qu’il est chaud, etc. ...

Lire la suite de ce premier chapitre dans :

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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