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1 décembre 2017 5 01 /12 /décembre /2017 01:01

On sait que c’est le sens du mot islam, qui, outre l’abandon à la volonté de Dieu, signifie aussi, et c’est moins connu, la paix (salam) qu’on y trouve. Cette question de la soumission de l’islam est au centre des discussions actuelles. Voyez le récent roman éponyme de Michel Houellebecq.

 

J’ai pensé à cela en apprenant que le philosophe Raphaël Enthoven a cru voir un abandon de cette idée de « soumission » dans la nouvelle traduction du Notre Père, utilisée dans la liturgie. En effet, à « Ne nous soumets pas à la tentation » succède maintenant « Ne nous laisse pas entrer en tentation ». Selon le philosophe, cette dernière traduction manifeste le « désir subliminal », de la part de l’Église, de bien se démarquer de l’islam, qui, lui, reste « soumis » à Dieu : « La suppression du verbe ‘soumettre’ est juste une façon pour l’Église de se prémunir contre toute suspicion de gémellité entre les deux cultes. » Le changement serait donc le signe d’une islamophobie secrète (Source : La Croix, 21/11/2017).

 

Je crois rêver. Comment un « philosophe » peut-il être inculte à ce point ? Comment peut-il citer une traduction particulière et seulement française (« soumettre ») d’un texte dont l’original en grec (eispherein) signifie seulement : « conduire dans », ce que traduit bien le latin de la Vulgate par inducere, qui a donné d’ailleurs notre mot « induire » ? Une traduction comme : « Ne nous induis pas en tentation » serait d’ailleurs tout à fait conforme au texte initial.

 

Quant au changement de traduction opéré récemment par l’Église, il ne fait que reprendre une correction de Marcion (« Ne nous laisse pas succomber... »), que j’avais apprise personnellement au catéchisme dans les années 1960. Le but de cette nouvelle version est théologique : il s’agit d’innocenter Dieu de toute responsabilité directe dans la tentation. On lit bien ailleurs que « Dieu ne tente personne, et chacun est tenté par sa propre convoitise » (Jacques, 1/13-14).

 

Mais aussi un philologue plus pointu pourrait remarquer que Marcion a peut-être vu derrière le texte grec un original araméen qui serait un factitif (« Ne fais pas que nous soyons conduits... »), le grec et le latin ignorant le mode spécifique du factitif.

 

– De toute façon on est bien loin ici de l’ignorance crasse de notre philosophe médiatique !

 

D.R.

 

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30 novembre 2017 4 30 /11 /novembre /2017 01:01

Certaines cultures, même en faisant une différence fondamentale entre l’homme et l’animal, évoquent la possibilité de passage d’un état à l’autre. C’est le cas des Métamorphoses d’Ovide, dont c’est même le thème principal. Le début en est : In nova fert animus mutatas dicere formas corpora (« Je me propose de dire comment le chan-gement de formes a abouti à de nouveaux corps »)...
Au contraire de cela se situe la Bible. Bien sûr les animaux partagent avec les plantes et les hommes le même statut d’« âme vivante » : les animaux reçoivent une âme (i.e. un souffle) de vie (Gn 1/30 – LXX : psukhèn zôès), et l’homme est promu en « âme vivante » (Gn 2/7 – LXX : eis psukhèn zôsan). L’étymologie du mot animal renvoie d’ailleurs au latin anima : « souffle, vie ». – v. t. I : Âme*.
Mais à part cette participation commune au souffle de tout ce qui a vie, les espèces dans la Bible sont bien séparées, imperméables les unes aux autres. Chaque catégorie d’animal est créée « selon son espèce » : Gn 1/12 ; 1/21 ; 1/25 ; 6/20 ; 7/14. Cette mise en ordre du monde n’admet pas les indistinctions, les confusions, les mélanges, ce qu’on voyait par exemple dans les métamorphoses païennes ...

Lire la suite dans :

 

Cliquer sur l'image

 

***

 

Pour écouter la version radio de l'article (50 mn), avec des musiques appropriées au thème, cliquer ici :

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28 novembre 2017 2 28 /11 /novembre /2017 01:01

Pourquoi ne se suffit-on pas à soi-même ? Bien sûr, il y a en nous ce « terrible désir d’établir un contact » dont parlait Catherine Mansfield. Mais si on y réfléchit il est très égocentré. On cherche bien souvent dans les autres une béquille pour continuer à marcher dans le chemin de la vie, une prothèse qui protège. De quoi ? De l’incapacité à se faire face à soi-même, en solitude. « Tout le malheur de l’homme, disait Pascal, est qu’il ne sait pas demeurer en repos dans une chambre. »
Alors il se sépare de lui-même, il s’en détourne ou « divertit ». C’est le sens propre de ce « divertissement » dont a parlé le même Pascal. Voyez les petites annonces des Rencontres dans les journaux : « N’en pouvant plus de solitude, cherche l’âme sœur, etc. » Mais cela fait des mendiants d’affection, des « clodos du cœur », et je doute que la rencontre puisse aboutir à un vrai partage avec l’autre ...

Lire la suite de ce quatrième chapitre de mon livre dans :

 

 

Semper eadem

Pour voir une présentation complète de ce livre, cliquer sur l'image ci-dessus

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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