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15 février 2021 1 15 /02 /février /2021 01:01

Un éboueur italien a entrepris de sauver tous les livres qu’il rencontre dans les poubelles qu’il vide, pour leur éviter d’être détruits dans le recyclage et de finir en pâte à papier. La raison de son geste ? « Parce que je crois que les livres sont immortels, qu’ils peuvent avoir plusieurs vies et se multiplier indéfiniment. Si quelqu’un a lu un livre, par exemple, qui dit que ce livre ne peut pas être lu par quelqu’un d’autre ? » Aussi a-t-il entrepris de constituer une petite bibliothèque, où il a catalogué les livres selon leur sujet, et où ceux qui le veulent peuvent venir se servir gratuitement. (Source : actualitte.com, 30/12/2020).

 

J’admire son initiative. Dans un monde de l’éphémère et du jetable, que Toffler a prophétisé dans Le Choc du futur, les livres font pour lui exception. Ils sont comme il dit « immortels ».

 

J’en suis parfaitement d’accord. Pourquoi immortels ? Qui ne voit que tout ce que l’on voit, sent, imagine n’existe vraiment que représenté dans un langage, qui donne poids et densité aux choses, et à côté duquel le monde dans son ensemble n’est que fantomatique, irréel ? Quand on pense au Pont d’Avignon, pense-t-on au Pont (mutilé) qui se trouve en Avignon, ou bien à la chanson qui le met en scène, le représente, et en quelque façon l’annule ? Tous les moments de nos vies sont modélisés par des textes, chansons ou autres, qui leur donnent forme, et les précèdent en importance, comme Alain Resnais l’a incarné dans son film On connaît la chanson.

 

Quand le langage des mots se matérialise dans l’écriture, puis dans un livre, la transcendance s’en augmente. Jusque là floue et hasardeuse, la vie s’éclaircit vraiment et prend une dimension de nécessité. On comprend mieux ce qu’on vit quand on l’écrit, et on voit mieux sa vie dans le miroir des livres.

 

« À quoi bon apprendre ce qui est dans les livres, puisque ça y est ? » disait malicieusement Sacha Guitry. Mais il avait tort. Car on peut ne pas toujours avoir des livres à sa disposition pour y déchiffrer son destin. Ils préservent de cette soumission voulue par les régimes autoritaires, qui pour cette raison les condamnent à être brûlés : voyez Fahrenheit 451 de Truffaut, où la seule solution qui reste aux résistants est de les apprendre par cœur. Aussi aujourd’hui le pouvoir sournois et planétaire du Divertissement peut nous en détourner. Immortels, le seront-ils toujours ? Un grand merci à ces résistants comme notre éboueur...

 

Cliquer sur l'image - D.R.

 

***

 

Ce texte est paru dans le journal Golias Hebdo. D'autres textes comparables figurent dans l'ouvrage suivant, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

Pour voir l'ensemble des volumes parus dans cette collection, cliquer ici.

 

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13 février 2021 6 13 /02 /février /2021 01:01

En pensant à la théologie et à la pratique des chrétiens évangéliques, je republie ici un ancien article paru dans Golias Hebdo :

 

 

Dialogue

D

ans une publicité pour le lancement d’un magazine évangélique (sera-t-il concurrent de Golias Hebdo ?) je lis cet extrait du programme :

 

    1/ « Affirmer la centralité de la croix et la nécessité de la conversion », et 2 / « Rechercher le dialogue avec les croyants des autres religions et les non-croyants ».

 

Il est surprenant qu’on veuille d’une part convertir les gens, et de l’autre dialoguer avec eux. À moins qu’on se fasse une idée bien particulière de ce que doit être un dialogue…

 

On y sous-entend évidemment que l’autre est à annexer dans son propre camp. Lui prêtera-t-on vraiment l’oreille ? J’en doute. On sait mieux que lui ce qui lui convient, de toute façon.

 

À quoi veut-on l’amener ? À la fameuse « centralité de la croix ». Or cette idée, qui renvoie au sacrifice expiatoire du Messie, est paulinienne d’origine. Et ce n’est pas parce qu’elle est devenue majoritaire que d’autres christianismes ne sont pas possibles. Ils l’ont été autrefois, avec les versions purement sapientielles du message christique, dont l’Évangile selon Thomas nous donne un exemple.

 

Plus récemment, Faust Socin, ainsi que ses disciples les Sociniens, ont voulu un christianisme sans sacrifice. D’autres aujourd’hui pourraient reprendre ce flambeau. Dialoguer vraiment avec eux serait fructueux, mais pas en posant d’emblée la crucifixion comme postulat fondateur. Sinon, en fait de dialogue, on fait une croix dessus.

 

Il faudrait donc retrouver la polyphonie initiale du message évangélique, avant que ce dernier ait été verrouillé par l’institution ecclésiale afin d’encadrer les fidèles et éviter les autres choix ou hérésies (c’est le même mot), qui ne sont pas des dissidences postérieures à cette mise en ordre, mais qui étaient bien présents à l’origine dans l’effer­vescence des esprits, et dont certains gagneraient beaucoup à être réhabilités aujourd’hui.

 

Les voilà bien, les conditions d’un vrai dialogue : non pas répéter le catéchisme qui s’est imposé, mais se mettre à l’écoute d’autres voix, qui font souvent écho à celles qu’autrefois on a voulu faire taire. Sinon c’est hypocritement qu’on en affirme la nécessité. En fait, on ne sort pas d’une vision statique et totalitaire de la vérité. S’il y a « beaucoup de demeures dans la maison du Père » (Jean 14/2), faisons qu’il n’y ait pas beaucoup de demeurés !

 

30 juillet 2009

 

***

 

Ce texte est paru dans le journal Golias Hebdo. D'autres textes comparables figurent dans l'ouvrage suivant, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
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Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 01:02

Je reprends ici un texte que j'ai déjà publié le 12 septembre 2019 :

 

Il me semble depuis pas mal de temps affecter notre pays. On y constate une explosion des violences contre les policiers et contre les pompiers, et selon Le Figaro chaque jour ce sont plus de 110 représentants de l’État qui sont agressés en France. Il peut s’agir de fonctionnaires, comme des personnels d’accueil dans les administrations, d’enseignants, etc. Mais il y a aussi les intervenants dans les services de santé, médecins, infirmières, etc., très souvent objets de violences. Bref, tout ce qui se distingue du « peuple » d’une manière ou d’une autre, et qui devait bénéficier par son statut, quel qu’il soit, d’une présomption minimale d’autorité.

 

C’est cette dernière qui est en crise, on ne lui fait plus crédit. Or toute la structure sociale repose sur la croyance ou la confiance, la fiducia. Vient-elle à ne plus être accordée, et tout l’édifice s’écroule.

 

Pourtant elle était gagée sur un contrat tacite. Ainsi tout droit repose sur un devoir, et réciproquement tout devoir crée un droit. J’ai le devoir d’obéir au policier, et en contrepartie j’ai le droit d’être protégé par lui. Lui a le droit d’être obéi, et le devoir de me venir en aide si je suis attaqué. Il n’est donc pas de droit qui ne soit l’envers d’un devoir. Mais aujourd’hui l’irréflexion est telle que l’on ne songe qu’au droit, et jamais au devoir.

 

Peut-être mon exemple ici est-il mal choisi, car il y a des policiers qui excèdent leurs droits. Mais pourquoi alors s’en prendre à ces bienfaiteurs que sont, par exemple, les pompiers ? Là l’aberration est à son comble, et l’impression d’ensauvagement est évidente. Il suffit maintenant de porter un uniforme, ou incarner une Institution quelconque, pour être agressé. On ne veut plus déléguer à quiconque le pouvoir d’intervenir ès-qualités, on s’arroge le droit exorbitant de se faire justice soi-même, si d’aventure on se sent lésé. La crise de la représentation, bien visible actuellement, devient ainsi la porte ouverte sur l’anarchie.

 

Cette dernière est le règne de la pulsion immédiatement dominatrice. Il y a certes ici un manque individuel de réflexion, mais aussi une carence d’éducation, dont la tâche est de structurer la personnalité par l’intégration des frustrations. Cette dernière est nécessaire pour quiconque réfléchit un peu, car si elle disparaît, on revient à la loi de la jungle et à la sauvagerie primitive. Ce danger me semble, hélas !, présent aujourd’hui.

 

D.R.

 

***

 

Pour voir l'ensemble de mes livres sur le site de mon éditeur BoD, en lire un extrait, les acheter, cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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