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16 février 2020 7 16 /02 /février /2020 01:01

Elle vise chez nous, au-delà de la séparation de l’Église et de l’État, à bien différencier dans chaque individu l’être humain qu’il incarne et dont il faut toujours défendre les droits, et ses diverses pensées, opinions et croyances, dont la puissance publique n’a pas à s’occuper.

 

On a beaucoup parlé de l’affaire Mila, cette jeune fille récemment injuriée, menacée de mort par égorgement et déscolarisée pour échapper à ces menaces, parce qu’elle s’était insurgée, en critiquant vertement l’islam, contre un harcèlement sexiste et homophobe.

 

À cette occasion Mme Belloubet, Garde des Sceaux, a déclaré : « L’insulte à la religion est une atteinte à la liberté de conscience ». Il est bien curieux qu’une agrégée de Droit ne distingue pas une religion de ses adeptes. S’il est bien interdit chez nous de s’en prendre aux seconds en particulier, on peut très bien critiquer la première en général. Sinon on instaure un délit d’opinion, on installe une police de la pensée, et on rétablit un délit de blasphème.

 

Il est bien curieux aussi qu’un croyant puisse s’identifier totalement à sa croyance et à son monde mental au point de vouloir à tout prix les afficher dans le domaine public et éventuellement les imposer aux autres. Car au fond ce à quoi on pense, ce à quoi l’on croit, est aléatoire. Montaigne l’a bien remarqué : « Nous sommes chrétiens au même titre que nous sommes périgourdins ou allemands. »

 

On connaît la phrase de Descartes : « Je pense donc je suis ». Peut-être faut-il lui substituer : « Je ne suis pas ce que je pense ». Si j’étais né ailleurs, si j’avais subi d’autres influences, mes pensées, opinions et croyances seraient autres que celles qu’elles sont maintenant, et c’est pourquoi je ne dois pas m’identifier entièrement à elles.

 

Il est extrêmement dangereux de le faire. Cela engendre psychorigidité et fanatisme. Écoutons encore le sage Montaigne, qui pensait peut-être à l’exécution de Michel Servet, brûlé à Genève avec l’assentiment de Calvin, pour négation du dogme de la Trinité : « C’est mettre ses conjectures à bien haut prix que d’en faire griller un homme tout vif. » Et encore : « Il n’y a que les fols certains et résolus. »

 

Grâces donc soient rendues à notre laïcité, qui distinguant fort justement l’homme en général de ce que les hommes dans leur diversité croient en particulier, ouvre à une société de tolérance.

 

D.R.

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

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14 février 2020 5 14 /02 /février /2020 01:01

 

Que penser de l'honneur ?

 

... En vérité, l’honneur ne tient pas à ce qu’on nous fait, mais à ce qu’on fait soi-même. Si on me marche sur les pieds, si on me regarde mal, ou si l’on me soufflette, à l’évidence la faute en incombe à celui qui commet ces incivilités, et non pas à moi-même, qui n’y suis pour rien. Je ne suis « déshonoré » en aucune façon. La sagesse est de le nier. « Frappe, mais écoute ! », dit un jour Socrate à quelqu’un qui venait de le molester. Il ne se pensait déshonoré en aucune façon. La responsabilité du dommage revient seulement à celui qui s’emporte et s’aveugle.  « Vous commandez à tout ici, hors à vous-même », dit justement Figaro au comte Almaviva chez Beaumarchais. – En revanche je serai honorable moi-même si je fais quelque chose d’honorable.

 

Une femme victime d’un viol n’est pas déshonorée, c’est son agresseur qui l’est par ce qu’il fait. Elle est victime d’un crime, tout simplement. Mais l’aveuglement social est tel qu’on stigmatise la victime elle-même. Quelle fut la longueur de la jupe, etc. ? Et cette idéologie perverse peut être tellement intégrée dans l’âme de celle-ci, qu’elle peut hésiter même à aller porter plainte au bureau de police. Et pourtant cette souillure est celle du criminel, non pas la sienne. Cette idéologie est aussi souvent intériorisée et trouvée naturelle par les mères elles-mêmes dans l’éducation qu’elles transmettent à leurs filles.

 

L’honneur féminin a été inventé par les hommes, qui considéraient la femme comme un territoire propre, une possession à laquelle nul autre ne pouvait toucher, et qui voyaient cette atteinte comme une tache en réalité faite à eux-mêmes, à leur propre réputation : rendu ridicule et montré du doigt est celui dont la femme n’aura pas été à lui seul. Je pense à une phrase comme celle qu’on lit dans Pagnol : « L’honneur c’est comme les allumettes, ça ne sert qu’une fois ». Elle ne peut être que mise dans la bouche d’un mâle conformiste, qui vit sous le regard des autres. Mais ils sont en très grand nombre ...

 

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Sur les chemins de la sagesse - Des clés pour mieux vivre, nouvelle édition augmentée 2019 (pp. 46-47). Pour plus de renseignements sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 01:01

Dans le passage d’une langue à l’autre, elle est d’une extrême importance. Ainsi il m’est venu la curiosité de relire la liturgie de l’Offertoire dans la messe catholique, aussi bien dans le texte latin originel que dans la traduction française que l’on en fait maintenant. Voici une des formules latines : « Hanc ígitur oblatiónem… quaesumus, Dómine, ut placátus accípias… » Et voici la traduction que j’en ai lue : « Cette offrande… nous te supplions donc, Seigneur, de l’accepter avec bienveillance… »

 

Le latiniste en moi a été immédiatement surpris. Manifestement le texte latin supplie Dieu de recevoir l’offrande en étant par elle « apaisé » (placatus). Voyez le mot français implacable, qui provient de ce placare latin, apaiser. Cela n’est pas manifestement cet « accepter avec bienveillance » qu’on nous propose, et qui est un adoucissement, une euphémisation de la formule latine.

 

On voit bien dans quelle intention cette mitigation a été faite. Car si Dieu doit être « apaisé », c’est évidemment qu’il est en colère. Et se profile ici une image assurément peu flatteuse d’un Dieu courroucé, qu’il faudrait apaiser par le sacrifice d’une victime (en latin hostia, d’où notre « hostie »). Ce Dieu colérique, sadique et pervers, figure dans maints textes littéraires de révolte, dont « Le Reniement de saint Pierre » de Baudelaire. Mais aussi dans le cantique Minuit Chrétiens !, où il est dit que le Sauveur est venu sur la terre pour « de son père arrêter le courroux ».

 

Voyez aussi comment on traduit la Première lettre de Jean, où l’on se gargarise ordinairement du fameux « Dieu est amour » (4/8), en oubliant ce qui suit : « Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés. » (4/10) Ce « sacrifice de pardon » ne choque pas apparemment. Mais le texte grec parle de « victime expiatoire » ou « propitiatoire » (hilasmos), mots qui évidemment choquent. Et au fond « pardon » ici ne convient pas, car si Dieu a été payé par le sacrifice du Fils, il n’a pas pardonné. Pardonner implique qu’on efface une dette, non qu’on la recouvre. Socin et les sociniens ont bien insisté là-dessus.

 

Quel besoin a-t-on de garder des textes qui renvoient à la plus barbare et archaïque vision de la Divinité ? Le recours au voile langagier ici est menteur. Le voile ment.

 

D.R.

 

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