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23 janvier 2021 6 23 /01 /janvier /2021 01:01

On se demande quel sera le monde d’après la présente crise sanitaire. Le Financial Times répond à cette question en lui consacrant un dossier, et il qualifie même ce nouveau monde : il sera celui de l’« hédonisme alternatif ».

 

À l’en croire, le travail va être de plus en plus marginalisé, et ne sera plus en tout cas notre activité principale. Pour deux raisons. D’abord, avec les avancées technologiques, il y aura de moins en moins de travail. De ce fait on ne voudra plus travailler plus pour gagner plus (à l’inverse de ce que prônait le président Sarkozy). En premier lieu parce qu'on gagnera moins du fait de la raréfaction du travail, et ensuite parce qu'on ne voudra plus consommer davantage que ce dont on a besoin, en particulier parce que consommer davantage nuit à l’état de la planète.

 

Travail et consommation déclineront donc, au profit du temps libre, consacré au plaisir (en grec hédonè, d’où « hédonisme »). Plaisir de se cultiver, de jardiner, de faire du sport, de cuisiner, de s’occuper des autres dans des associations (care, intimate life, leisure and community projects)... En somme, moins de biens, et plus de liens.

 

C’est donc une vraie révolution sociétale qui est annoncée. La question que je me pose évidemment est : cette façon de vivre concernera-t-elle toute la planète ? Ne sera-t-elle pas propre aux pays dits « développés » ? Qu’en sera-t-il de ceux du Tiers Monde ? Comment les premiers peuvent-ils aider les seconds pour compenser leurs handicaps ?

 

Malgré tout, la description du monde futur faite par le Financial Times a tout pour me plaire. Cela fait longtemps que je prône une décroissance et une déconsommation. Notre planète ayant des ressources limitées, et son état se dégradant du fait de notre activité, je ne vois pas comment on pourrait être d’un autre avis.

 

Il faudra donc changer complètement notre « logiciel », ainsi que les présupposés de notre culture. Abandonner la valorisation exclusive du travail, que nous devons au Moyen-âge chrétien, et la stigmatisation de la paresse (qui est devenue un des péchés capitaux). Le travail est initialement un châtiment biblique, et son nom se tire d’un instrument de torture (tripalium). Il y a donc un « droit à la paresse », pour reprendre le titre d’un livre de Lafargue. Et nos nouvelles Béatitudes se calqueraient sur celle du film Alexandre le Bienheureux.

 

Je ne sais si cette vision se réalisera. Mais je vois très bien la catastrophe où l’on va tout droit si l’on garde le mode de vie que l’on a eu jusqu’à maintenant.

 

D.R.

 

***

 

Cet article est paru dans le journal Golias Hebdo. Pour lire d'autres articles comparables à celui-là, vous pouvez voir mon recueil : 

 

Pour voir l'ensemble des volumes parus dans cette collection, cliquer ici.

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21 janvier 2021 4 21 /01 /janvier /2021 01:01
Miroirs instituants
Miroirs instituants

Voici un texte qui illustre ce que j'ai voulu montrer par ces photos, l'existence en nous de deux vies, l'une circonstancielle, et l'autre essentielle :

 

Deux vies

 

Net est le visage reflété, flou celui qui se reflète. Grâces donc soient rendues au miroir, au résultat probant qu’il offre, ici et ailleurs. Ne serait-ce que parce qu’il enclôt, par le cadre, il sépare du reste, donc essentialise. Les peintres se promènent souvent avec un miroir dans leur poche : ils y trouvent le moyen de densifier leur vision, en l’isolant du reste. Le résultat du fragment ainsi magnifié est plus vrai que le réel de tout le reste, je dirai ici de la vie habituelle, qui s’effiloche et s’efface. Le cadre contient le monde, aux deux sens du mot : il le représente, et il l’empêche de s’évanouir. Pareillement nous-mêmes : bien flous sommes-nous, dans l’ordinaire de nos vies : indécision, indistinction, flottement… Mais heureusement le miroir est là pour nous, qui donne poids, substance, vérité. Mais de quel type, maintenant, sont ces miroirs ? J’y vois symboliquement des miroirs instituants, donateurs d’humanité. Nous n’existons vraiment que reflétés par ces instances représentatives et normatives (mythes, récits, fictions dans l’ordre des mots, signes et images divers dans celui du visible), d’origine d’abord religieuse, puis artistique, qui nous précèdent et balisent nos vies. Certes c’est nous qui les avons, une fois, créés (mais quand donc déjà ?) Mais ensuite nous nous y soumettons et attachons, un peu comme à des juges, car nous y trouvons notre vraie figure. Ils façonnent l’homme pour qu’il ressemble à l’homme. Sans les romans par exemple, comment pourrions-nous faire la cour à une femme ? Sans les nativités, en peinture, comment pourrions-nous penser le mystère de la naissance ? etc. Nos vies se déroulent à l’ombre de ces instances, de ces miroirs symboliques, et sans eux nous ne vivons pas vraiment, nous ne sommes que des morts. On voile les miroirs dans les chambres des morts, et le vampire, un mort-vivant, ne se reflète dans aucun miroir. Le paradoxe de la vie est qu’elle ne se suffit pas à elle-même, et qu’elle a besoin, pour être vraiment vie, de se refléter dans un système représentatif ou spéculaire qui la fait accéder à un niveau supérieur d’existence, qu’ordinairement elle n’a pas. Tu es floue, et ton reflet est net. Peu importe alors que le miroir soit grossissant, un miroir de maquillage, et que toi-même sois irréelle : un mannequin. Le photographe que je suis peut se permettre de tricher avec le réel des choses et des êtres, si c’est pour atteindre une vérité de la vie : la présence particulière et nécessaire en nous des représentations, supérieure à toute autre présence.

 

***

 

Pour lire des textes de la même nature que celui-là, voyez l'ouvrage dont il est extrait, Laquelle est la vraie ? - Les Langages de l'image, disponible en deux versions, papier et électronique (e-book). Pour en feuilleter le début, cliquer sur : Lire un extrait. Pour l'acheter sur le site de l'éditeur, cliquer sur : Vers la librairie BoD :

 

> Ce livre est aussi disponible sur commande en librairie et sur les sites de vente en ligne.

 

***

 

Voici enfin une vidéo présentant l'ouvrage :

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19 janvier 2021 2 19 /01 /janvier /2021 01:01

C’est le fait de conclure à partir d’un exemple concret à une définition générale dont cet exemple est l’incarnation et l’illustration.

 

On sait que pour Platon chaque chose renvoie à son essence, ou son idée, qui lui préexiste et la garantit. Mais cette façon de voir a suscité des contradictions. Pensons à ce que Protagoras dit à Socrate : « Je vois bien le cheval, mais je ne vois pas la ‘chevalité’. » Autrement dit, il n’y a que des cas particuliers, qu’on ne peut pas subsumer dans telle ou telle idée générale.

 

Aujourd’hui, il est de bon ton de reprendre l’objection du sophiste. Il arrive par exemple que l’homme essentialise le féminin. Il rêve souvent d’une femme idéale et maternelle, cet archétype de son inconscient que Jung a appelé l’anima. Mais aucune femme réelle n’y peut correspondre, c’est une construction totalement mythique. J-P. Léaud, chez Truffaut, dit que toutes les femmes sont « magiques ». Ce n’est pas vrai. Ou bien si certaines le sont, d’autres ne le sont pas. On comprend pourquoi les femmes mettent en cause cette essentialisation masculine, qui souvent, en plus, sert aux hommes d’alibi à une domination qui s’exerce sur elles.

 

Mais à l’inverse certaines sont misandres, et englobent tous les hommes dans une identique représentation et une égale détestation. À une essentialisation masculine (la Femme) elles en opposent une autre, symétrique (l’Homme). Mais tous les hommes ne sont pas violents, ou violeurs en puissance. Il me semble que ces insurgées devraient s’en tenir à critiquer la domination patriarcale, et ne pas s’en prendre à une masculinité mythifiée. Et aussi il ne faut pas faire payer à tous les hommes le mal que certains leur ont fait. Ce n’est pas juste : ils n’en sont pas responsables. [Voir : « Haïr pour ne plus subir ? »Télérama n° 3700, 09/12/2020, pp.45-47]

 

La vérité est qu’on peut bien continuer à parler de pôle masculin et de pôle féminin, donc de définitions archétypales, en précisant bien que ces deux pôles se trouvent en chacun. Ainsi il y a des hommes féminins, et des femmes masculines. On comprend bien à cet égard ceux et celles qui se disent « non binaires ».

 

On pourrait faire le même raisonnement à propos du racisme. À une essentialisation blanche, meurtrière, qui assigne les Noirs à un rang inférieur, certains racialistes noirs en opposent une autre, exactement symétrique, et englobent tous les blancs dans une égale haine. Or tous les blancs ne sont pas racistes, et tous ne sont pas colonialistes et esclavagistes. Ce n’est pas parce que leurs ancêtres l’ont été qu’ils le sont eux-mêmes. C’est comme si on reprochait à un jeune Allemand d’aujourd’hui d’être nazi.

 

Finalement, il est vrai que l’essentialisation est dangereuse. Mais elle est très souvent indispensable. S’il n’y avait pas cette propension à généraliser, à abstraire devant les cas concrets, l’esprit serait confronté à un chaos : aucune pensée même ne serait possible, car le disparate ne dit rien.

 

Masculin/Féminin (D.R.)
Racisme (D.R.)

 

***

 

Cet article est paru dans le journal Golias Hebdo. Pour lire d'autres articles comparables à celui-là, vous pouvez voir mon recueil : 

 

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
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DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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