Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
17 janvier 2021 7 17 /01 /janvier /2021 01:01

Elle est d’actualité avec la présente crise sanitaire. Certains courants intégristes religieux s’y opposent au nom du respect de la volonté divine : à les croire, notre corps est une création divine qu’il serait sacrilège de vouloir modifier en quelque façon. [lien]

 

Qu’en penser ? Il est certain que la Bible en maints passages prône un abandon complet à la volonté de Dieu, entre les mains duquel il faut se mettre en résignant toute volonté et interventionnisme personnels. Pour le Premier Testament, il n’est que de voir la parfaite soumission qui clôt le livre de Job. Cela semble propre à l’esprit sémite, dont participe aussi l’Islam : le nom de ce dernier d’ailleurs signifie « soumission ».

 

Pour le Nouveau Testament, les passages sont très nombreux qui vont dans ce sens. « Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter un instant à la durée de sa vie? » (Matthieu 6/27 ; Luc 12/25). « Le moindre de vos cheveux est compté. » (Matthieu 10/30 ; Luc 12/7) Et la deuxième demande du Notre Père est explicite : « Que ta volonté soit faite ! »

 

C’est sûrement à partir de ces passages que l’on a voulu chez nous donner en quelque sorte tout à Dieu, et rien à l’homme. Nous devons cette démarche et cette option à saint Augustin, qui a développé l’idée d’un péché originel, et pour l’accompagner celle d’une prédestination absolue, dont la racine se trouvait déjà chez saint Paul. L’option opposée se trouvait chez Pélage (qui donc eût été partisan de la vaccination !), mais elle n’a pas été retenue, et le pélagianisme a été longtemps hérétique. Ensuite Augustin a été relayé par Calvin, dont les disciples réformés ont été appelés « Prédestinateurs ». Parallèlement aussi les jansénistes ont emboîté le pas. Aujourd’hui les anti-inoculateurs pourraient se réclamer de ces positions, selon lesquelles notre sort n’est absolument pas entre nos mains.

 

Si l’on les trouve inadmissibles, c’est du côté du christianisme orthodoxe qu’il faut se tourner. Pour lui, qui ignore totalement Augustin et l’augustinisme, il doit y avoir entre l’homme et Dieu une coopération, ou comme il dit, une synergie (synergeia). Cette position, qui reconnaît à l’homme sa liberté et sa responsabilité propres, me semble plus saine. Les proverbes d’ailleurs nous y invitent : « Aide-toi, et le Ciel t’aidera ! » ; « La Fortune sourit aux audacieux », etc. Agissons donc, coopérons avec Dieu, faisons-nous vacciner, et nous verrons bien...

 

D.R.

 

***

 

Cet article est paru dans le journal Golias Hebdo. Pour lire d'autres articles comparables à celui-là, vous pouvez voir mon recueil : 

 

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 
 
 
Partager cet article
Repost0
15 janvier 2021 5 15 /01 /janvier /2021 01:01

O

n sait qu’une simple expression, une phrase seule peuvent prendre différents sens suivant le contexte dans lequel elles figurent. Il y a à cet égard une phrase attribuée au cardinal de Richelieu : « Donnez-moi deux lignes de quelqu’un et je le ferai pendre. » Il y a donc danger à extraire une phrase de son contexte, et à ne la considérer que comme seule.

 

C’est le cas de la phrase très connue de la première lettre de Jean, dont se gargarisent beaucoup de chrétiens : « Dieu est amour. » Rien de plus beau assurément, de plus invitant ou engageant.

 

Mais il est bon de lire le passage de 1 Jean 4/8-10 en entier, en notant bien les inflexions ou changements d’idée de verset en verset : « Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour (v.8). L’amour de Dieu a été manifesté envers nous en ce que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui. (v.9)  Et cet amour consiste, non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu’il nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés. (v.10) »

 

On peut recevoir le v.8, et l’on peut même admettre l’inversion hérétique du « Dieu est amour » en « L’amour est Dieu » (en grec on ne peut pas le faire, car l’attribut n’y a pas d’article : Ho theos agapè estin – mais en latin on le peut : Deus est caritas peut se lire des deux façons). On peut recevoir aussi comme essentiel et décisif le v.9, en y comprenant que le message ou la parole de Jésus peut effectivement nous faire vivre. Mais est-on obligé d’admettre le v.10, qui contient la théologie, barbare pour beaucoup, de la victime expiatoire (hilasmos) ? Pour les Sociniens, par exemple, si Dieu a été effectivement payé du sacrifice de son Fils, il n’a pas pardonné, car le pardon suppose qu’on efface une dette, non qu’on la recouvre. Le créancier a été remboursé : que dire de plus ?

 

De cette phrase décontextualisée viennent toutes les incantations triomphalistes, aveuglées et bondieusardes qu’on nous donne sur l’amour, et qui fleurissent encore chez les bien-pensants, et jusque sur les sites de « spiritualité » sur Internet. Quand on a prononcé ce mot, « Dieu est amour », on a tout dit, et on pense que cela suffit à clore définitivement la bouche à tout contradicteur. Assurément cette cer­titude rassure, et on s’y réfugie.

 

Que ne lit-on, pourtant, ce texte en entier ? Ou alors que n’en a-t-on fait le lifting, et fait disparaître la fin si contestable ? – Mais il est plus confortable de s’étourdir de l’amour, plutôt que de réfléchir sur la singulière façon dont ici il est présenté.

 

21 octobre 2010

 

Ce texte est d'abord paru dans le journal Golias Hebdo. Il figure maintenant dans l'ouvrage suivant, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

 

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 
 
 
Partager cet article
Repost0
13 janvier 2021 3 13 /01 /janvier /2021 01:01

Ce qui arrive maintenant au président états-unien sortant en a toutes les caractéristiques formelles. Je pense par exemple à Shakespeare, et en particulier à la fin de Macbeth, lorsque le personnage éponyme devient fou, avant d’être finalement détrôné. Pareillement Donald Trump a de plus en plus persisté à vivre dans un monde parallèle, déniant toute évidence et se cramponnant à ses « vérités alternatives », dans une déréalisation qui est le propre de la folie.

 

Par-delà le drame élisabéthain, on peut remonter à la Tragédie grecque. On sait que l’orgueil humain (hybris) y est toujours châtié par la justice divine (némésis). La cause en est le manque de sagesse et de mesure du personnage central. Et plus haut il est monté, plus bas il se trouve à la fin. Exactement comme la foudre frappe préférentiellement les arbres les plus élevés.

 

Ainsi notre ex-président a cru pouvoir défier le Destin en ameutant ses troupes et en les lançant contre le Capitole à Washington. Moyennant quoi, ce coup d’état ayant échoué, il risque la destitution, ce qui le disqualifie dans la perspective d’une réélection en 2024. Par conséquent l’acharnement aveugle à ne pas reconnaître une défaite électorale, la croyance faraude à une invincibilité personnelle, finissent pour lui par une catastrophe totale : ses derniers amis et soutiens le quittent et font le vide autour de lui. Pour avoir appelé à la violence, il ne peut plus communiquer avec ses followers sur les réseaux sociaux. C’est bien ici le cas de le dire : la Roche Tarpéienne est près du Capitole.

 

Il ne faut pas trop défier la fortune. Elle se venge tôt ou tard. Comme un boomerang, les conséquences de nos actions irréfléchies nous sautent à la gorge. Que n’écoutons-nous les proverbes ? Qui sème le vent récolte la tempête (Osée 8/7) –  Il y a une mesure dans les choses (Est modus in rebus) – Jupiter rend d’abord fous ceux qu’il veut perdre (Quos vult perdere, prius dementat), etc. De l’avoir ignoré, cet « enfant gâté » est aujourd’hui puni. Et on peut dire que cette chute est tout à fait normale, et qu’il y a une justice du Destin.

 

La Tragédie dans sa forme théâtrale essentielle jouait là-dessus, et elle pouvait faire voir qu’une pareille chute était prévisible. Encore fallait-il y avoir accès. C’est affaire de culture, qui est indispensable pour éclairer nos vies. Raison de plus pour ne pas la traiter comme « non essentielle », comme il se voit dans l’actuelle gestion de la crise sanitaire (voir mon billet Culture, Golias Hebdo n°654).

 

D.R.

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné.
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages