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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 00:01

Compte tenu de l'actualité, je republie ici un article déjà publié sur mon blog l'année dernière (juillet 2019).

 

Enfants sans père

 

Certes il y en a toujours eu, soit que leur père soit mort, soit qu’il ait quitté le domicile conjugal, etc. Ils ont été élevés par leur mère seule, ou par leur grand-mère, etc. Peut-être s’en sont-ils bien trouvés. Mais peut-être aussi ont-ils regretté de n’avoir pas connu leur père...

 

De toute façon, les situations que je viens d’évoquer ont toujours été exceptionnelles. Mais aujourd’hui elles vont se répandre, car on va officialiser l’existence d’enfants sans père. Il s’agit de la possibilité donnée aux couples lesbiens, ou aux femmes célibataires, d’avoir un enfant au moyen de la Procréation Médicalement Assistée (PMA). Jusqu’ici ne pouvaient en bénéficier que les couples hétérosexuels stériles.

 

Je pense qu’il y a là une catastrophe anthropologique, car Père et Mère sont des rôles fonctionnels distincts, également nécessaires pour l’équilibre de l’enfant. Le premier incarne la Loi morale et sociale, et la seconde l’accueil inconditionnel, la compassion sans limite. L’enfant a besoin de ces deux pôles pour bien se construire. Si le premier disparaît, il est privé de son droit à recevoir une borne à tous ses caprices. Il importe donc de maintenir ce rôle structurant, comme l’a montré le pédopsychiatre Aldo Naouri dans un beau livre, Une place pour le père (Seuil « Points », 1999).

 

Le droit à l’enfant, dont se prévalent les tenantes de cette mesure, oublie le droit de l’enfant, qui est de recevoir précisément cette limite. Il y a dans leur démarche une grande légèreté. On ne « fait » pas un enfant comme on achète un objet ou un animal de compagnie. Il y faut plus de responsabilité.

 

Il y a aussi grand danger à enfreindre les processus naturels. La PMA proposée comme technique normale généralise ce que font depuis longtemps les éleveurs de bétail : pratiquement plus aucune bête n’est fécondée maintenant autrement que par insémination artificielle. Et à suivre cette voie, on se demande si des manipulations ne vont pas à terme se produire, et si on n’ira pas vers l’eugénisme, comme celui que mentionne Huxley dans son roman dystopique Le Meilleur des mondes. De toute façon, quand la mise en œuvre d’une technique est possible, aucun frein moral ne retient les hommes : on ne se prive jamais d’aller au maximum de ses possibilités.

 

Il est évident que les couples homosexuels masculins ne voudront pas être en reste, et vont demander à leur tour le même droit : on ira fatalement vers la Gestation Pour Autrui (GPA), qui est une instrumentalisation inadmissible du corps humain.

 

Je sais bien que vont se lever ici tous les « progressismes ». Il faut suivre l’état des mœurs, la pratique existe de toute façon dans d’autres pays, on n’a pas le droit d’essentialiser ainsi masculin et féminin, les rôles respectifs sont interchangeables, etc. – Je prévois tout cela, mais si mon époque se trompe, je ne vois pas pourquoi je devrais lui emboîter le pas !

 

 

Pour voir le contenu du livre, cliquer sur l'image

 

***

 

P.S. 1 - Voici un lien qui va vers une interview très instructive de la philosophe et féministe Sylviane Agacinski sur la PMA. Merci à Daniel Alexandre de l'avoir signalé. Cliquer : ici.

 

P.S. 2 - Pour voir la discussion de cet article dans le groupe Facebook du Protestantisme libéral (117 commentaires), cliquer : ici.

 

PS. 3 - Sur les rôles masculin et féminin dans l'éducation des enfants, voir :

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10 octobre 2020 6 10 /10 /octobre /2020 00:01

Évidemment au départ dans le désir c’est fondamentalement de l’instinct sexuel qu’il s’agit, de la libido, débarrassée de toutes ses sublimations. Je pense à tout ce que dit Schopenhauer de l’amour dans sa Métaphysique de l’amour. Pour lui, l’essen­tiel dans le phénomène, toutes poétisations effacées, est la manipulation de l’individu par ce qu’il appelle de Génie de l’espèce, qui se sert de nous comme de pantins ou de marionnettes pour reproduire la vie. L’enjeu nous dépasse. À travers nous, c’est simplement la Vie qui veut se perpétuer. Nous croyons dans la relation choisir notre partenaire librement. Mais en fait nous ne sommes pas des individus autonomes, mais de simples agents ou instruments impersonnels de la reproduction. C’est bien le cas de le dire : dans l’amour on ne compte pas.  (...)

 

Cependant il ne faut pas généraliser, et n’en déplaise aux démystificateurs schopenhaueriens les moments de plaisir physique peuvent effectivement être « divins ». La déception post coïtum concerne d’ailleurs l’homme plus que la femme, chez qui la dépression se produit soit après l’accouchement, post partum (le baby blues), soit après le mariage (le weeding blues). Cette dernière vient sans doute d’une attente excessive, et du retour à une réalité sentie comme triviale, du fait du retrait des projections préexistantes. Mythe de Psyché à l’envers, la femme découvrant enfin non point la beauté de son mari, mais sa laideur.

 

S’il arrive que par l’acte sexuel l’homme soit dupé ou se sente tel, la femme, elle, peut en être dopée. Je crois en fait qu’il ne faut pas tirer des constatations matérialistes susdites une leçon d’excessif pessimisme.

 

D’abord l’analyse de Schopenhauer sus citée, qui lie toujours le désir à la reproduction de l’espèce, à la « pulsion génésique », ne vaut pas évidemment pour l’amour homosexuel, et pas plus pour les êtres vieillissants, qui peuvent être très pleins de vie, mais se situent par nature hors de la sphère de la reproduction. Et aussi il faudrait bien séparer au sein de la sexualité la fonction reproductrice (finalisée) propre à tout ce qui vit, de la fonction érotique, définalisée, qui appartient en propre à l’être humain. Elle est même un art, si on définit par ce mot une activité essentiellement définalisée. De ce point de vue, on peut penser que l’événement le plus important du xxe siècle a été, non pas le fait d’avoir mis le pied sur la lune, mais tout simplement l’invention de la pilule anticonceptionnelle.

 

Ensuite la tendance pessimiste, souvent répandue, à lier systématiquement la sexualité à la mort, Éros à Thanatos, me semble fort problématique. Je pense en littérature à Georges Bataille, et au cinéma à Oshima, l’auteur de L’Empire des sens (littéralement : La Corrida de l’amour, 1976). Paradoxalement les excès sexuels décrits ici à foison et avec surenchère, dans une optique passablement morbide, relèvent au fond d’un grand puritanisme : à la base se trouve la méfiance vis-à-vis du corps, et une vraie peur de la sexualité...

 

***

 

Ce texte est extrait de mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité, pp.33-36.

 

Pour en feuilleter le début, cliquer ci-dessous sur : Lire un extrait. Pour l'acheter sur le site de l'éditeur, cliquer sur : Vers la librairie BoD  :

Savoir aimer

Théron, Michel
20,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Aimer au sens humain du mot n'est pas quelque chose de spontané. Cela s'apprend tout au long de la vie, et par une réflexion à quoi ce livre veut contribuer. Il ne défend aucune vision normative de l'amour. Il traite d'abord de l'amour-passion, qui se nourrit de désir et de rêves. Puis de l'amour-compassion, qui affronte le réel. Ensuite il met en lumière les dangers qui guettent l'un et l'autre : l'oubli d'autrui pour le premier, le sacrifice de soi pour le second. La (...)

On peut aussi acheter ce livre dans le commerce, ainsi que sur les sites de vente en ligne (ISBN :  978232224221).

 

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8 octobre 2020 4 08 /10 /octobre /2020 00:01

C’est un très beau mot, et le troisième de la devise de notre république. Le pape François vient de l’utiliser comme titre de sa dernière encyclique défendant tous les exclus de la terre, en reprenant une expression de saint François d’Assise : Tous frères (en italien Tutti fratelli). Tout empreint de spiritualité franciscaine, le contenu en est très généreux et inclusif.

 

Mais que n’a-t-il pensé à employer pour son titre l’écriture dite elle aussi inclusive, qui a l’ambition d’adjoindre toujours systématiquement le féminin au masculin ! En effet le titre de l’encyclique a été jugé avant même sa publication « sexiste » dans plusieurs pays, dont les États-Unis, le mot « frères » pour eux ne pouvant s’entendre qu’au masculin et donc excluant les femmes. (Source : lefigaro.fr, 21/09/2020)

 

Cette réaction procède d’une grande ignorance, « frères » pouvant avoir en italien comme en français, et aussi dans d’autres langues, une même connotation universelle selon le contexte. C’est alors un terme non genré, significatif d’un phénomène fréquent dans les langues qui n’ont pas de neutre. Il équivaut un peu, mutatis mutandis, aux termes dits épicènes, qui ont les deux genres : par exemple, en français, « enfant », « élève », « secrétaire », etc.

 

Ainsi, le célèbre « Tous les hommes sont frères » dans l'Ode à la Joie de Schiller, repris à la fin de la neuvième symphonie de Beethoven, dans un morceau chanté devenu l'hymne officiel de l'Union européenne, signifie simplement : « Tous les êtres humains s'aiment d'un amour égal ». Les termes « hommes » et « frères » ici ne sont pas genrés. Il en est de même pour le Fratelli d'Italia !, de l'hymne national italien.

 

Il y a un zèle malvenu à chercher partout un motif d’attaque et de polémique, et la vraie connaissance des choses n’est pas toujours inutile. Par exemple cette écriture inclusive dont je viens de parler, outre le fait qu’elle est impraticable sérieusement et très dangereuse pour l’apprentissage de la langue, exclut en fait au lieu d’inclure, puisqu’elle brise un ensemble en spécifiant et catégorisant. Si j’écris : « Les candidat(e)s ont été convoqué(e)s », j’opère une scission dans le groupe « les candidats », qui n’est pas masculin dans la langue mais affecté d'une valeur globale ou générique, et cette distinction crée finalement une différence entre les sexes pouvant mener à leur opposition. Cette dernière n’est, hélas !, que trop grande généralement : pourquoi vouloir l’amplifier ?

 

Heureusement que François n’a pas changé son beau titre ! Et en si bon chemin, pourquoi ne pas proposer d’ajouter à notre devise une quatrième notion, et à une « fraternité » dont on ne comprend plus le sens, adjoindre une « sororité » ?

 

Sororité (fraternité féminine) - D.R.

 

***

 

Retrouvez tous mes articles de Golias Hebdo, publiés en plusieurs volumes, sous le titre Des mots pour le dire, chez BoD. Sur le site de cet éditeur, on peut en lire un extrait, les acheter... Cliquer : ici.

 

Notez qu'ils sont aussi tous commandables en librairie, et sur les sites de vente en ligne (Amazon, Fnac, etc.).

 

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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