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21 octobre 2017 6 21 /10 /octobre /2017 00:01

Un proverbe nous dit qu’elle n’est pas de ce monde. Pourtant son idéal ne cesse de nous hanter. C’est à quoi vient de répondre un décret gouvernemental obligeant à signaler les retouches sur les photos publicitaires de mannequins. Elles proviennent très souvent d’un logiciel de traitement d’images, comme Photoshop, et font miroiter aux yeux des jeunes filles, par exemple, la possibilité de l’existence réelle d’un corps parfait, ce qui est faux. Voulant y atteindre, elles peuvent devenir anorexiques, et mettre en péril leur santé (source : Numerama.com, 01/10/2017).

 

Plusieurs réflexions viennent alors à l’esprit. D’abord on peut déplorer la dictature de l’apparence ou du look sur les esprits. Si l’on n’est pas svelte, et conforme aux canons esthétiques en vigueur aujourd’hui, on est stigmatisé : il y a là un totalitarisme fascisant, qui exclut quiconque n’est pas dans le moule admis. On l’accuse d’en être coupable, alors que la génétique joue là-dedans un grand rôle. Le surpoids, voire l’obésité, ne sont pas toujours imputables à 100% à ceux qui en souffrent. Au reste, on notera que ces canons de la beauté ont varié, comme il se voit dans notre mot « embonpoint », qui signifiait à l’origine « en bonne santé », avant d’être maintenant dépréciatif.

 

En dernier lieu, le philosophe pourra faire remarquer que notre idéal de beauté, qui remonte à la Grèce antique, a toujours été précisément un idéal, sans aucun référent dans le monde réel. Les statues grecques sont terrifiantes d’irréalité, si l’on y songe : aucun corps réel n’y peut correspondre. J’ai été en Grèce deux ans, et je n’y ai jamais vu de « nez grec ». Élie Faure déclarait l’art grec « monstrueux », précisément parce qu’il n’a jamais représenté de monstres – entendez : le démonique et la négativité de la vie, matérialisés par la laideur. Et Nietzsche soulignait : « Il y a entre l’art grec et la vie le même rapport qu’entre la vision du martyr et les souffrances qu’il endure. » Autrement dit la beauté académique est hors-vie, un simple rêve, et les Grecs eux-mêmes peuvent relever de notre « décret Photoshop » !

 

D.R.

D.R.

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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 00:01

Le désir qu’on en éprouve semble ne pas avoir de limites, et s’accompagne d’un énorme aveuglement. Ainsi beaucoup d’agriculteurs protestent contre l’interdiction programmée chez nous d’utiliser le glyphosate, un pesticide fortement suspecté d’être cancérigène, et aussi de perturber le système endocrinien. Ils ne voient pas la contradiction où ils se trouvent : d’une part vouloir persister à utiliser un produit dangereux, au motif qu’il est effectivement très efficace, et de l’autre le fait qu’ils en sont potentiellement, eux-mêmes et leurs proches, les victimes. D’ailleurs il vient d’y avoir dans le Bordelais une manifestation contre ce produit des ouvriers agricoles qui, eux, n’ont pas le choix de l’utiliser. Sans parler des pétitions que le grand public a lancées en faveur de l’interdiction.

 

Cet aveuglement laisse rêveur. Ainsi on raisonne à très courte vue. On ne voit que l’intérêt immédiat, sans se préoccuper du lendemain. L’intérêt financier à court terme passe avant le souci de la santé sur le long terme. Comme dit le vieux proverbe : Auri sacra fames !  (Maudit soit l’amour de l’or !).

 

Ce qui fait un homme est l’idée d’anticipation, de prévoyance. Les animaux, pour autant que nous puissions le savoir d’après leur comportement, vivent dans le seul présent. Ils ne diffèrent pas une satisfaction immédiate au profit d’un avantage escompté pour l’avenir. Seul l’homme peut le faire. Il est une différence différante.

 

« Quand les sauvages de la Louisiane veulent avoir du fruit, ils coupent l'arbre au pied, et cueillent le fruit. » Cette remarque de Montesquieu dans l’Esprit des Lois (V, 12) dit exactement ce qui se passe dans notre cas. Mais il me semble qu’elle peut s’appliquer à bien d’autres circonstances et comportements visibles aujourd’hui : on n’anticipe plus, on jouit du seul présent, et on ne pense pas au lendemain qui peut être catastrophique. Si toute civilisation, comme disait Valéry, est perspective, le sens du futur, essentiel pour la définir, disparaît. Aussi meurt-elle, quand ainsi on lâche la proie pour l’ombre.

 

D.R.

D.R.

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4 octobre 2017 3 04 /10 /octobre /2017 00:01

Des mouvements antiracistes veulent faire enlever le nom de Colbert au fronton de nos établissements publics, dont les lycées, au motif qu’il a rédigé, sur demande de Louis XIV, le Code noir entérinant et réglementant l’esclavage. Ce fait est exact, mais je me demande si on a bien raison d’aller jusque là.

 

Tout homme a sa part d’ombre, même si par ailleurs il peut avoir des qualités, qui le font paraître lumineux aux yeux de la postérité. À suivre ces iconoclastes, il faudra faire la chasse à tous ceux qui ont pu avoir dans l’histoire des sympathies pour le racisme, ou simplement pour des causes moralement discutables. On pourra incriminer Louis XIV lui-même, puis Napoléon, qui a donné sa bénédiction à l’esclavage en le réactivant. Mais aussi je suis bien sûr qu’on trouvera jusque chez le général de Gaulle des zones d’ombre en telle ou telle de ses positions. Est-ce une raison pour débaptiser rues et avenues, déboulonner les statues sur les places publiques, etc. ?

 

Partie en si bon chemin, la chasse aux sorcières pourra s’en prendre à quasiment tous les écrivains. Il y a de l’antijudaïsme chez Shakespeare, avec le personnage de Shylock dans Le Marchand de Venise. Chez Voltaire, où la rapacité d’un « marchand juif » est mentionnée dans Candide. Chez Balzac, avec le personnage du baron Nucingen. Chez Baudelaire aussi (« Une nuit que j’étais près d’une affreuse Juive... »), etc. Et pour prendre un autre domaine les admirateurs de Zola lui-même savent-ils comment il traite la Commune de Paris dans La Débâcle ? Les Versaillais y sont présentés comme la partie saine de la France amputant cette dernière de sa partie gangrenée. Est-ce ce qu’on attend d’un écrivain progressiste ?

 

En vérité, nul n’est parfait. C’est pour chacun le bilan général de l’œuvre qui compte, et c’est aux historiens de le dresser impartialement. Il y a un angélisme exterminateur, qui anime les mouvements susdits. Leur zèle de purification oublie que sauf à critiquer à peu près tout le monde il y a toujours une mesure à garder en toutes choses : Est modus in rebus.

 

D.R.

D.R.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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