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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 00:01

Ce n’est pas malgré ce qu’on peut penser à partir du grec la peur des lois, dont par exemple celle des lois fiscales, qu’a alléguée récemment un de nos ministres s’abritant derrière sa « phobie administrative » pour ne pas déclarer ses revenus et échapper à l’impôt. Non, il s’agit tout simplement de la peur d’être séparé de son téléphone mobile. Ce mot est construit par contraction de l’expression anglaise « no mobile-phone phobia ». Il désigne tout un syndrome pathologique fait d’addiction, comme le souligne l’article qui lui est consacré dans Wikipédia.

 

On y lit que les utilisateurs en question consultent leur smartphone 150 fois par jour, soit en moyenne toutes les 6 minutes et 30 secondes, au cours d’une journée de 16 heures, et que plus d’un nomophobe sur deux n’éteint jamais son téléphone portable. Si ce dernier est perdu, si la batterie est épuisée, ou s’il n’y a pas de couverture réseau, une panique irrépressible s’empare du propriétaire.

 

Ces chiffres sont effrayants. Ils montrent à quel degré d’aliénation est parvenu l’homme contemporain. Il a besoin d’une prothèse qui le protège de sa solitude, à laquelle il ne peut faire face. Il vit dans le divertissement, c’est-à-dire au sens propre le détournement de soi, et dans la dispersion continuelle. Le cerveau n’est pas fait pour être multitâche, et incessamment sollicité par les stimuli divers, comme les courriels, les SMS, etc., autant ceux qui sont à écrire que ceux auxquels il faut répondre. Quel temps reste-t-il pour la concentration, l’attention sur un seul sujet, la vacuité même de l’esprit qui est la condition essentielle de la créativité ? Cet écrasement sous une masse permanente d’informations est une vraie noyade spirituelle.

 

Le smartphone est le contraire de la liberté. Son possesseur y est attaché et ne peut s’y dérober, comme le chien accourt quand on le siffle : c’est une laisse électronique, qu’il faudrait briser si on en prenait conscience. Mais à voir tous ces esclaves penchés sur l’instrument qui les obsède, rares sont ceux qui peuvent le faire.

 

D.R.

D.R.

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8 juin 2017 4 08 /06 /juin /2017 00:01

Ce mot bon-enfant n’a rien que de rassurant. Il s’associe heureusement au besoin que nous avons de nous nourrir, qu’il satisfait pour notre plus grand plaisir. On vient cependant de l’associer à un contexte apparemment tout opposé, celui de la mort. En effet, une exposition à l’église Westerkerk d’Amsterdam a attiré plus de 3.500 visiteurs en leur offrant une panoplie insolite de gadgets funéraires. Parmi eux, la présentation de tombes qui font office de potagers. L’organisateur indique qu’elles peuvent permettre « de rendre hommage à un vieux parent amateur de jardinage, ou plus pratiquement de rentabiliser la superficie occupée. Les plantes sont cultivées dans des récipients autonomes au-dessus de la tombe, ce qui évite tout risque de contamination. » (Source : AFP, 25/05/2017)

 

Cette idée de sépultures légumières choquera certains, qui la verront comme attentatoire à la digité des honneurs funèbres. Mais ils oublient que les funérailles sont faites pour les vivants, et non pour les défunts, et que, selon la phrase évangélique, il faut « laisser les morts enterrer les morts ».

 

Au reste, l’homme vient de la terre, et y retourne. Adam, le premier homme, est « tiré du sol ». Chouraqui traduit même : « le Glébeux ». En latin aussi homo est apparenté à humus, auquel, un fois inhumé, il revient : grande leçon d’humilité. Ramassons donc simplement une motte de terre, et nous aurons à la fois humus, homme, et humilité. Pourquoi récuser alors l’idée d’un grand potager cosmique ? La mort est ce qui prend et donne. Mourir n’est rien d’autre que ranimer la nature sous une autre forme. « Le don de vivre a passé dans les fleurs », dit Valéry dans Le Cimetière marin.

 

Maupassant avait dans ses dernières volontés demandé à être enterré sans cercueil, à même la terre au cimetière Montparnasse, pour que sur son corps décomposé pussent naître au plus vite de nouveaux « petits Maupassants » : mais à l’époque la procédure réglementée de l’inhumation s’y opposa. Aujourd’hui, grâce aux tombes potagères, les choses pourront peut-être changer !

 

D.R.

D.R.

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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 00:01

Auri sacra fames !, dit l’expression latine empruntée à Virgile, et passée en proverbe : « Maudite est la faim de l’or ! ». On veut toujours de l’argent, et toujours plus. Un exemple significatif nous en vient du Royaume-Uni. En 2011, un couple de Britanniques a remporté le gros lot (110 millions d’euros) à l’Euro Millions. Ils ont décidé de donner 1,8 millions d’euros à leur fils. Mais ce dernier a jugé que ce n’était pas suffisant, et a décidé de les attaquer en justice, estimant qu’ils devaient le « financer » tout au long de sa vie. L’affaire vient maintenant d’être jugée, et la décision finale lui a donné tort. Le magistrat a estimé que le fils plaignant « avait les fonds nécessaires pour avoir une vie confortable ». Ce dernier a rétorqué que son père lui avait promis de « toujours le prendre en charge », un argument que n’a pas retenu le juge, qui ne lui a pas accordé de fonds supplémentaires (Source : leparisien.fr, 19/05/2017).

 

De tels chiffres sont évidemment abyssaux, et insultent à la vie du commun des mortels. Mais au-delà de ce fait, ce qui est remarquable est l’acharnement où peut conduire la cupidité. Il semble qu’il n’y ait là aucune limite infranchissable, et qu’on puisse s’attendre à tout. Les liens familiaux, les attachements affectifs élémentaires ne comptent pour rien quand il s’agit d’argent, et la vision idyllique qu’on peut en avoir est bien démentie par la réalité quotidienne. Bien oubliées sont les phrases évangéliques disant qu’on ne peut servir Dieu et Mammon, et qu’il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux. Bien oubliée aussi est la mésaventure de Midas, qui obtint que tout ce qu’il touchait fût changé en or : le résultat fut qu’il ne put ingérer aucun aliment, et donc fut en danger de mourir de faim, car l’or ne se mange pas.

 

Quand aura-t-on la sagesse de comprendre que l’argent pourrit jusqu’aux plus belles choses, qu’un linceul n’a pas de poches, et qu’il ne sert à rien d’être le plus riche du cimetière ?

 

D.R.

D.R.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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