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30 juin 2014 1 30 /06 /juin /2014 22:01

N" (Textes sur images)

Je reproduis ici le texte introductif à mon diaporama Réflexions, lui-même tiré d'une vidéo du même nom (image et lien ci-après), qui compare l'abstraction dans les arts plastiques et la métaphore en poésie, et qui pose le problème de la communicabilité de l'œuvre, visuelle et verbale.

Ce texte me semble poser un problème capital pour comprendre la peinture et le langage.

 


 

Le film Réflexions se compose d’images abstraites, qui sont des reflets dans de l’eau, et d’images figuratives qui voisinent avec elles, dans le film et aussi au sens littéral du mot, puisque provenant du même lieu.

Les images abstraites donnent toute liberté d’interprétation. Elle sera très différente pour chaque personne. Les images figuratives, d’où elles proviennent, peuvent cependant guider le spectateur, qui peut faire mentalement un trajet des unes aux autres.

Certains se contentent des images abstraites, et veulent toute liberté de rêver sur elles. D’autres préfèrent savoir le contexte dont elles sont tirées, et d’où l’esprit est parti pour arriver à l’abstrait.

Certes le contexte réduit le sens, comme un mot dans une phrase voit son sens se réduire par rapport à ce qu’il est quand il est tout seul, par exemple dans le dictionnaire.

Certes aussi ce vers quoi on est allé est plus précieux que ce dont on est parti. Mais ne faut-il pas connaître le point de départ, pour pouvoir mesurer l’écart présenté par le point d’arrivée ?

C’est à cette réflexion qu’invite ce film sur les réflexions-reflets…

…/…

… Dans le langage, une métaphore est un transfert, c’est-à-dire une transformation d’un élément en un autre, un changement de forme, une métamorphose.

Dans toute métaphore il y a un point de départ, appelé thème (ou élément comparé), et un point d’arrivée, appelé phore (ou élément comparant). Soit respectivement : T et P.

Par exemple dans « Tes yeux sont un ciel », « yeux » est le thème, et « ciel » est le phore. On part du premier pour arriver au second. Soit : T à P.

Lorsque le thème et le phore sont ensemble présents, comme dans l’expression précédente, la métaphore est dite in praesentia, c’est-à-dire avec présence du thème. Soit : T + P.

Dans ce cas, on peut présenter le thème d’abord, et le phore ensuite : « Tes yeux sont un ciel » (T à P). Ou bien on inverse, et on présente d’abord le phore, puis le thème : « Le ciel de tes yeux » (P à T).

Mais lorsque le thème est absent, et lorsqu’il n’y a que le phore, la métaphore est dite in absentia, c’est-à-dire avec absence du thème (P tout seul). Ce serait le cas si on disait « le ciel » simplement, pour dire les yeux.

On voit que dans la métaphore in absentia il y a danger de langage second totalement substitutif, et risque d’incommunicabilité.

Dans ce dernier cas cependant, celui qui s’exprime peut guider le récepteur par diverses balises mises dans son discours, avant ou après. La préparation ou le guidage des métaphores est un élément décisif pour se faire comprendre. Sinon il y a idiolecte et complet hermétisme : « J’ai seul la clef de cette parade sauvage » (Rimbaud)

…/…

… Supposons maintenant qu’une image abstraite (dans le cas où elle serait le fruit d’une transformation) soit précédée ou suivie de l’image figurative dont elle provient. On aurait l’équivalent d’une métaphore in praesentia. L’image abstraite ou point d’arrivée serait le phore, et l’image figurative, ou point de départ, le thème.

Si l’image abstraite précède l’image figurative, comme dans le film Réflexions, le schéma est celui du phore vers le thème : P à T. Le plus précieux, parce que le plus ouvert aux interprétations, est mis d’abord. Mais ce dont on est parti vient ensuite, pour « rassurer » en tant que contexte, même au risque d’une restriction des interprétations.

Si elle la suit, même à l’état de fantôme ou de trace, comme encore dans le film, alors le schéma est celui du thème vers le phore (T à P). Ainsi le phore continue-t-il à « hanter » le thème, comme un regret, dans maints plans du film. Mais les deux coexistent encore dans ce cas (fusion des deux éléments) : T + P.

Pour certains il suffit que l’abstraction s’adresse au seul plaisir rétinien. Mais quid de l’esprit alors ? Il me semble que nous ne percevons visuellement que de façon figurative. Tout appel (d’une nouvelle forme à être) est un rappel (de quelque chose du monde). Tout n’est qu’un jeu de mémoire. Pour voler, l’avion s’appuie sur l’air. Dans le vide, il tomberait. « Ce qui ne ressemble à rien n’existe pas. » (Valéry)

Au spectateur maintenant de se faire une idée sur ces comparaisons et considérations, de réfléchir sur ces Réflexions

 

< Les lettres T et P mises au bas des images signifient THÈME et PHORE.

 

 


       

Réflexions (photogramme)

Cliquer sur l'image

 

 


 

Nota : Cette question est traitée aussi dans la leçon 44 (« Comment le partage du sens est-il assuré dans la métaphore ? ») de mon ouvrage Cours de stylistique en 99 leçons :

 

Cours de stylistique, avec liens - couverture - sans adress

Cliquer sur l'image

 



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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 22:01

N" (Textes sur images)

Ci-joint un texte au format PDF, présenté sous forme de dialogue, et inspiré et illustré par les deux photographies suivantes :

 

Métamorphoses (texte sur image) 1 

 

Métamorphoses (texte sur image) 2 

 

Cliquer sur : Métamorphoses II

 

Voir aussi : Métamorphoses I (film), Tohus-Bohus (film), et Mélanges II (film)

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 14:54

N" (Textes sur images)

Les figurations du kitsch sont si banales, si effrayantes même d'irréalité, qu'on peut avoir la tentation de les détruire, quand on les sent trop provocantes eu égard à ce qu'est notre vie. Toute la négativité de l'existence disparaît dans le kitsch. Il est « la négation absolue de la merde », selon le mot de Kundera, dans L'insoutenable légèreté de l'être. Or notre vie n'est pas que paradisiaque, elle comporte aussi ses gouffres, sa part de démonique, comme disent les Allemands. De même que les graffiti, les tags sur les murs de nos villes sont des réactions coléreuses et iconoclastes face aux images publicitaires lisses et irréelles dont nous sommes abreuvés, de même nous pouvons avoir envie, parfois, de détruire ou de défigurer ces figurations que nous sentons menteuses, et trop loin de nous. C'est ce que je me suis amusé à faire avec l'image de mon nain de jardin (sa figure initiale demeure tout de même en dessous de l'image qui suit, pour qu'on voie bien ce dont je suis parti et que je me suis amusé à détruire) :

 

Nain de jardin 3 (Découpage)

 

 

Nain de jardin 1

 

Personnellement je préfère bien sûr la première image à la seconde. Cette défiguration-reconfiguration ne serait-elle pas une transfiguration ? L'abstraction (ou plutôt ici la stylisation ou l'abstractionnement) ne serait-elle pas une stratégie de défense contre le kitsch ?

 

→ Voir aussi mon article : Beauté. 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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