Comme on parle encore souvent, et avec raison, des sectes et mouvements sectaires, et comme il est urgent me semble-t-il de définir exactement ce qu'on entend par le mot de « psychothérapeute », qui recouvre maintes fois imposture et charlatanisme, je reproduis ci-après un extrait de mon ouvrage Des mots pour le dire, paru en 2011 chez Golias (pp.112-113). Je me suis contenté d'y ajouter un lien :
Karma
C'est un dogme hindouiste selon lequel le destin d’un homme est déterminé par ses actions passées et ses vies antérieures. C’est à quoi j’ai pensé en découvrant dans ma boîte aux lettres une publicité pour des séances de psychogénéalogie.
Celle-ci en effet ne fait que réactualiser celui-là. Elle veut nous délivrer du fardeau que font peser sur nos vies les conflits non résolus dans celle de nos ascendants. Le prospectus parle, en réactivant la vieille astrologie, de « constellations familiales », à évoquer en des sortes de psychodrames, pour lesquels bien sûr il faut payer. On peut constater que les livres de psychogénéalogie sont en très grand nombre : il y a là un marché juteux, comme tout ce qui entoure le fameux « développement personnel ». Après tout, la crédulité étant si répandue, pourquoi se priver d’en tirer profit ?
Il est vrai de dire que tous nos actes ont dans nos vies des conséquences souvent imprévues. Le problème n’est pas dans l’idée qu’un acte porte ses fruits, mais dans la transmission du poids de l’acte d’une vie à l’autre, selon la réincarnation comme en Orient, ou des ascendants aux descendants comme dans la psychogénéalogie. On substitue à une responsabilité personnelle, dont le poids est déjà fort lourd à porter, une responsabilité diluée, globale ou collective, dont notre droit par exemple a déjà fait justice, avec raison.
L’idée du karma peut faire accepter le malheur présent, en pensant qu’on y paie ou expie la faute des générations passées. En Inde le paria peut expliquer son sort misérable par le poids de mauvaises réincarnations, justifiant ainsi le système des castes. C’est une autre version pernicieuse de la rétribution théologique, que j’ai critiquée à l'article Rétribution du présent livre.
Notez pourtant que la Bible évolue ici. À un « Dieu jaloux qui punit l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération » (Exode 20/5), succède la vision du prophète : « En ces jours-là, on ne dira plus : ‘Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées.’ Mais chacun mourra pour sa propre iniquité. » (Jérémie 31/29-30)
Pauvre psychogénéalogie ! Que n’a-t-elle lu ce dernier passage !
25 juin 2009
→ Voir aussi mon émission de radio : Théologie buissonnière : Rétribution.
→ Cet article est aussi en ligne sur un site que je recommande vivement, Psychothérapie Vigilance. Cliquer : ici.
→ Pour voir la présentation de ce livre, cliquer : ici.
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Michel Théron