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12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 01:01

Elle est le fait de certains croyants. Ainsi lors d’une messe qui s’est tenue récemment à Paris sans aucun respect des gestes-barrière et des mesures sanitaires en vigueur, une fidèle a déclaré à France 2, tout à fait sérieusement, qu’il ne faut pas garder son masque devant Dieu pour qu’il ait la possibilité de bien voir notre visage.

 

La naïveté est ici insondable, et aussi la bêtise. Dieu est vu comme un grand Gendarme, ou une caméra de surveillance, qu’il ne faut pas leurrer en se dérobant à sa vision par un artifice quelconque, comme en dissimulant sa figure.

 

Cette constante inquisition divine, prise dans un sens très littéral, peut être vue d’ailleurs dans les textes eux-mêmes. Dieu, comme Argus, voit tout et enregistre tout : « Car les yeux du Seigneur sont sur les justes et ses oreilles sont attentives à leur prière, mais la face du Seigneur est contre ceux qui font le mal. » (1 Pierre, 3/12) On peut penser ici au Panoptique, un type d’architecture carcérale imaginée par Jeremy Bentham à la fin du XVIIIᵉ siècle, et qui a inspiré Michel Foucault. Ou encore à la surveillance constante des citoyens au moyen de caméras dans un pays totalitaire, comme la Chine actuelle.

 

Il y a sottise quand on interprète au premier degré, ou littéralement, des textes qui pour pouvoir vivre encore demanderaient une vision symbolique. Voyez aussi comment Mgr Hyacinthe-Louis de Quélen (1778-1839), 125e archevêque de Paris de 1821 à sa mort, s’est exprimé sur la généalogie de Jésus : « Non seulement Jésus-Christ était fils de Dieu, mais encore il était d’excellente famille du côté de sa mère. » (Source : Dictionnaire de la bêtise, Guy Bechtel et J-C. Carrière)

 

Une fois cette orientation prise, tout peut se dire et s’entendre. Pourquoi pas : « Jésus a eu une montre le jour de sa première communion. » Ou encore : « Si Dieu meurt, c’est le Fils qui hérite de tout. » (Source : Brèves de comptoir, J-M. Gourio). Et ce ne sont pas là, dans leur contexte d’énonciation, des plaisanteries volontaires et conscientes faites pour amuser la galerie, ce sont des sottises inconscientes.

 

Quand grandira-t-on un peu ? Quand opèrera-t-on un changement de perspective ? Ce qu’on voit comme factuel, humain, au risque d’une énorme bêtise, quand le verra-t-on comme symbolique, s’adressant à des adultes mûris ? Comme dit Alain dans Les Dieux : « Ce qui compte n’est pas si c’est vrai, mais comment c’est vrai. »

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est à paraître dans le journal Golias Hebdo. D'autres textes comparables figurent dans l'ouvrage suivant, premier tome d'une collection, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

Pour voir l'ensemble des volumes parus dans cette collection, cliquer ici.

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10 avril 2021 6 10 /04 /avril /2021 01:01

Ce petit film de 3'57" utilise une seul prise de vue, et illustre une pensée de C.-G. Jung : "Qui regarde à l'extérieur rêve. Qui regarde à l'intérieur s'éveille." Cliquer sur l'image ci-dessous :

 

Deux regards (vidéo) - 3'57" - D.R.

 

Pour voir mes autres vidéos sur Facebook, cliquer : ici.

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8 avril 2021 4 08 /04 /avril /2021 01:01

O

n réhabilite aujourd’hui l’art du XIXe siècle appelé pompier, ainsi nommé à cause des casques et cuirasses peuplant ses scènes antiques, et qui font penser effectivement aux couvre-chefs des soldats du feu. On redécouvre Bouguereau, le musée d’Orsay à Paris expose Jean Léon Gérôme, et le musée Fabre à Montpellier Alexandre Cabanel : le succès y est si grand que l’exposition vient d’être prolongée.

 

Cette peinture léchée et académique est purement décorative et ornementale. Elle relève de l’im­mense domaine du kitsch, mot caractérisant un sous-produit, un ersatz,  fabriqué à vil prix et en série : pensez à la vannerie en plastique, ou au simili dont on se contente en place de cuir. On n’en voit pas le côté toc et le mauvais goût : si c’est un peu moins bien, en tout cas c’est bien moins cher.

 

Pour l’art authentique il ne s’agit jamais d’orner la vie, de disposer des nains de jardin sur la pelouse d’une villa Sam’suffit pour donner l’image d’un pseudo-paradis. Son but n’est pas d’idéaliser le réel, mais de réaliser l’idéal – ou au moins de s’y efforcer, en souffrant de ne pas y parvenir toujours.

 

Nietzsche disait qu’aucun artiste ne tolère le réel. Dans la même optique Marcuse, dans L’Homme unidimensionnel, caractérise l’art comme le « Grand refus ». Et selon Malraux, « l’artiste n’est pas le transcripteur du monde, il en est le rival. »

 

L’art pompier ignore ce divorce, il se contente d’enjoliver, d’embellir le monde – pour le faire momentanément oublier. C’est pour cela qu’il ne déforme jamais, la déformation cohérente ou la stylisation signifiant toujours la recherche d’une transcendance. Il ne rivalise pas avec le monde, il l’accepte. Sur lui il jette au fond un regard matérialiste et cynique : celui-là même de l’homme unidimensionnel.

 

Art strictement humain, contemporain du positivisme tueur des dieux. La Vie de Jésus de Renan se termine ainsi : « Ce fut le plus grand homme qui ait jamais existé. » Phrase bien perfide : le plus grand homme, certes, mais enfin un homme – rien qu’un homme, comme vous et moi...

 

Internet regorge d’images kitsch : les photos de chats, dans un panier ou non, font beaucoup de buzz. Elles n’ont rien à envier en platitude aux anciens calendriers des Postes. Ceux qui s’y laissent prendre, en fait, confondent sensibilité et sensiblerie, sentiment et sentimentalisme, émotion et signes de l’émotion. [v. Obscénité]

 

Il n’est pas étonnant que notre époque, qui prise fort les parcs de loisir artificiels et irréels, se reprenne d’amour pour le kitsch. L’homme moderne type, c’est le touriste en bermuda à Disneyland, peut-être sans casque de pompier, mais avec sur la tête un bob publicitaire, et aux pieds des tongs à marguerite.

 

9 décembre 2010

 

> Ce texte, initialement paru dans Golias Hebdo, est extrait de ma Petite philosophie de l'actualité, tome 1 (lien).

 

***

 

> On peut voir aussi, sur cette question du Kitsch, l'ouvrage que je lui ai consacré, disponible en deux versions (papier et e-book) :

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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