Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
25 mars 2021 4 25 /03 /mars /2021 02:01

En complément à mon article précédent sur l'humour, voici maintenant un article sur l'ironie :

  

I

l faut bien la distinguer de l’humour [v. Humour (lien)], bien que beaucoup d’amuseurs publics se pavanant sur les médias se prétendent humoristes, alors qu’ils ne sont que des ironistes de bas étage.

 

L’humour consiste à se moquer de quelque chose qu’on aime, et l’ironie, à dévaloriser, de façon souvent très agressive, quelque chose que l’on n’aime pas. Le vrai humoriste peut même rire aux dépens de lui-même, alors que l’ironiste se situe de toute façon au-dessus de ce qu’il attaque, et aux dépens de quoi il fait rire.

 

C’est pourquoi il y a une grande sagesse de l’humour, et au contraire une grande présomption ou fatuité de la part de celui qui manie l’ironie. Sûr de lui, il ne se met pas en question, et peut épingler ses victimes avec un grand sadisme.

 

La différence est entre une grande plasticité intellectuelle propre à l’humoriste, sensible à tous les aspects complexes et incertains d’une situation, et au contraire une psychorigidité très fréquente chez l’ironiste. Par exemple Raymond Devos pra­ti­quait seulement l’humour, et ne comprenait pas par exemple qu’on pût rire de certains malheurs et détresses, qui pour lui n’appelaient que l’em­pathie. Sa vision était charitable, et donc humaine.

 

Nous en sommes loin aujourd’hui, à entendre la façon dont nos bateleurs d’estrade médiatique se moquent de leurs victimes, ne reculant devant aucun coup bas pour faire rire. Leur ego surdimensionné n’admet aucune pitié. Cela correspond d’ailleurs à l’état actuel des esprits, où l’agres­sivité et le désir de rabaisser dominent très souvent.

 

On objectera que l’ironie sert parfois salutairement la polémique, et qu’en tant que telle elle est une arme de lutte contre les abus de toute sorte, dans l’ordre social par exemple. On peut citer les philosophes du 18e siècle qui l’ont maniée, dont Voltaire.

 

Mais ce dernier avait du talent, et d’ailleurs ne reculait pas à certains moments lui-même devant l’humour. Au lieu que nos modernes ironistes visent très bas, et font rire grassement un public : ils ne s’adressent pas à son intelligence, mais ils flattent ses plus bas instincts, ceux de la meute et de la curée.

 

Au total, le rire qu’ils suscitent n’est pas du tout subversif pour l’ordre en place. Rien de plus bas, trivial, et entièrement conformiste que la vision qu’ils véhiculent. S’appeler « humoristes » dans leur cas relève de la plus grande confusion d’esprit et du plus caractéristique abus de mot.

 

24 janvier 2013

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est d'abord paru dans le journal Golias Hebdo. D'autres textes comparables figurent dans l'ouvrage suivant, premier tome d'une collection, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

Pour voir l'ensemble des volumes parus dans cette collection, cliquer ici.

Partager cet article
Repost0
23 mars 2021 2 23 /03 /mars /2021 02:01

C’

est le remède essentiel face au sentiment de notre finitude. La vie, comme le dit Hermann Hesse à la fin du Loup des steppes, est une TSF. Pour quelques instants de musique sublime, il faut subir les parasites, les crachotements, les miaulements des ondes folles. Un instant on entend Mozart, l’instant d’après les grésillements, ou le spot publicitaire, ou l’inter­férence de la station voisine. Mozart violé par de la friture : c’est l’image et la loi de l’existence.

 

Ou encore, cette dernière est comme un grand fleuve, qui charrie de tout : pépites et embâcles, indif­féremment. Selon La Fontaine : « C’est un torrent, qu’y faire ? Cela fut et sera toujours. »

 

Dans la vie, on ne peut zapper. Il faut donc prendre au sérieux ce qui en vaut la peine, et rire du reste. Regarder les choses en farce. Aussi l’humour prouve la plasticité de l’être, sa capacité à échapper au refuge des certitudes. Il ne s’agit pas de nier l’exaltation, mais l’orgueil de l’exal­tation ; une part de banalisation est inévitable. Le tragique demeure, même quand le sérieux disparaît. « Il n’y a pas de sérieux, mais il y a le tragique », dit Montherlant dans Le Chaos et la Nuit. Dans cette existence mêlée, je navigue entre deux interjections, l’admiration et le mépris : la vie est faite de Oh ! et de Bah !

 

On a défini l’humour comme la « politesse du désespoir » ; c’est une façon élégante de se sortir d’une situation, sans pour autant se tirer d’af­faire : saura-t-on mourir avec savoir-vivre ? Aussi l’humour est comme les essuie-glaces d’une voiture : ils permettent d’avancer, mais n’empêchent pas la pluie de tomber.

 

Inversion de l’importance habituellement accordée aux choses, il invite l’esprit à la prudence. Que savons-nous du tout des choses ? « Dieu rit quand l’homme pense », dit un proverbe juif. L’humour peut-être lu comme sentiment et signe de la transcendance absolue de Dieu – ou de l’échec du logos humain.

 

Exemplaire à cet égard est l’humour juif : Chaplin, Woody Allen, mais aussi Freud… Réhabilitation du petit, dévalorisation du grand, « renversant les puissants de leur trône et élevant les humbles », comme dit le Magnificat, il subvertit les habitudes mentales. Il joint le futile à l’agréable. La parole évangélique : « Les premiers seront les derniers, les derniers seront les premiers », est de ce point de vue totalement humoristique.

 

Dans un monde d’humoristes, les chefs subjuguant les peuples, les ayatollahs divers, sont impossibles. L’humour est le meilleur antidote au fanatisme. Tout ce qui concerne le rire est tabou dans les cultures closes, psychorigides. Comme le montre Umberto Eco dans Le Nom de la rose, si on commence à rire de quelque chose, où s’arrê­tera-t-on ? De ce point de vue l’humour est le plus grand des bienfaiteurs culturels, peut-être le signe des cultures les plus achevées.

 

16 décembre 2010

 

D.R.

 

 

***

 

Ce texte est d'abord paru dans le journal Golias Hebdo. D'autres textes comparables figurent dans l'ouvrage suivant, premier tome d'une collection, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

Pour voir l'ensemble des volumes parus dans cette collection, cliquer ici.

 

 

Partager cet article
Repost0
21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 02:01

I

l semble aujourd’hui que le langage s’adou­cisse à proportion que la dureté de la vie augmente. La pratique de l’euphémisme se généralise, comme si on changeait quoi que ce soit aux réalités en changeant la façon de les nommer.

 

La liste de ces impostures langagières, qui sont marques évidentes d’aveuglement, est infinie. Ainsi un chômeur devient un demandeur d’em­ploi ; un pauvre, un économiquement faible ; un aveugle, un non voyant ; un dément, une personne désorientée ; un nain, une personne de petite taille ; un vieillard, une personne âgée ; une prison, un lieu de privation de liberté ; la simple publicité ou la réclame, la communication ; un avortement, une interruption volontaire de grossesse, etc. La périphrase sert à voiler les choses, à dire autour d’elles, comme le dit son étymologie. C’est un manteau hypocrite qui couvre le réel dans sa nudité, ou un regard oblique ou biaisé, qui empêche de le voir frontalement.

 

Le peuple, qui n’est pas toujours au fait de ces artifices rhétoriques, s’y laisse prendre volontiers. Il peut s’enorgueillir de l’euphémisme qu’on utilise pour modéliser ainsi sa situation, et se dispenser de voir, pour un temps au moins, la réalité de ce qu’il vit. Les dirigeants quant à eux s’en servent pour endormir leurs assujettis, les anesthésier. On prend les hommes comme les lapins, par les oreilles.

 

Je me demande tout de même quelle idée claire et nette peut se dégager de toute cette bouillie verbale, langue de bois ou langue d’agglo, et quel vrai dialogue peut se nouer entre ceux qui la pratiquent. Ne faudrait-il pas, au contraire de tout ce brouillard et à quelque bord qu’on appartienne, une lucidité minimale, quand on s’occupe d’orga­niser les affaires humaines ?

 

Un disciple de Confucius lui demanda un jour quelle lui semblait être la première tâche à faire pour le souverain d’un pays. Il répondit : restaurer le sens des mots. Et il expliqua : « Si les dénominations ne sont pas correctes, si elles ne correspondent pas aux réalités, le langage est sans objet. Quand le langage est sans objet, l’action devient impossible, toutes les entreprises humaines se désintègrent, et il devient impossible et vain de les gérer. » N’en sommes-nous pas là aujourd’hui ?

 

28 mai 2009

 

D.R.

 

 

***

 

Ce texte est d'abord paru dans le journal Golias Hebdo. D'autres textes comparables figurent dans l'ouvrage suivant, premier tome d'une collection, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

Pour voir l'ensemble des volumes parus dans cette collection, cliquer ici.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : Le blog de michel.theron.over-blog.fr
  • : "Mélange c'est l'esprit" : cette phrase de Paul Valéry résume l'orientation interdisciplinaire de mon blog. Dans l'esprit tout est mêlé, et donc tous les sujets sont liés les uns aux autres. - Si cependant on veut "filtrer" les articles pour ne lire que ce qui intéresse, aller à "Catégories" dans cette même colonne et choisir celle qu'on veut. On peut aussi taper ce qu'on recherche dans le champ "Recherche" dans cette même colonne, ou encore dans le champ : "Rechercher", en haut du blog - Les liens dans les articles sur le blog sont indiqués en couleur marron. Dans les PDF joints, ils sont en bleu souligné. >>>>> >>>>> Remarque importante (avril 2021) : Vous pouvez trouver maintenant tout ce qui concerne la Littérature, la Poésie et l'Art dans mon second blog, "Le blog artistique de Michel Théron", Adresse : michel-theron.eu/
  • Contact

Profil

  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

Recherche

Mes Ouvrages