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13 mars 2021 6 13 /03 /mars /2021 02:01

O

n en parle beaucoup aujourd’hui, pour le prendre en compte, ou le réhabiliter. Il y a même un ministère qui s’en occupe. Mais s’est-on demandé ce que le mot lui-même signifie ?

 

Il implique que la nature toute entière n’a pour fonction que de nous « environner », donc que nous en sommes le centre auquel elle doit apporter tribut. Cette idéologie vient sans doute du début de la Genèse, une des bases de notre culture : l’homme, fait à l’image de Dieu, doit dominer sur tout ce qui vit (1/26).

 

Mais la nature était là avant nous, et aussi elle sera là après nous – à supposer évidemment que nous ne l’ayons pas détruite avant. Qui nous a persuadé que toute cette biosphère, et même cet univers infini dans un infime recoin duquel nous sommes logés, aient été constitués pour notre commodité et pour notre service ?

 

Il est bien beau de « croître et multiplier, de remplir et de soumettre la terre » (Genèse 1/28). Mais peut-être bientôt il n’y aura plus rien à remplir, par excès de nombre, et à soumettre, par excès de pillage. Toutes les idées de développement, de croissance, qui sont nos maîtres mots d’aujourd’hui, viennent de ce début.

 

Certains défenseurs de ce qu’on appelle maintenant la biodiversité disent même que des expressions méprisantes comme « espèces nuisi­bles » s’agissant des animaux, ou « mauvaises herbes » s’agissant des végétaux, ne font en réalité que renvoyer à la vanité de l’homme, qui manque de regard d’ensemble et juge de tout en fonction de sa seule petite personne.

 

Contre cette paranoïa humaine, je défends toujours l’idée d’une metanoïa, d’un changement d’état d’esprit. Ici précisément je la trouve, non dans la Bible juive, immodérément triomphaliste à mon sens, mais dans l’Évangile chrétien, beaucoup plus modeste, et sur ce point à mon avis difficilement compatible avec le Premier Testament.

 

« Jésus a dit : ‘Ne vous souciez pas du matin au soir et du soir au matin de ce que vous revêtirez’. » Ce logion 36 de l’Évangile selon Thomas est développé dans la parabole connue des oiseaux du ciel, que Dieu nourrit, et des lys des champs, que Dieu habille (Matthieu 6/25-30 ; Luc 12/22-31)

 

Vis-à-vis de la nature, Jésus défend l’idée non d’un antagonisme, d’une instrumentalisation ou d’une exploitation, mais celle d’une soumission confiante, attentionnée et précautionneuse, tout orgueil humain mis de côté.

 

Prenons exemple sur le vrai paysan, qui n’est pas un exploitant agricole, ou un touriste en visite. Il se contente d’habiter non en propriétaire mais en locataire ou en usufruitier cette nature dont il vient, et qui n’est ni une esclave, ni un décor de théâtre, un simple environnement !

 

2 avril 2009

 

D.R.

 

 

 

***

 

Ce texte est d'abord paru dans le journal Golias Hebdo. D'autres textes comparables figurent dans l'ouvrage suivant, premier tome d'une collection, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'actualité
Théron, Michel
15,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils ont cependant un contenu intemporel, et se prêtent toujours à une réflexion philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

Pour voir l'ensemble des volumes parus dans cette collection, cliquer ici.

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11 mars 2021 4 11 /03 /mars /2021 02:01

I

l a fort mauvaise presse aujourd’hui, où l’on ne parle que de droits, qu’on ne cesse de revendiquer.

 

Pourtant un minimum de réflexion montre que droits et devoirs sont inséparables. Tout rapport entre les hommes repose sur un pacte tacite : tout devoir crée un droit, et tout droit suppose un devoir. On ne peut penser l’un sans l’autre. Est devoir une obligation dont la non-observation lèse l’autre partie entrant dans le contrat.

 

Les parents ont le devoir de subvenir aux besoins de leurs enfants, jusqu’à ce qu’ils soient en état de se suffire à eux-mêmes. Si par malheur ce moment n’arrive jamais, dans le cas des grands handicapés par exemple, ce devoir ne s’éteint jamais. En contrepartie, les parents ont le droit d’être obéis de leurs enfants.

 

Ces derniers ont de leur côté à la fois le droit d’exiger l’assistance de leurs parents, et le devoir de leur obéir – je ne dis pas de les respecter, car le respect est un sentiment, qui ne se commande pas : on dit très bien : « inspirer le respect ».

 

Si je suis attaqué par un malfaiteur, j’ai le droit d’exiger du policier qu’il me vienne en aide, et lui a le devoir de le faire. En contrepartie, si je commets une infraction, le policier a le droit de me sanctionner, et j’ai le devoir de me conformer à la sanction.

 

Aujourd’hui, l’aveuglement ou la superficialité des esprits sont tels que le devoir apparaît souvent comme une limite insupportable, une part de destin à récuser.

 

Voyez aussi ce qui est arrivé à l’ancienne idée de noblesse. Est noble initialement celui qui s’im­pose un but, plus élevé que ce qu’il est lui-même, par lequel il se sent jugé, parfois condamné. Noble celui qui se donne des devoirs : « Noblesse oblige ». Non pas celui qui se donne ou revendique des droits.

 

Mais une fois oublié le fait que chaque droit est l’envers d’un devoir, on n’a pensé qu’à jouir de ses droits, vus dès lors comme prérogatives ou privilèges sans contrepartie. Toute la tragédie de la noblesse héréditaire est là : la vraie noblesse, disait pourtant Molière dans Dom Juan, ne consiste pas dans le nom que l’on porte, mais dans les actions que l’on fait.

 

Cet oubli, qui a perdu l’ancienne noblesse, ne le fait-on pas encore aujourd’hui ?

 

13 mai 2010

 

 

***

 

Ce texte est d'abord paru dans le journal Golias Hebdo. D'autres textes comparables figurent dans l'ouvrage suivant, premier tome d'une collection, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Le livre est aussi disponible sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

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Théron, Michel
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9 mars 2021 2 09 /03 /mars /2021 02:01

C

hez l’homme, il est très différent du besoin. Il lui ajoute l’attente, le rêve, l’ima­gination. Ainsi le pain chaud que je ramène de la boulangerie, il ne se contente pas d’assouvir ma faim : le touchant ou le humant, je peux rêver sur la chaleur, le foyer, etc. Il y a là tout un imaginaire, qu’il n’y plus dans le pain du supermarché, enveloppé de plastique.

 

Et de même que manger n’est pas seulement s’alimenter, de même l’expérience de l’amour n’est pas simplement l’exercice de la sexualité. Ce n’est pas la même chose de faire l’amour dans une voiture, et dans une prairie émaillée de fleurs : dans ce dernier cas la pulsion s’élargit à tout un ensemble, un contexte naturel et quasi-cosmique qui la poétise et l’enrichit. Amputer le désir de tout son cortège de rêves, c’est mutiler l’homme tout entier, le ramener à ce que Marcuse appelait l’unidi­mension­nalité.

 

Souvent aussi les désirs sont comme les textes ou les trains : chacun peut en cacher un autre. Ils ont alors une structure allégorique, au sens où ils disent autre chose (allo agoreuein, en grec) que ce qu’ils déclarent explicitement.

 

Quand nous saluons quelqu’un et parlons avec lui de la pluie ou du beau temps, nous pouvons parler  de tout autre chose que de la météo : nous désirons la chaleur d’un contact. C’est ce que les linguistes appellent la fonction phatique du langage.

 

Quand un enfant demande un bonbon, il peut désirer autre chose qu’un bonbon : qu’on lui parle, qu’on s’occupe de lui. L’erreur alors est de le lui donner, ou, pire, de lui donner de l’argent pour qu’il s’en achète : en fait, pour ne pas avoir à s’occuper de lui. Dans le désir d’une chose il peut donc être question de tout autre chose que de la chose désirée. Même la publicité le sait : elle vend non des réalités, mais des rêves.

 

Le problème avec elle c’est qu’elle prétend nous les faire toucher. En quoi elle se trompe. Car très souvent la possession d’une réalité fait oublier ce que vise vraiment le désir, la justification de son attente même, c’est-à-dire la vérité, la tension qui le définit : la valeur d’un objet, d’un être, sont inséparables très souvent de leur éloignement ou de leur absence dans le présent...

 

C’est en quoi le désir, à la différence du besoin, est normatif. La structure du désir est un désir de structure. Mais cette exigence, constitutive de notre humanité, perdure-t-elle encore aujourd’hui, en une époque où on recherche l’assou­vissement instantané des envies et l’immé­diat de la satisfaction ?

 

4 novembre 2010

 

D.R.

 

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  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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