Un ancien article (30 septembre 2021)
Normalement il doit être proportionné à l’importance et à la pénibilité de la tâche confiée à celui qui le reçoit, ainsi qu’à sa capacité de lui conférer un statut social convenable, en une époque où on juge de la réussite et du prestige de quelqu’un par l’argent que son métier lui procure.
Anne Hidalgo, candidate à la prochaine élection présidentielle, a dit vouloir dans l’espace de son quinquennat doubler les salaires des enseignants français. Ceux-ci, a-t-elle dit, gagnent deux fois moins que leurs homologues allemands, ce que l’on peut sans doute aisément vérifier. Cette mesure donnerait du cœur à l’ouvrage aux enseignants en place, et permettrait le recrutement de nouveaux candidats, en mettant un terme à la désaffection dont est victime actuellement cette profession.
Or j’ai été à la fois surpris et scandalisé des réactions que cette promesse a suscitées. Elles ont été unanimes pour dire que cette mesure était impossible à mettre en œuvre, eu égard à son coût pour la collectivité. On aurait pu s’attendre à ce qu’on en prenne acte, qu’on dise au moins qu’elle était souhaitable, même si elle était irréalisable. Mais non : on n’a rien dit de tel, on s’est contenté d’arguments strictement budgétaires pour la disqualifier et la railler.
Cela dit beaucoup de l’état de nos dirigeants ou de ceux qui aspirent à l’être. Songent-ils qu’il y a au moins deux domaines essentiels à la vie de la nation, auxquels il ne faut pas toucher et qu’il faut réhabiliter, parce que ce sont les plus utiles : la santé, et l’éducation ? Le premier s’occupe du corps, et le second de l’esprit. « Ouvrir une école, disait Hugo, est fermer une prison. » Tout enfant qu’on instruit est un citoyen qu’on gagne. Il a des chances de ne pas être un mouton soumis, un demandeur abruti de spectacles stupides et un consommateur idiot.
Mais je pense que ces mêmes dirigeants, actuels ou futurs, ne veulent pas d’esprits vraiment libérés. Ils les préfèrent sans doute assujettis, asservis au pain et aux jeux. Souvenons-nous de ce que disait Valéry : « La politique est l’art d’empêcher les gens de s’occuper de ce qui les regarde. » Finalement c’est leur pré carré que ces dirigeants défendent. Ils ont tout à gagner à laisser les choses en l’état. Aussi ne voient-ils pas d’urgence à rétablir le prestige de l’esprit et de ceux qui l’incarnent. Il est vrai aussi, au reste, que les enseignants ne votent pas majoritairement pour eux.
Article paru dans Golias Hebdo, 30 septembre 2021
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Michel Théron