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10 novembre 2025 1 10 /11 /novembre /2025 02:00

Pour ceux qui se demandent en quoi consiste véritablement l'apport de l'IA, et si elle remplacera, pour la réflexion sur les idées, les textes personnels et incarnés, un bon exercice à faire serait de comparer les deux textes suivants :

 

I / Texte généré par l'lA.

Question : Peux-tu générer un texte de 2500 signes environ sur le thème Gouverner par la peur ?

Réponse (ChatGPT - 08/11/2025) : Gouverner par la peur : enjeux et conséquences

Le recours à la peur comme instrument de gouvernance est un phénomène ancien et récurrent dans l’histoire des sociétés. Pour les dirigeants, semer la peur peut apparaître comme une stratégie efficace pour maintenir le contrôle et l’ordre. Cependant, cette méthode soulève des interrogations profondes sur la nature même du pouvoir et de la légitimité.

D’un point de vue théorique, Machiavel, dans “Le Prince”, plaide en faveur de la crainte comme outil de domination, arguant qu’il vaut mieux être craint que aimé. Cette conception machiavélique atteste que la peur a le potentiel de forger une autorité solide, capable de dissuader les comportements déviants. Cependant, cette stratégie ne sans effet collatéraux. En cultivant une atmosphère de crainte, le pouvoir engendre un climat de méfiance, où la coopération et le dialogue s’érodent peu à peu.

La peur peut aussi susciter un consensus momentané, permettant aux gouvernants de justifier des mesures drastiques, notamment en période de crise. Qu’il s’agisse de menaces terroristes, de pandémies ou de crises économiques, les dirigeants qui utilisent la peur peuvent facilement imposer des restrictions sur les libertés individuelles sous couvert de sécurité. Cela peut conduire à l’acceptation silencieuse de dérives autoritaires, où la population, obsédée par l’urgence de la situation, oublie souvent d’exiger la transparence et la justice.

Cependant, gouverner par la peur est une stratégie à court terme, souvent vouée à l’échec à long terme. Les sociétés qui vivent dans un climat de peur sont souvent plus vulnérables à la désobéissance civile. L’histoire regorge d’exemples où un régime oppressif, en jouant sur les peurs collectives, a suscité une indignation croissante, provoquant finalement leur chute. La révolte, alimentée par une peur plus grande encore de la tyrannie, remet en question la stabilité du pouvoir en place.

Outre les conséquences politiques, gouverner par la peur a également des effets psychologiques sur les individus. La peur continuelle engendre une société malade, affectée par le stress, l’anxiété et le désespoir. La capacité d’innovation et de créativité, essentielles au progrès, s’étiole, laissant place à une conformité morbide. Les citoyens, paralysés par la terreur, deviennent de simples sujets, perdant leur voix et leur capacité d’agir.

Face à cette réalité, il est impératif de réfléchir aux alternatives à une gouvernance basée sur la peur. Des approches axées sur le respect, le dialogue et la participation citoyenne peuvent permettre de bâtir des fondations plus solides pour une société justifiée et légitime. Les gouvernants devraient privilégier la transparence et la confiance, favorisant un environnement où la peur est remplacée par la solidarité et l’engagement civique.

En somme, bien que gouverner par la peur semble être une méthode efficace à court terme, les conséquences à long terme sont destructrices. Pour une société épanouie et durable, il est nécessaire de s’engager sur la voie de la paix, de l’empathie et de la coopération. Seul un tel changement pourra véritablement garantir une gouvernance légitime, en adéquation avec les aspirations des individus et la dignité humaine.

 

II / Un de mes articles, écrit sans consultation de l'IA, paru dans Golias Hebdo, et publié sur mon blog le 12/04/2025 (lien)

 

Je viens de lire chez Machiavel une excellente maxime, très profonde dans son laconisme : « Gouverner, c’est faire croire ». Rien que cela, mais c’est essentiel. À cette fin, il faut par exemple créer des récits, fabriquer du story telling ou comme on dit maintenant du narratif, toutes fictions auxquelles le peuple doit accorder crédit, faisant ainsi confiance à celui qui les émet. L’important n’est pas la vérité de ces constructions, mais leur capacité à emporter l’adhésion, à être acceptables par les citoyens. Comme ces derniers sont aisément influençables et manipulables, il faut, pour les diriger et s’assurer de l’emprise qu’on désire avoir sur eux, posséder les canaux d’opinion, comme les media, les réseaux sociaux, etc. Le publicitaire Bernays l’avait bien vu, dès 1928, dans son ouvrage Propaganda – Comment manipuler l’opinion en démocratie – un livre dont le cynisme est égal à celui de Machiavel.

 

Le gouvernant apparaît donc comme un gourou, qui maraboute littéralement ses sujets. Il les hypnotise par une rhétorique flatteuse, des éléments de langage qui correspondent à ce qu’ils attendent et sont disposés à recevoir : on prend les hommes comme les lapins, par les oreilles.

 

Maintenant, quand la séduction ne suffit pas, une autre possibilité s’offre aux dirigeants : l’arme de la peur qu’ils peuvent inspirer. Là encore Machiavel a tout dit : « Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes. »

 

La peur très souvent n’est pas rationnellement motivée et objectivement justifiable. C’est une projection que l’on fait, par exemple, sur celui dont on pense qu’il mérite de la susciter. À partir de là, on peut étendre un pouvoir sans limite sur toute une collectivité prisonnière de sa peur. Par exemple, dans Knock de Jules Romains, le médecin éponyme, charlatan manipulateur, asservit tout un canton en s’appuyant sur l’hypochondrie naturelle des gens, leur peur d’être malades. Une fois instillée dans leur âme, elle crée un état de sidération paralysante, les condamne à dépendre totalement de celui qui l’exploite, à se livrer entre ses mains. Ce phénomène est immémorial, et doit nous alerter, pour que nous en tirions leçon. En fait, très souvent dans nos vies, ce dont il faudrait avoir peur, c’est de la peur elle-même.

 

Crédulité et peur se voient aujourd’hui réunies dans ce qui se passe aux États-Unis d’Amérique.

 

III/ Pistes de réflexion.

 

L'IA est irréprochable pour instantanément "recracher" ce qu'on lui a appris par la fréquentation d'un très grand nombre de sources. Le résultat est complet comme peut l'être un article d'encyclopédie. Mais ce savoir reste général, impersonnel et abstrait. Seules les grandes "cases" nous en sont données.

Mon article à l'inverse, même s'il n'est pas complet, par les citations et les exemples qu'il fournit incarne ce savoir, le personnalise et le rend plus vivant. Il remplit (ponctuellement) les grandes cases fournies par l'IA.

Volontairement je ne dis rien de son style et de son expression. Je laisse le lecteur s'en faire une idée. 

 

Conclusion - L'IA ne peut pas remplacer l'actualisation concrète et la réflexion personnelle. Si on veut l'utiliser, il faut s'approprier et faire vivre ce qu'elle nous fournit.

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21 février 2025 5 21 /02 /février /2025 02:00

I

l y avait dans une petite partie du monde, qui se voulait progressiste, des esprits novateurs désireux de contester tout ce qui jusque là avait construit la culture dont ils avaient hérité. Ils voyaient ce qu’ils pensaient en être l’arbitraire, et les injustices qui en provenaient. Et la plus grande pour eux était la domination millénaire, patriarcale, exercée par un sexe sur l’autre.

 

Aussi dans leur frénésie de déconstruction « éveillée » (c’est par ce mot, woke, qu’ils caractérisaient leur entreprise), s’acharnaient-ils, par le poids de lobbys influents, à réduire cette domination, par exemple en recourant systématiquement, dans le langage, à des vocables non genrés. Ainsi, dans telle nation fort en avance de ce point de vue, les parents furent-ils invités à choisir n’im­porte quel prénom pour leur enfant, sans tenir compte de son sexe : on pouvait appeler une fille Jack, et un garçon Lisa.

 

Désormais les prénoms unisexes, qu’on dit épicènes, comme Dominique ou Claude, etc., ne suffisaient pas. Il fallait aller plus loin, et tout « neutraliser ». Ainsi on s’avisa de remplacer les pronoms « il » ou « elle » par un pronom neutre et polyvalent, « iel », pour parler d’une personne sans mentionner son sexe.

 

Sans se douter qu’un masculin pouvait avoir dans la langue une fonction de neutre, et revêtir une signification générale, non genrée, on s’appliqua à bien spécifier toujours les choses, et c’est ainsi par exemple que les « droits de l’homme » furent renommés en « droits humains ». On fit la chasse partout aux équivoques (supposées) du langage sous prétexte qu’un des deux sexes y était oublié et y devait désormais être inclus. Et dans la graphie on inventa pour ce faire l’écriture inclusive, dont on  ne se demanda pas si elle était même lisible. L’essentiel était qu’on y fût inclus(e).

 

La méfiance était telle vis-à-vis de l’inégalité qu’on alla très loin dans la neutralisation. Ainsi une fédération de bowling annonça son intention de fusionner les tournois féminins et masculins afin de neutraliser ce sport. Des politiciens proposèrent l’installation de toilettes neutres pour que les citoyens ne fussent plus obligés de se catégoriser en dames ou messieurs, etc.

 

Mais allait-on « neutraliser » l’haltérophilie, ou la boxe ? On en pouvait en sourire si on n’y voyait une intention d’imposer à tout le monde une même façon de voir. On ne se demanda pas si là était le propre même du totalitarisme, et si derrière tout cela ne se profilait un fanatisme normatif inquiétant.

 

Le vocabulaire se fit policier. Ainsi un parti Vert préconisa-t-il la mise en place de « pédagogues du genre » dans toutes les écoles maternelles, pour agir en « chiens de garde » du processus de « neutralisation ».   « Chiennes de garde » était aussi le nom dont s’affublèrent les gardiennes du sexe opprimé. On n’admettait plus qu’il y eût une différence entre garçons et filles, par exemple pour les jouets et les vêtements.

 

*

 

Ces comportements, quelque justifiés qu’ils furent à l’origine (et en effet certains le furent bien), dressèrent contre eux maints parents désorientés. Pauvres enfants, à qui on voulait enlever leurs petites autos, s’ils étaient des garçons, ou leur landau, s’ils étaient des filles ! Les dégâts psychologiques étaient incalculables : on allait culpabiliser le choix de tel ou tel jouet, sous prétexte que plus tard cela serait source de stéréotypes !

 

Et si l’enfant était porté naturellement vers ce qu’on lui interdit, au nom de quoi faire cette interdiction ? Si un petit garçon voulait s’habiller en pirate, et une petite fille en princesse, qui était-on pour les en empêcher ? Qui était-on pour jeter la confusion dans ces petits esprits, si fragiles encore ? Ce funeste lobby liberticide, qui pouvait prendre le pouvoir chez eux, ne faisait qu’opérer un nouveau Massacre des Innocents !

 

Sans compter, sous couvert de neutralité, l’incitation sournoise à modifier son genre. Là les esprits vacillaient. De quel droit était faite cette incitation, pourquoi pouvait-on laisser croire que l’on admettait la possibilité du changement de genre, simplement par le fait d’en parler à des enfants au mépris de leur âge ?

 

Mais on ne se demanda pas si le discours qu’on tenait ainsi n’était pas aussi simplificateur et manichéen que celui auquel on s’opposait. On projeta sur ceux que l’on incriminait les propres peurs que l’on avait en soi. Et nulle part dans ces débats il n’y eut, d’un côté ou de l’autre, de réflexion raisonnable.

 

*

 

À quelque temps de là, dans le plus puissant des pays concernés, il y eut un gigantesque séisme, où tout ce qui s’était voulu progressiste fut radicalement balayé par la voix du peuple. Pour combien de temps, on ne le sait, d’autant que ce changement se diffusait partout ailleurs. Il a nom dans la langue de ce pays Backslash, et dans la nôtre : « Retour de bâton ».[i]

 

[i] Slate.fr, 27/05/2012 (pour les novations en Suède), et Wikipédia, articles Woke et Backslash.

 

*

Ce texte est tiré de l'ouvrage suivant (cliquer sur l'image) :

 

D.R.

 

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13 août 2024 2 13 /08 /août /2024 01:00

Je republie un article paru au mois d'août de l'an dernier. Le mois d'août actuel est hélas identique dans mon département.

 

Sitôt ouverte la porte de la maison, j’entre dans une fournaise. Aucun vent perceptible, une immobilité générale, tout est figé et hostile. D’habitude c’est le mouvement qui est signe de vie. Mais ici il n’en est rien, nul indice ne le laisse supposer. Nulle présence autre que celle d’une lumière aveuglante. La suffocation m’envahit. Vite je rentre chez moi.

Je sais bien que, comme disent les spécialistes, cet état est appelé à se reproduire. Mais jusqu’ici je ne le croyais pas. Ou du moins j’espérais autre chose. Par exemple, que parvenu à la fin de l’été cette année au moins j’y échapperais. Vaine présomption. Je suis maintenant rendu à la lucidité pour tout ce qui peut se produire dans l’avenir. Blessure inévitable.

Évidemment m’assiègent des réminiscences. Fin du monde, destruction universelle, apocalypse… L’imaginaire est fécond qui les présente et transmet. Mais pour trouver un embryon d’issue ou de consolation, et me souvenant de l’absence totale de vent, je préfère ici ce que dit l’Évangile de Jean.

Le vent souffle où il veut. Même invisible, on entend sa voix. Là est ce qui permet à chacun de renaître. Il faut se mettre à l’écoute du Vent, le laisser s’installer en soi. Ce souffle est salvateur, vivifiant (zôopoion, vivificans, comme dit le Credo de Nicée).

Bien sûr il s’agit aussi du Souffle de Dieu, via son Esprit. Mais je préfère laisser de côté ce catéchisme, où on peut ne pas voir et sentir vraiment les choses. Ce qui est directement sensible me parle davantage. Quand donc se lèvera ce souffle, ce vent, qui me redonnera vie ?

Demain ? Plus tard ? La météo parle d’une demi-semaine. Pour l’instant je reste prostré, suffoquant, sans vie. J’attends…

 

… Il me souvient aussi de certaines périodes pénibles de ma vie passée, où j’étais dans la même situation. Rien ne s’était produit de ce que je rêvais. Et de ce que j’avais le rêve était absent. L’immobilisation, l’abattement sur place, étaient mon lot. C’était un abandon sans vie, un dessèchement désertique, une atmosphère sans vapeur d’eau. Je n’avais plus alors, comme aujourd’hui, que la part de l’attente.

Je pense que chacun, pour peu qu’il ait vécu, a connu pareilles canicules dans sa vie. Elles font partie du fait même de vivre, et pourtant on n’y vit pas. Ils m’ont toujours surpris, ceux qui ont peur de la mort. Ils oublient qu’on meurt déjà plusieurs fois dans la vie, et que certaines morts sont pires que la mort même.

Mais de ces morts successives on peut renaître, pour peu que revienne le Vent, l’Élan. Et reprendre sa marche, à l’image du voilier dont enfin se gonfle la voile.

Quand ?

20/08/2023

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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