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27 mai 2021 4 27 /05 /mai /2021 11:14

J'ai toujours pensé que ce ne sont pas celles qui nous sont imposées par la biologie et les liens du sang, mais celles que l'on choisit librement et au sein desquelles on trouve un amour effectivement partagé. Je viens d'être conforté dans cette pensée en ayant vu hier soir, sur Arte, le film d'Hirozaku Kore-eda, Une affaire de famille (lien), qui a obtenu la Palme d'Or au Festival de Cannes 2018.

 

De même que le vrai Père n'est pas le père selon la chair, mais celui qui adopte l'enfant, comme je l'ai signalé hier (lien), de même la vraie famille est une famille aimante, comme on le voit dans le film. Elle "adopte" une petite fille, l'élève et la fait grandir. Peu importent alors ses parents réels, qui dans le film sont décevants parce que dépourvus d'amour. Sa vraie famille est ailleurs.

 

L'amour que l'on porte à sa famille est pour moi basé sur le choix qu'on en a fait. Cela s'exprime très bien dans le mot français dilection, qui vient du latin diligere, choisir (voyez aussi : élection).

 

J'ai défendu ce type d'amour dans mon livre Savoir aimer - Entre rêve et réalité (lien). J'ai montré qu'à côté de l'amour de désir ou de passion (éros), de l'amour de bienveillance (agapé) et de l'amour d'amitié (philia), il y a, couronnant les deux derniers, l'amour de choix (dilectio), dont l'amour qu'on a pour la famille qu'on s'est choisie librement est un bel exemple. Les liens n'y sont pas imposés au départ, mais à créer.

 

A l'inverse, voyez ce que dit Eluard de Violette Nozière, meurtrière de ses parents : "Elle a brisé l'affreux nœud de serpents des liens du sang."

 

 

Voici maintenant un texte, mis sur un autre site, où j'expose tout cela :

***

 

Pour voir la liste de tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

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3 janvier 2021 7 03 /01 /janvier /2021 02:01

 

Voici un panneau qui a été installé par la mairie d’Epinay-Champlâtreux (Val-d’Oise) sur la D316 qui relie la Seine-Saint-Denis à l’Oise, prévenant les contrevenants qu’ils sont vidéo-surveillés et risquent d’être verbalisés. Un exemple inspiré de celui installé à Valence (Drôme).

D.R. Cliquer sur l'image

Ce panneau fait mention d'une loi de prohibition que je trouve liberticide : Acheter un acte sexuel est interdit par la loi et passible d'une amende de 1500 euros.

 

Et voici à ce propos le texte de deux articles que j'ai publiés dans Golias Hebdo en 2013 et 2014, et qui sont repris dans le tome 3 de mes recueils d'articles Des mots pour le dire. Ils ont été écrits avant que soit votée la loi en question. On y verra un bel exemple de ce retour de l'Ordre Moral, la moraline de Nietzsche, auquel nous assistons aujourd'hui.

 

 

Contre une proposition de loi qui prévoit, pour éradiquer la prostitution, de pénaliser le client, un manifeste des « 343 salauds » vient de paraître. Il s’inspire évidemment du « Manifeste des 343 salopes », signé en 1971 par des femmes ayant avorté, alors que l’IVG était encore passible de poursuites (Source : A.F.P., 30/10/2013).
 

J’admire l’assurance des promoteurs de cette loi, qui ne se sont pas rendu compte de l’extrême complexité de la question. D’abord il eût fallu bien distinguer les prostituées contraintes, et pour cela pourchasser impitoyablement les réseaux qui les exploitent, des prostituées volontaires. Il est évident que dans ce dernier cas la loi est un obstacle à leur liberté. En outre, comment repérer qu’un couple appréhendé a des relations tarifées ? Il pourra toujours le nier, et comment prouvera-t-on le contraire ? Aucun client n’aura la bêtise de payer la relation au moyen d’un chèque ou d’une carte de crédit !

 

Se pose ici le même problème que celui de l’incrimination pour « devoir conjugal » non accompli [voir tome 2 : Obligation]. Pourquoi la justice, en-dehors évidemment des cas de violence hautement punissables, devrait-elle toujours se mêler de la vie privée ? Le même problème d’immixtion s’était posé déjà à propos d’un projet de loi voulant interdire de donner une fessée aux enfants [voir tome 1 : Angélisme].

 

Bien sûr, on va produire des arguments moraux : il est déshonorant de vendre son corps. Mais l’est-il plus que de vendre son temps, sa substance, physique ou intellectuelle, dans un travail salarié que l’on subit, et dont on ne tire aucune gratification pour son âme ? Où est la supériorité de ce dernier cas, par rapport à celui de rapports sexuels contractuels entre deux adultes consentants ?

 

De ce point de vue, on peut comprendre qu’une prostituée puisse venger, en faisant ce choix, toutes ses sœurs miséreuses et exploitées, qui n’ont pu comme elle « sortir du ruisseau » : voyez là-dessus Nana, de Zola.

 

Et aussi, que penser de certaines femmes dites honnêtes ? Pensons d’abord à ce que dit La Rochefoucauld : « Il y a peu d'honnêtes femmes qui ne soient lasses de leur métier. » Aussi pensons à ce qui se passe dans certains mariages : les vraies prostituées, dit Brel dans L’Air de la Bêtise, sont celles qui se font payer pas avant mais après. Et enfin, que savons-nous des destins, pour ainsi juger les prostituées ? Telle ou telle eût pu être notre mère, comme dit Brassens dans sa Complainte des filles de joie

 

Toute initiative pour protéger les prostituées, leur condition matérielle et sanitaire par exemple, est évidemment bienvenue. Mais la judiciarisation systématique des conduites à laquelle on assiste aujourd’hui pèche son systématisme, son traitement simpliste de questions autrement plus compliquées.

 

Prostitution (suite) 

Je viens de lire dans l’hebdomadaire La Gazette de Montpellier, journal ordinairement sérieux, l’article suivant, sous le titre Facs – 4% des étudiants se prostitueraient : « 4% des étudiants ont déjà accepté des relations sexuelles contre de l’argent ou des cadeaux. C’est la conclusion d’une étude menée par l’Amicale du Nid, le Crous et l’université Paul-Valéry. Parmi les 1800 répondants, tous étudiants à la fac de lettres, 22 hommes et 37 femmes ont ainsi vécu cette situation. Plus étonnant : plus de la moitié des étudiants interrogés estiment que cela peut être un moyen de s’en sortir. » (n°1363-1365, du 31/07 au 20/08 2014, p.13)

 

Cet article conforte ce que j’ai déjà dit dans mon billet Prostitution (initialement paru dans le n°312 de Golias Hebdo), lorsque je me suis élevé contre une proposition de loi qui prévoyait, pour éradiquer la prostitution, de pénaliser le client. Ce texte liberticide émanait à l’évidence d’un lobby féministe moralisateur, qui pouvait voir dans la prostitution, selon le titre de la chanson de Brassens, une « concurrence déloyale ». Mais évidemment il se drapait dans de hautes considérations éthiques, selon lesquelles il est déshonorant de vendre son corps – comme si quotidiennement le travailleur salarié exploité ne vendait pas lui aussi une partie de son être intime, gaspillée sans retour ! De toute façon, la réaction susdite de ce « plus de la moitié des étudiants interrogés », qui dans la prostitution ne voit ni objection ni abjection, fait justice de l’argument moral.

 

Notre société est victime de ce que Nietzsche appelait la « moraline », c’est-à-dire un souci de tout justifier moralement, pouvant mener à une censure systématique de toute conduite jugée condamnable, au mépris des libertés élémentaires de l’individu. D’où la judiciarisation systématique des conduites à laquelle on assiste aujourd’hui, qui pèche par son traitement simpliste de questions autrement plus compliquées.

 

S’agissant de la prostitution, on peut évidemment la déplorer, mais non a priori la condamner si elle est volontaire, et met face à face des adultes consentants. Un axiome juridique est d’ailleurs : Volenti non fit injuria – « Envers qui consent, pas d’injustice ». Dans le cas contraire, et s’il y a contrainte, il suffirait de poursuivre les proxénètes, dont une grande partie d’ailleurs est faite de femmes, n’en déplaise à notre lobby socialo-féministe !

 

 

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 01:01

Compte tenu de l'actualité, je republie ici un article déjà publié sur mon blog l'année dernière (juillet 2019).

 

Enfants sans père

 

Certes il y en a toujours eu, soit que leur père soit mort, soit qu’il ait quitté le domicile conjugal, etc. Ils ont été élevés par leur mère seule, ou par leur grand-mère, etc. Peut-être s’en sont-ils bien trouvés. Mais peut-être aussi ont-ils regretté de n’avoir pas connu leur père...

 

De toute façon, les situations que je viens d’évoquer ont toujours été exceptionnelles. Mais aujourd’hui elles vont se répandre, car on va officialiser l’existence d’enfants sans père. Il s’agit de la possibilité donnée aux couples lesbiens, ou aux femmes célibataires, d’avoir un enfant au moyen de la Procréation Médicalement Assistée (PMA). Jusqu’ici ne pouvaient en bénéficier que les couples hétérosexuels stériles.

 

Je pense qu’il y a là une catastrophe anthropologique, car Père et Mère sont des rôles fonctionnels distincts, également nécessaires pour l’équilibre de l’enfant. Le premier incarne la Loi morale et sociale, et la seconde l’accueil inconditionnel, la compassion sans limite. L’enfant a besoin de ces deux pôles pour bien se construire. Si le premier disparaît, il est privé de son droit à recevoir une borne à tous ses caprices. Il importe donc de maintenir ce rôle structurant, comme l’a montré le pédopsychiatre Aldo Naouri dans un beau livre, Une place pour le père (Seuil « Points », 1999).

 

Le droit à l’enfant, dont se prévalent les tenantes de cette mesure, oublie le droit de l’enfant, qui est de recevoir précisément cette limite. Il y a dans leur démarche une grande légèreté. On ne « fait » pas un enfant comme on achète un objet ou un animal de compagnie. Il y faut plus de responsabilité.

 

Il y a aussi grand danger à enfreindre les processus naturels. La PMA proposée comme technique normale généralise ce que font depuis longtemps les éleveurs de bétail : pratiquement plus aucune bête n’est fécondée maintenant autrement que par insémination artificielle. Et à suivre cette voie, on se demande si des manipulations ne vont pas à terme se produire, et si on n’ira pas vers l’eugénisme, comme celui que mentionne Huxley dans son roman dystopique Le Meilleur des mondes. De toute façon, quand la mise en œuvre d’une technique est possible, aucun frein moral ne retient les hommes : on ne se prive jamais d’aller au maximum de ses possibilités.

 

Il est évident que les couples homosexuels masculins ne voudront pas être en reste, et vont demander à leur tour le même droit : on ira fatalement vers la Gestation Pour Autrui (GPA), qui est une instrumentalisation inadmissible du corps humain.

 

Je sais bien que vont se lever ici tous les « progressismes ». Il faut suivre l’état des mœurs, la pratique existe de toute façon dans d’autres pays, on n’a pas le droit d’essentialiser ainsi masculin et féminin, les rôles respectifs sont interchangeables, etc. – Je prévois tout cela, mais si mon époque se trompe, je ne vois pas pourquoi je devrais lui emboîter le pas !

 

 

Pour voir le contenu du livre, cliquer sur l'image

 

***

 

P.S. 1 - Voici un lien qui va vers une interview très instructive de la philosophe et féministe Sylviane Agacinski sur la PMA. Merci à Daniel Alexandre de l'avoir signalé. Cliquer : ici.

 

P.S. 2 - Pour voir la discussion de cet article dans le groupe Facebook du Protestantisme libéral (117 commentaires), cliquer : ici.

 

PS. 3 - Sur les rôles masculin et féminin dans l'éducation des enfants, voir :

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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