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6 octobre 2022 4 06 /10 /octobre /2022 01:00

Voici un article que j'ai publié dans Golias Hebdo en 2008, année de crise déjà, et qui est tout aussi bien actuel aujourd'hui, quand on parle de décroissance et de sobriété :

 

N

ous y sommes entrés depuis quelque temps, qu’elle soit financière, économique, et peut-être bientôt sociale.

 

On la redoute bien sûr, on cherche tous les moyens de la conjurer, mais s’est-on demandé ce qu’elle signifie ?

 

Le mot crise vient du mot grec krisis, qui veut dire : jugement. C’est le mot que le Nouveau Testament emploie pour signifier le Jugement dernier. Je n’ai qu’un goût médiocre pour cette perspective eschatologique. Je m’en tiendrai donc à l’étymologie seule : dans cette crise, n’est-ce pas toute notre civilisation qui se trouve jugée ? Et de quoi donc est-elle coupable ?

 

Elle a sans doute sacrifié à l’avidité quantitative, elle a oublié la parole terrible que Dieu, via l’évangéliste, adresse à l’homme qui a voulu amas­­­ser, thésauriser, ne pensant pas que le soir même il allait mourir : « Insensé, cette nuit même on te redemande ta vie, et ce que tu as préparé, qui donc l’aura ? » (Luc 12/20) Combien de précautions inutiles, si on y songe, dans toutes nos vies ! À quoi sert de devenir le plus riche du cimetière ? Un linceul n’a pas de poches...

 

De ce jugement il faudrait tirer une leçon. Il devrait être l’occasion de faire retour sur soi et de se découvrir, pour repartir sur d’autres bases. L’idéogramme chinois qui signifie crise signifie à la fois danger, et opportunité, occasion à saisir.

 

Sans doute faut-il relire ici certains de nos textes, et leur appel à une vie plus sobre, plus frugale. Prendre peut-être exemple sur ces oiseaux du ciel et ces lys des champs dont L’Évangile vante l’insou­ciance (Matthieu 6/24-34). Alors la menace du Jugement dernier disparaît : « En vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle ; il ne vient pas en  jugement, mais il est passé de la mort à la vie. » (Jean 5/24)

 

La vie éternelle ne nous attend donc pas après la mort, comme beaucoup le croient. – La question en fait n’est pas qu’il y ait une vie après la mort, mais qu’il y en ait une avant, je veux dire, une vraie vie, quelque chose qui mérite bien d’être appelé vie. Cet idéal de vie vivifiée, contre la mort spirituelle où nous mènent à la fois matérialisme, productivisme et consumérisme, est tout à fait à notre portée hic et nunc, ici et maintenant.

 

Alors nous quitterons ce monde sans âme, nous cesserons, selon le mot de Juvénal (Satire VIII), de perdre en faveur de la vie les raisons de vivre – Et propter vitam videndi perdere causas.

 

Mais pour cela il faut réagir dès aujourd’hui, et éventuellement lutter contre la tentation de revenir en arrière. Pour reprendre le mot de Brecht : « Si on se bat, on peut perdre ; mais si on ne se bat pas, on a déjà perdu ».

 

[v. Jugement]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 25 décembre 2008

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

 

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4 octobre 2022 2 04 /10 /octobre /2022 10:25

À

 la suite d’une demande de la fédération locale de la Libre pensée, le tribunal administratif de Nantes a décidé que la crèche de Noël, installée dans le bâtiment abritant le Conseil général de Vendée, était un « emblème religieux » incompatible avec le « principe de neutralité du service public ». Obligation a donc été faite de la faire disparaître.

 

Évidemment, on a assisté à une levée de boucliers de la part des traditionnalistes. Ainsi Philippe de Villiers s’est dit « outré, scandalisé» par cette décision qu’il a qualifiée de « totalitaire» : « La France est une terre chrétienne, cette décision relève d’un laïcisme mortifère qui viole nos traditions et nos coutumes » (Source : Le Figaro.fr, 03/12/2014).

 

Je suis personnellement tout à fait d’accord avec la décision du tribunal, et je pense à ce que pourraient dire, voyant une crèche dans un espace public, les juifs et les musulmans, pour qui elle ne signifie rien. « Deux poids, deux mesures », diraient-ils, et ils auraient raison.

 

Ensuite je conteste absolument la remarque de M. de Villiers à propos de la France « terre chrétienne » justifiant les crèches, car il confond « chrétien »  et « catholique ». Pour les catholiques seuls la crèche a du sens. En monde protestant, essentiellement iconoclaste, la crèche relève d’une idolâtrie dangereuse. Et même, si l’on allait jusqu’à prier devant elle, elle pourrait devenir objet de culte. Cessons donc de parler à son propos de « culture » comme le fait notre orateur scandalisé (« nos traditions et nos coutumes »). Car si le culturel est une chose, le cultuel en est une autre !

 

Une crèche a donc sa place évidemment dans une église, aussi dans un musée ou un local commercial où par exemple l’on vendrait des santons, mais pas dans un bâtiment public comme une mairie, un bureau de poste, une école publique, etc.

 

... Enfin, je dirai que la crèche ne dit rien du tout de ce qu’il en fut du Jésus historique, et surtout, ce qui me semble essentiel, de son message, de son enseignement. Elle participe du storytelling habituel des évangiles (l’âne et le bœuf même viennent des apocryphes), qui très souvent a recouvert l’évangile ou la bonne nouvelle du Christ (Evangelium Christi), par la bonne nouvelle au sujet du Christ (Evangelium de Christo).

 

Où est par exemple le Logos, la Parole, dans l’Enfant-Jésus, « enfant » signifiant précisément : « qui ne parle pas » ? Libre aux enfants de s’attendrir, loin de l’espace public bien sûr, devant ce Jesu bambino ou ce Bébé Cadum tout nu qui se tortille en tout sens. Mais ce n’est qu’un mythe, une fiction de plus.

 

[v. Biographie, Historicité]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 18 décembre 2014

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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2 octobre 2022 7 02 /10 /octobre /2022 01:00

C’est elle qui fait la personne, au point que celui qui en est privé se trouve totalement désarmé face à toutes les manipulations. Aujourd’hui, l’adhésion de beaucoup de citoyens russes aux thèses délirantes de Vladimir Poutine s’explique par le fait qu’il les a privés de réflexion sur la vraie histoire de leur pays. L’ONG Memorial qui pouvait les y conduire a en effet été dissoute à son initiative. Cette association avait pour but de faire toute la lumière sur la répression politique à travers l’histoire de l’URSS, notamment lors de la période stalinienne, et promouvoir la réhabilitation de ses victimes.

 

Ainsi la voie est-elle ouverte au président russe pour imposer sa vision révisionniste de l’Histoire, et par exemple modifier les manuels chargés de l’enseigner. Il a peur de ce que peut être une démocratie libérale et de l’influence qu’elle peut avoir dans son propre pays ainsi que chez ses voisins proches. Aussi peut-il dire que la Russie est en passe d’être « colonisée » par un Occident qu’il déteste. Sa croisade pour défendre les « bonnes mœurs » a même des échos en Occident même. La Hongrie, la Pologne sont déjà sensibles à son idéologie. Et aussi maintenant l’Italie, avec la victoire électorale du parti néo-fasciste Fratelli d’Italia. Bientôt peut-être l’Espagne, avec le parti d’extrême-droite Vox. On voit aussi les énormes progrès qu’a faits cette mouvance chez nous. Bref la construction poutinienne, comme un cheval de Troie, s’immisce un peu partout en surfant sur toutes les peurs identitaires et leur néophobie viscérale (la haine de toute chose nouvelle).

 

Ce sont surtout les citoyens âgés qui soutiennent le président de la Russie, par nostalgie de la supposée grandeur passée de l’URSS, privés qu’ils sont aujourd’hui de toute possibilité de la réévaluer à l’aune de la vraie Histoire. Les jeunes sont moins sensibles à cette propagande, et on voit bien, par refus massif qu’ils ont d’aller à la guerre, qu’une idéologie ne triomphe pas facilement de la peur de mourir. Finalement, il n’y a que d’eux que peut venir, directement ou indirectement, une solution à ce conflit.

 

L’homme meurt de l’amnésie. Sa vocation n’est pas d’être un voyageur sans bagage, et il y a un grand péril à vouloir comme dit l’Internationale, du passé faire table rase. Santayana avait bien raison, en affirmant : « Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre. »

 

D.R.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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