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15 mai 2021 6 15 /05 /mai /2021 13:49

Après mon dernier article consacré à l’athéisme chrétien (Golias Hebdo, n°674), l’idée m’est venue de le poster sur Internet, sur un forum intitulé Groupe de réflexion des Athées, Agnostiques et Libres Penseurs (lien). J’étais curieux de savoir quel écho il y recueillerait.

 

Finalement mal m’en a pris, car j’ai rencontré une opposition de la part des administrateurs. On m’a signifié qu’athéisme chrétien était un oxymore, et devant ma suggestion de le remplacer par « christianisme non théiste », qui effectivement était plus clair, on m’a dit qu’il y avait là un néologisme inutile. On n’a pas ressenti le besoin d’approfondir l’expression et de s’informer à son propos, comme je l’ai fait en signalant l’œuvre de Spong, et on a cru que par « théisme » je voulais dire « déisme ».

 

Plus radicale a été la réaction du deuxième administrateur. Il a regretté que mon post ait été accepté, car la recherche religieuse n’est pas admise dans le groupe : « Nous considérons, comme postulat, que ces affaires de positionnement métaphysique sont réglées avant d’entrer dans ce groupe. Cela nous évite de discuter du sexe des anges. »

 

J’ai répondu que cette position n’a rien à voir avec l’agnosticisme, mais tout avec l’athéisme militant et sectaire. On trompe donc sur la marchandise, ici sur l’intitulé du groupe. À l’évidence le mot « agnostique » où l’on voit une réponse définitive et close, alors qu’il est fait de questions, ne peut pas y figurer. D’autre part, la formule méprisante « discuter sur le sexe des anges » oublie que l’exploration informée du patrimoine religieux et spirituel est toujours un enrichissement anthropologique. On peut penser, comme je le fais, que ce patrimoine est une Littérature. Mais une Littérature, si elle peut être aliénante, peut être aussi instituante.

 

Enfin ce groupe est réservé à ceux qui pensent exactement comme les administrateurs : « Un groupe de réflexion sur Facebook ne peut pas être une agora démocratique. Ce sont les administrateurs qui décident du respect de la thématique, pas les membres. » Cette position comminatoire fait frissonner, en pensant à tout l’Internet où beaucoup de forums sont d’une même radicalité, et donc à l’état actuel des esprits et de la société. En toute rigueur le mot de « réflexion » et celui de « libres penseurs » n’ont pas leur place non plus dans l’intitulé de ce groupe. Il ne veut séduire et comme il dit « recruter » que les convaincus a priori, et non ceux qui sont en recherche et en désir d’approfondissement.

 

Cette ostracisation de toute recherche informée est un cas typique de Cancel culture.

 

Image postée sur le "Groupe de réflexion des Athées, Agnostiques et Libres Penseurs", avec en commentaire : "Ouste, du balai" ! - Cliquer sur l'image.

 

***

 

Pour voir la liste de tous mes ouvrages édités chez BoD et classés par thèmes, cliquer : ici.

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14 mai 2021 5 14 /05 /mai /2021 01:01

C’est le refus de croire en un Dieu extérieur et antérieur au monde, chargé de nous punir si on lui désobéit, et de nous récompenser dans le cas contraire, en vertu d’un contrat passé avec lui, basé sur un échange réciproque, un donnant-donnant. Dans le monde judéo-chrétien, il est signifié par le pacte du mont Sinaï, où Moïse reçoit les commandements de Dieu.

 

Si on pense que l’athéisme est le contraire d’une religion instituée, comme la chrétienne, on découvrira dans Wikipédia qu’il existe un athéisme chrétien (titre d’un article), comme aussi un athéisme juif.

 

Pour le premier, Jésus est un enseignant, un guide moral et un maître spirituel. En aucune façon il n’est un dieu, la seconde personne de la Trinité, comme l’ont affirmé les dogmes qui l’ont recouvert en l’instrumentalisant, après sa mort. Sans doute celui qui fut apparemment un rabbin marginal n’eût pas voulu de cette divinisation. Il s’est contenté de revivifier l’orthopraxie traditionnelle : « Pourquoi m’appelez-vous ‘Seigneur’, ‘Seigneur’, et ne faites-vous pas ce que je dis ? » (Luc 6/46)

 

Bien sûr son enseignement a été très vite recouvert par les valorisations toujours majorées de sa personne, visibles dans les textes mêmes qui se réclament de lui. Mais peu importe : sa voix personnelle était initialement subordonnée au message qu’il portait, qui est le plus important. Je dirais même alors, quitte à choquer, que son existence historique réelle n’importe guère. Ce qui compte est Une voix nommée Jésus, comme j’ai intitulé mon livre consacré à l’évangile selon Thomas (Dervy, 2010), et les changements que cette voix peut opérer en nous.

 

Pourquoi faire intervenir Dieu dans ces changements, sauf à maintenir l’homme dans une éternelle enfance, craignant le châtiment qui peut tomber sur lui, espérant l’écarter par sa soumission, et aspirant toujours à des récompenses et des bienfaits prodigués d’en-haut ? Cette vision du type carotte-bâton est aliénante, et de ce point de vue la divinisation de Jésus, loin d’être une libération, est une régression psychique.

 

Quand une automobile ne marche pas, il ne faut pas l’accabler de malédictions, mais ouvrir le capot et rechercher d’où vient la panne. Sinon on ajoute un nouveau malheur à un malheur, par une double peine. On peut voir la voix de Jésus comme celle d’un thérapeute, pour qui c’est bien assez que les hommes soient déjà punis par leurs errements, et non pas en plus punis pour eux.

 

D.R.

 

***

 

Ce texte est à paraître dans le journal Golias Hebdo. Vous pouvez voir des textes comparables dans les deux ouvrages suivants, formant une collection, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Les deux livres sont aussi disponibles sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

 

Chroniques religieuses
Théron, Michel
14,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont une sélection d'articles parus dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils concernent toujours directement ou indirectement des sujets ayant trait à la religion et à la spiritualité. Vu leur brièveté (deux pages), on peut en faire une lecture picorante et fragmentée. Ce livre n'est pas un traité systématique, mais un recueil familier permettant de petites méditations quotidiennes sur des sujets concrets.

Chroniques religieuses
Théron, Michel
16,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont une sélection d'articles parus dans un journal hebdomadaire. Souvent inspirés par l'actualité, ce qui les rend plus vivants, ils concernent toujours directement ou indirectement des sujets ayant trait à la religion et à la spiritualité. Vu leur brièveté (deux pages), on peut en faire une lecture picorante et fragmentée. Ce livre n'est pas un traité systématique, mais un recueil familier permettant de petites méditations quotidiennes sur des sujets concrets.

 

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Pour voir la liste de tous mes ouvrages édités chez BoD et classés par thèmes, cliquer : ici.

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12 mai 2021 3 12 /05 /mai /2021 01:01

L

es catholiques l’ont célébrée le dimanche 30 mai dernier. L’encyclopédie Wikipédia en garantit l’ancienneté, en disant que si le nom n’en apparaît pas dans le Nouveau Testament, « les notions qui constituent la doctrine trinitaire sont contenues dans les Écritures ».

 

Je me demande cependant où elle a pris cette idée de l’ancienneté scripturaire d’un seul Dieu en trois personnes, ou hypostases, égales en dignité. Il suffit de lire l’évangile de Jean, où pourtant Jésus a la plus haute stature : « Si vous m’ai­miez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père ; car le Père est  plus grand que moi. » (14/28) Même la fin du Prologue, où l’on voit souvent les prémisses de la doctrine trinitaire, mon­tre dans le Fils un simple interprète ou exégète du Père : « Dieu, personne ne l’a jamais vu ; le Fils unique, dirigé vers le sein du Père, nous l’expliqua (grec : exègèsato). » (1/18) Un exégète ne s’identifie pas à ce qu’il explique.

 

Certes, certains continuent de voir dans le texte johannique lui-même des formulations prétrinitaires. Mais c’est à tort il me semble. Ainsi une phrase comme : « Moi et le Père nous som­mes un » (10/30) peut signifier simplement : « Notre cause est la même ». Ce n’est pas encore la consubstantialité Fils / Père telle qu’elle sera affirmée plus tard au concile de Nicée, en 325.

 

Quant à l’Esprit, il ne vient à l’origine que du Père seul : « Quand sera venu le consolateur, que je vous enverrai de la part du Père, l’Esprit de vérité, qui vient du Père, il rendra témoignage de moi. » (Jean 15/26) Mais l’Occident latin a dit, au mépris de la formulation scripturaire initiale, qu’il procédait aussi du Fils (Filioque) : ce fut là une des raisons au 11e siècle de sa séparation avec l’Église orthodoxe.

 

Ce sont les différents conciles qui ont au fil des siècles élaboré la notion de Trinité. Cette constatation ne déstabilisera chez nous aucun catholique, car on lui a enseigné que la révélation est progressive, et que ces conciles ont été inspirés par le Saint-Esprit.

 

Mais les protestants, qui s’en tiennent à la seule écriture (sola scriptura), ont de quoi ici être perplexes. Aussi y a-t-il chez eux des partisans d’une christologie non nicéenne, arienne par exemple, ou adoptienne, ou bien encore des unitariens, partisans de la seule monarchie divine, et donc refusant la Trinité.

 

Cependant, un bref regard sur l’histoire montre que beaucoup de tous ces conciles invoqués par l’Insti­tution se sont anathématisés entre eux. L’Esprit souffle où il veut, certes : mais aussi dans tous les sens.

 

On peut admettre aussi que la révélation soit progressive. Mais pourquoi, au mépris de ce principe en soi fort louable, l’Église dit-elle maintenant qu’elle est définitivement close ? Sauf à penser évidemment qu’elle en est seule dépositaire, et que l’enjeu ici est celui de son pouvoir.

17 juin 2010

 

D.R.

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Ce texte est paru en son temps dans le journal Golias Hebdo. Il figure maintenant, avec d'autres textes comparables, dans le premier des deux ouvrages suivants, formant une collection, dont on peut feuilleter le début (Lire un extrait), et qu'on peut acheter sur le site de l'éditeur (Vers la librairie BoD). Les deux livres sont aussi disponibles sur commande en librairie, ou sur les sites de vente en ligne.

 

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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