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29 janvier 2023 7 29 /01 /janvier /2023 02:00

J

e veux ici en faire l’éloge, en une époque où la vitesse est la valeur suprême. Nous venons de connaître les derniers Jeux Olympiques d’été : mais que signifie vraiment courir le cent mètres en moins de dix secondes ? Combien d’animaux, le jaguar ou le guépard par exemple, font beaucoup mieux ! Pourtant les hommes continuent à railler la tortue ou l’escargot : qui osera en faire son animal mascotte ?

 

Eh bien, c’est mon cas. Il faut apprendre la lenteur, qui permet une grande concentration sur tout ce que l’on fait, et donne au moindre de nos actes poids et densité. Ainsi marcher nous permet de mieux voir le paysage autour de nous que d’utiliser automobile ou avion. Chaque chose mérite que nous jetions sur elle un regard charitable : nous devenons ainsi, par l’attention que nous leur portons, un sauveur de phénomènes.

 

Cela est évident de l’artiste, bien sûr, mais aussi de chacun de nous. Soyons contemplatifs, suivons les conseils de John Cowper Powys dans son Apologie des sens.

 

Jésus aussi préfère Marie la contemplative à Marthe l’active (Luc 10/38-42). S’agiter frénétiquement en tout sens ne mène à rien, sinon à s’oublier et à se détourner de soi-même.

 

Et même si notre destin nous donne celui de Marthe, d’épousseter et de balayer, il faut faire cela avec concentration et lenteur. Chaque geste alors, même le plus banal, peut acquérir poids, densité. « Dieu est présent, disait sainte Thérèse d’Avila, jusqu’au fond des casseroles. » Dans le bouddhisme zen, on peut trouver l’illumination, le satori, dans la plus humble de nos tâches : rencontrer Bouddha et soi-même le devenir, simplement en balayant la cour.

 

Pour que le moindre de nos gestes s’auréole d’infini, il nous faut l’accomplir en lui accordant le maximum d’attention. Il faut être, comme on l’est dans la méditation, dans un état de pleine conscience (mindfulness).

 

Un proverbe latin dit : Age quod agis, c’est-à-dire : « Fais ce que tu fais ». Comprenez ici l’antanaclase, le miroitement de sens sur le verbe : fais effectivement ce que tu fais, et que tu fais souvent machinalement en pensant à autre chose, c’est-à-dire détourné de toi-même.

 

Le marcheur au walkman : il ne fait bien ni une chose ni une autre, ni marcher ni écouter de la musique. Il est toujours ailleurs, décentré et démembré, alors que concentré sur ce qu’il fait il pourrait au contraire être unifié et présent à l’ins­tant, au hic et nunc, à l’ici et maintenant. Et ce cadeau, ce présent du présent sur lequel insistent toutes les sagesses et spiritualités du monde, seule la lenteur peut nous le donner.

 

[v. Acceptation]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 30 août 2012

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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25 janvier 2023 3 25 /01 /janvier /2023 02:00

Elle est interdite dans un pays démocratique, où on n’a pas le droit de se faire justice soi-même. Si l’on subit un dommage, de quelque nature que ce soit, il faut en appeler à la police, puis à la justice. Et il est heureux que soit nécessaire la présence de ces intermédiaires, car sinon on serait dans un état de non-droit, où seule régnerait la violence et la loi du plus fort, comme dans l’ancien far-west américain.

 

C’est à quoi j’ai pensé en apprenant que la Fédération CGT des mines et de l’énergie (FNME-CGT) a menacé, lundi 16 janvier d’avoir recours à des coupures ciblées contre les élus favorables au projet du gouvernement sur les retraites. « On va s’occuper d’eux. On va aller les voir dans leurs permanences, on va aller discuter avec eux, et puis si d’aventure ils ne comprennent pas le monde du travail on les ciblera dans les coupures qu’on saura organiser », a assuré le secrétaire général, Sébastien Menesplier (Source : huffingtonpost.fr, 19/01/2023.

 

Et dans le même esprit Philippe Martinez sur le plateau de Télématin a exprimé son envie de « couper l’électricité des beaux châteaux de milliardaires ». « Ça serait bien qu’on leur coupe l’électricité pour qu’ils puissent se mettre dans la peau quelques jours des millions de foyers français qui sont en précarité énergétique » (même source)

 

Ces intentions de riposte par ciblage individuel me semblent procéder simplement d’un désir de vengeance, passant au-dessus de toutes les lois en vigueur dans un pays démocratique. Qu’on me comprenne bien : je ne mets absolument pas en question le droit de grève, conquis de haute lutte par les travailleurs, et qu’il faut préserver jalousement. Simplement il doit s’opposer à un « ennemi » général (entreprise, état), et non à des citoyens particuliers. Si on veut couper l’électricité il faut le faire à tout le monde, dans le cadre de la loi, ou bien à personne.

 

On assiste là à une pathologie classique du régime démocratique, ce qu’on appelle l’invidia democratica, la haine démocratique. Basée sur le ressentiment contre des particuliers, elle court-circuite les institutions et toutes ces instances intermédiaires inventées précisément pour empêcher la vengeance individuelle.

 

Il semble d’ailleurs que Philippe Martinez soit revenu sur ce qu’a dit la CGT-Énergie, puisqu’il a dit à son propos : « C’était plus un symbole qu’une véritable menace. Ce n’est pas dans nos habitudes de faire ça, c’était pour exprimer une véritable colère. » (même source) Allons, péché avoué est à moitié pardonné...

D.R.

 

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21 janvier 2023 6 21 /01 /janvier /2023 02:00

O

n l’oppose à la réalité, conçue de façon factuelle et historique. Mais la question est plus complexe.

 

   Soit le cas des trois religions abrahamiques. La version des communautés religieuses constituées est souvent littérale. Ainsi pour les juifs Moïse a-t-il reçu de Dieu les Dix Paroles sur le mont Sinaï. Pour les chrétiens, Marie a conçu son Fils du Saint-Esprit. Et pour les musulmans l’Ange Gabriel a dicté le Coran à Mahomet. Très vite ces affirmations sont devenues vérités de foi, relevant du dogme. Toutes enquêtes historiques sur elles ont été interdites, et même le sont encore pour certains, ce qui bloque évidemment toute possibilité de dialogue avec les autres confessions-sœurs.

 

Il est sûr cependant qu’une légende peut avoir plus de poids et de résonance dans le cœur des hommes que des faits réels. Ainsi La Chanson de Roland s’est imposée chez nous comme mythe de référence (combat des Français contre les Maures), alors que le fait qui l’a inspiré, qui nous est narré par Éginhard, ne fait état que d’une escarmouche, une embuscade tendue à l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne par des Bas­ques (chrétiens donc, et non musulmans).

 

On voit bien cette différence disproportionnée entre les faits et la légende, qui se fait toujours au profit de cette dernière, dans le film de John Ford : L’Homme qui tua Liberty Valance. Ou encore dans le western de Clint Eastwood Impitoyable,  qui déconstruit la fiction du Far West.

 

D’autre part, si on peut voir après enquête des épisodes fondateurs des religions comme légendaires, cela ne veut pas dire qu’ils n’ont rien à nous apprendre. Ainsi les Dix Paroles sous-tendent notre culture, même si ce n’est pas Moïse qui les a entendues, et même s’il peut être un personnage inventé.

 

L’Annonce faite à Marie, même si la parthénogénèse est impossible, a un profond sens symbolique, touchant par exemple la paternité : le Père n’est pas le géniteur biologique, c’est celui qui, tel Joseph, adopte son enfant et décide de l’élever. [v. Paternité]

 

Quant au Coran, qu’il ait été l’œuvre non pas de Mahomet sous la dictée de Gabriel, mais d’un moine judéo-chrétien ébionite, comme certains chercheurs le disent, est fort intéressant. L’islam vient sans doute du judéo-christianisme des origines, persécuté et refoulé vers l’Orient par le christianisme paulinien devenu majoritaire.

 

Dès lors, il n’y a aucune raison pour que les trois religions en question se disputent : juifs et musulmans peuvent s’entendre sur l’essentiel, le monothéisme strict. Et les chrétiens, découvrant d’autres façons de voir leur tradition que celle qu’on leur a enseignées, seraient eux-mêmes poussés à la tolérance.

 

Encore faut-il accepter l’enquête, qui n’est pas démystificatrice, mais permet l’approfondisse­ment. Au fond, une légende doit être interprétée symboliquement, et  nous renvoie à l’étymologie stricte de ce mot : ce qu’il faut savoir lire.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 29 novembre 2012

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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