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22 juillet 2024 1 22 /07 /juillet /2024 01:01

Le désir qu’on en éprouve semble ne pas avoir de limites, et s’accompagne d’un énorme aveuglement. Ainsi beaucoup d’agriculteurs protestent contre l’interdiction programmée chez nous d’utiliser le glyphosate, un pesticide fortement suspecté d’être cancérigène, et aussi de perturber le système endocrinien. Ils ne voient pas la contradiction où ils se trouvent : d’une part vouloir persister à utiliser un produit dangereux, au motif qu’il est effectivement très efficace, et de l’autre le fait qu’ils en sont potentiellement, eux-mêmes et leurs proches, les victimes. D’ailleurs il vient d’y avoir dans le Bordelais une manifestation contre ce produit des ouvriers agricoles qui, eux, n’ont pas le choix de l’utiliser. Sans parler des pétitions que le grand public a lancées en faveur de l’interdiction.

 

Cet aveuglement laisse rêveur. Ainsi on raisonne à très courte vue. On ne voit que l’intérêt immédiat, sans se préoccuper du lendemain. L’intérêt financier à court terme passe avant le souci de la santé sur le long terme. Comme dit le vieux proverbe : Auri sacra fames !  (Maudit soit l’amour de l’or !).

 

Ce qui fait un homme est l’idée d’anticipation, de prévoyance. Les animaux, pour autant que nous puissions le savoir d’après leur comportement, vivent dans le seul présent. Ils ne diffèrent pas une satisfaction immédiate au profit d’un avantage escompté pour l’avenir. Seul l’homme peut le faire. Il est une différence différante.

 

« Quand les sauvages de la Louisiane veulent avoir du fruit, ils coupent l'arbre au pied, et cueillent le fruit. » Cette remarque de Montesquieu dans l’Esprit des Lois (V, 12) dit exactement ce qui se passe dans notre cas. Mais il me semble qu’elle peut s’appliquer à bien d’autres circonstances et comportements visibles aujourd’hui : on n’anticipe plus, on jouit du seul présent, et on ne pense pas au lendemain qui peut être catastrophique. Si toute civilisation, comme disait Valéry, est perspective, le sens du futur, essentiel pour la définir, disparaît. Aussi meurt-elle, quand ainsi on lâche la proie pour l’ombre.

 

Article paru dans Golias Hebdo, 19 octobre 2017

 

D.R.

D.R.

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20 juillet 2024 6 20 /07 /juillet /2024 01:01

Elle peut aller avec la plus grande logique. « Le fou, disait Chesterton, est celui qui a tout perdu, sauf la raison ». Il raisonne très bien en effet, mais à partir de bases ou de principes en eux-mêmes absurdes et parfois très dangereux.

 

 

C’est à quoi j’ai pensé en apprenant que les États-Unis ont mis leur veto, au Conseil de sécurité de l’ONU, à une résolution visant à condamner le viol utilisé comme arme de guerre. La raison ? Admettre cette résolution est admettre aussi qu’il faut venir en aide aux victimes de ces crimes, et leur donner, par exemple, la possibilité d’avorter. Or le président états-unien est radicalement contre l’avortement (Source : LeMonde.fr, 23/04/2019).

 

 

Par là il a été tout à fait logique dans son veto, eu égard à ses principes. Mais il a été stupide, et aussi en l’espèce criminel, de les professer. Car que penser de la vie future d’un enfant issu d’un viol ? Comment sa mère l’aimera-t-elle ? Et même à la base, que dire de la sacralisation inconditionnelle de la vie ? Sans parler de l’importance de sa qualité, on peut remarquer que sa prolifération même peut être dangereuse, au point parfois de mener à la mort. C’est le cas des cellules tumorales, par exemple, qui se multiplient de façon non régulée, et ne peuvent accomplir leur suicide normalement programmé, leur apoptose.

 

 

En vérité, en cette matière comme en bien d’autres, les grands principes doivent être laissés de côté. Lao-Tseu écrit au début de son Tao-te-King : « La Voie vraiment voie n’est pas une voie constante. Les termes vraiment termes ne sont pas des termes constants. » Et chez nous, la grande intelligence des Jésuites est d’avoir compris que les grandes questions vitales sont affaire de contexte, qui est toujours changeant : c’est cette fameuse casuistique, que Pascal dans ses Provinciales a critiquée avec latent, mais sans profondeur. Il n’y a pas, en matière morale, d’« impératif catégorique » pour reprendre l’expression kantienne. Tout n’y est qu’hypothétique. Péguy l’a bien souligné : « Kant a les mains pures, mais il n’a pas de mains. »

 

 

Sans doute le président états-unien ne comprendrait-il pas grand-chose à ces considérations. Il est prisonnier d’une vision religieuse normative et figée, propre d’un esprit psychorigide. Il doit tenir compte aussi de son électorat, qui partage cette vision. Il reste malgré tout que sa folle décision est objectivement monstrueuse.

 

[v. Cruauté]

Article  paru dans Golias Hebdo, 16 mai 2019

 

Gustave Courbet, "Le Fou" - D.R.

***

Ce texte est extrait de mon dernier recueil d'articles Petite philosophie de l'Insolite. L'ouvrage est disponible en deux formats, papier et livre électronique (E-Book). On peut en feuilleter le début en cliquant ci-dessous sur : Lire un extrait. On peut le commander sur le site de l'éditeur en cliquant sur : Vers la librairie BoD. Il est aussi disponible sur commande en librairie et sur les sites de vente en ligne.

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

 

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18 juillet 2024 4 18 /07 /juillet /2024 01:00

U

n groupe salafiste a appelé les musulmans à ne pas manger de tomates, car il s’agit d’un « aliment chrétien ».

 

Il a publié sur Internet une photo de tomate coupée en deux, révélant un cœur en forme de croix, assortie du message suivant : « Manger des tomates est interdit parce que les tomates sont chrétiennes. [La tomate] loue la croix au lieu d’Allah et dit qu’Allah est trois [en référence à la Trinité]… Si vous ne diffusez pas ce message, sachez que c’est le diable qui vous en a empêché. » (Source : Courrier international, 26 juin 2012)

 

Cependant, devant le besoin d’éclaircis­se­ments en provenance des internautes, le groupe a été obligé de préciser que c’était moins le fait de manger des tomates qui était prohibé, que celui de les couper de façon qu’on y voie la forme de la croix (version anglaise du précédent article).

 

En effet, la croix est visible si l’on coupe la tomate transversalement, et non pas longitudinalement, comme je viens d’en faire l’essai sur la table de ma cuisine.

 

... Assurément donc il faut admirer l’ingé­niosité de la remarque, l’acuité de l’obser­vation. Les plus grands esprits se sont de tout temps appliqués à trouver du sens, de l’intention, ou un dessein, une finalité, dans tout ce que nous voyons. Louons par conséquent l’intelligence de Berdardin de Saint-Pierre, qui dans ses Harmonies de la nature remarque avec la plus grande perspicacité que le melon a des tranches pour être mangé en famille, et la citrouille, étant plus grande, pour être mangée avec les voisins. De même, la puce est noire pour être bien vue sur un drap blanc, les piments sont rouges, de la couleur du danger, pour nous prévenir du péril de leur ingestion excessive, et les chiens sont ordinairement de plusieurs couleurs, pour éviter qu’on ne les confonde avec celle des meubles sur lesquels ils peuvent se poser. La mouche a six pattes, de façon à ce que, lorsqu’elle en frotte deux l’une sur l’autre, elle puisse reposer en équilibre sur les quatre restantes. Le pis de la vache a plusieurs tétines, de façon qu’elle puisse nous donner de son lait, en plus de celui qu’elle donne à son veau. Les fruits mous, que leur chute écraserait, sont portés près du sol par les arbres, et c’est l’inverse pour les fruits durs, qui n’ont rien à craindre de leur chute...

 

Comme le dit aussi La Fontaine dans Le Gland et la Citrouille, Dieu fait bien ce qu’il fait, et il faut féliciter les plus éminents théologiens d’être là pour nous le rappeler.

 

Certes il y a bien des mauvais esprits pour nous dire qu’on ne voit dans ces choses que ce que l’on y désire voir, tel l’hérétique Spinoza : « Ce qu’on appelle finalité n’est rien d’autre que le désir humain voulant rendre compte des choses. » Mais il faut assurément brûler l’Éthique, et son auteur, et tous ces insensés mécréants qui nient les signes et avertissements de Dieu.

 

[v. Création, Complotisme]

 

Article paru dans Golias Hebdo, 9 août 2012

 

D.R.

***

 

Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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