La Presse souligne à maintes reprises celle qui caractérise l’actuel maître du Kremlin. Retranché dans un bunker, dans la crainte constante d’un coup d’état, se méfiant de tout et de tous, n’admettant pas même que portent des armes ceux qui l’entourent ou sont chargés de le protéger, il vit coupé de la réalité. (Source : ladepeche.fr, 07/05/2026)
Qu’un souverain ou haut dirigeant d’un pays puisse connaître la même situation, c’est ce que montrent depuis toujours l’Histoire et la Littérature. On sait l’exemple des dernières années de Staline, qui vivait dans la crainte permanente d’être assassiné. Et on peut citer aussi, chez Shakespeare, le cas de Macbeth, qui une fois son crime accompli ne peut plus dormir : « Macbeth a tué le sommeil ! » (II, 2)
La crainte de la mort (thanatophobie) existe certes en tout homme qui réfléchit un peu. Mais chez l’être ordinaire elle n’est qu’épisodique, elle ne recouvre et n’oblitère pas de façon obsessionnelle l’ensemble de ses activités. Au contraire, quand elle est envahissante, l’être en devient l’otage, et voit partout ce qui pourrait la justifier. Elle porte à son point extrême l’inquiétude. On connaît déjà celle d’être dévalisé, qui elle aussi chasse le sommeil et voit des ennemis partout, illustrée par La Fontaine dans Le Savetier et le Financier (Fables VIII, 2). La peur de mourir ne présente avec elle qu’une différence de degré, non de nature.
La personnalité de Vladimir Poutine est celle d’un psychorigide persuadé d’avoir raison dans sa politique impérialiste, voulant reconstruire la feue URSS, et par-delà la Grande Russie éternelle. Au nom de ce mythe passéiste, il n’admet aucune contradiction, aucune dissidence. En fait cette incapacité à admettre les changements dans le cours de l’Histoire, dont les évolutions sont toujours aléatoires et imprévisibles, est sûrement chez lui un signe de faiblesse. Il a peur du nouveau, il est néophobe. Et comme il a peur, il fait peur aux autres.
Et pourquoi maintenant lui-même a-t-il peur de mourir, à son âge par exemple, alors qu’il envoie sans cesse à la mort des milliers de ses concitoyens dans leur prime jeunesse ? Il y a là un contraste choquant, une insupportable contradiction que pareillement La Fontaine a pointée dans sa fable La Mort et le Mourant : « Le plus semblable aux morts meurt le plus à regret. » (ibid. VIII, 1)
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Michel Théron