Un ancien article (26 août 2022)
Le milliardaire Elon Musk, qui vient d’acheter Twitter, a tweeté à cette occasion : « L’oiseau est libéré » En défenseur de la liberté d’expression, il veut assouplir la modération des contenus. On redoute alors que la plateforme puisse accueillir désormais les opinions les plus folles, violentes et complotistes comprises. Par exemple Donald Trump, qui en a été banni, pourrait y faire son retour.
Elon Musk est un libertarien, il pense qu’aucune limite ne doit être imposée à la liberté individuelle. Mais c’est ce postulat qui pose problème : autant la liberté de chacun est extrêmement précieuse dans bien des cas, autant elle est dangereuse dans certains autres, et nécessite une régulation. À l’évidence, si on laisse se répandre sans filtre toutes les opinions sur Internet, on verra très vite s’y déverser colère, haine, agressivité : coups de langue, coups de lance. Et cette violence finira par descendre dans la rue, comme cela s’est passé avec les partisans fanatisés de Donald Trump. La fin de la civilité engendre la guerre civile.
Cette vision d’une liberté absolue est constitutive de la mentalité anglo-saxonne. Le droit y est différent du nôtre. Ainsi on peut tester comme on veut aux États-Unis, comme Tocqueville l’avait déjà remarqué. Mais pas chez nous : on ne peut déshériter ses enfants, qui doivent être défendus. Comme si l’homme avait besoin d’être protégé contre lui-même, contre des décisions irréfléchies.
La vision libertarienne ignore le péché originel. Nous le devons à saint Augustin, qui s’est opposé à Pélage. Le premier voyait dans l’homme un fonds de malignité, que le second niait. Mais c’est le premier qui a triomphé. Pour Jung par exemple, l’affirmation du péché originel fut un événement décisif dans la constitution de la psyché occidentale.
N’y pas croire, comme à une restriction nécessaire en certains cas de la liberté, mène à de graves problèmes. En économie par exemple, le libéralisme non contrôlé aboutit au « renard libre dans le poulailler libre ». Et de façon générale, l’angélisme de cette position peut mener à des catastrophes. Il y a dans l’homme du diabolique, et la plus grande ruse du Diable est de nous faire croire qu’il n’existe pas. On l’a vu au siècle dernier, et on le voit encore dans les conflits de celui-ci. « À force de nier le Diable, disait Jung, nous avons ouvert toutes grandes les portes de l’Enfer. »
Article paru dans Golias Hebdo, 10 novembre 2022
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Michel Théron