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23 janvier 2015 5 23 /01 /janvier /2015 23:01
Le Misanthrope confondu (illustration)

Le Misanthrope confondu (illustration)

 

 & (Marges du Livre)

 

Le Misanthrope confondu

 

– Donc tu n’aimes pas les hommes, et pour toi c’est comme s’ils n’étaient pas. Véritablement tu ne les vois pas. N’est-ce pas vrai ?

– Si. Et je crois bien que j’ai raison…

– Le crois-tu vraiment ? Et d’abord qu’est-ce qui te déplaît en eux ?

– À peu près tout. Leur hypocrisie, leur lâcheté, leurs abandons, leurs reniements… Au fond, je pense à ce sage antique, qui non plus ne les aimait pas. Ce philosophe cynique… Ce…

– Diogène ?

– C’est ça. Il se promenait dans Athènes avec à la main, en plein jour, une lanterne allumée. Et sais-tu ce qu’il disait ?

– « Je cherche un homme ! »

– Exactement. Il voulait dire qu’il cherchait quelqu’un qui fût digne du nom d’homme. Et il n’en trouvait pas.

– Mais lui il regardait les autres, il les scrutait. Et toi tu ne les vois même pas. Vis-à-vis d’eux, littéralement tu es aveugle.

– C’est vrai. Mais comment faire autrement ?

– Peut-être pourrais-tu essayer de les voir, non tels que tu les imagines en les condamnant ainsi, mais tels qu’ils sont. Ne peux-tu faire un effort ?

– Soit, j’essaie…

– Et alors ?

– C’est encore bien flou. Mais maintenant c’est un peu différent. J’aperçois les hommes, mais j’en vois comme des arbres, et qui marchent.

– C’est normal. Tu ne peux tout voir clairement d’un coup. Tu dois t’habituer petit à petit. Progressivement. C’est une longue tâche, après s’en être éloigné, de revenir vers eux. Sois patient !

– Soit, c’est bien pour te faire plaisir…

– Songe qu’il y a dans l’homme autant à admirer qu’à mépriser. Tes contemporains te déçoivent, et cela je le comprends bien moi-même. Mais ce n’est pas une raison pour t’en désocialiser. Si j’étais un médecin, ou bien un romancier, je chercherais s’il n’y a pas quelque chose dans ton passé qui expliquerait le refus que tu fais de leur compagnie. Mais je m’en tiendrai là : foin d’inventions ! – Sois maintenant objectif. Ne peux-tu les voir autrement ? Regarde-les fixement… Est-ce pareil ?

– Pas tout à fait. Je les vois autrement. Il me semble maintenant que je vois tout distinctement.

– Et comment expliques-tu cela ?

– Je ne sais trop. C’est si brutal ! En tout cas il y a si longtemps que je n’ai parlé avec quiconque ! Tu m’as pris la main, et tous deux nous avons parlé : je te sais gré d’avoir ménagé ce tête-à-tête. Nous nous sommes éloignés des autres, et je suis heureux qu’aucun témoin ne nous ait entendus.

– On a si vite fait de parler de miracle ! Mais tu vois qu’à la différence de ce qu’on croit et dit, un changement, si complet soit-il, ne vient que petit à petit. C’est une question d’accoutumance…

– Me voilà bien embarrassé. Qu’est-ce qu’ils vont dire de mon nouvel état ?

– Surtout ne le chante pas sur les toits. Sois prudent. Reviens simplement chez toi. Reviens à toi, à ton toi profond. Tu as changé, c’est sûr, au fond de toi. Mais ne te vante pas de ce qui t’est arrivé. C’est bien assez que cela se soit produit. Les plus grandes choses se suffisent à elles-mêmes, et on les détruit si on les claironne.

***

 

Marc, 8/22-26 : Ils se rendirent à Bethsaïda ; et on amena vers Jésus un aveugle, qu’on le pria de toucher. Il prit l’aveugle par la main, et le conduisit hors du village ; puis il lui mit de la salive sur les yeux, lui imposa les mains, et lui demanda s’il voyait quelque chose. Il regarda, et dit : ‘J’aperçois les hommes, mais j’en vois comme des arbres, et qui marchent.’  Jésus lui mit de nouveau les mains sur les yeux; et, quand l’aveugle regarda fixement, il fut guéri, et vit tout distinctement. Alors Jésus le renvoya dans sa maison, en disant : ‘N’entre pas au village.’

       

 


 

→ Ce texte dont je vous donne la primeur fera partie du tome 2 de À l'ombre de la Bible. Le tome 1, qui comprend des textes du même genre accompagnés de dessins qui les illustrent, est disponible à la vente. D'un prix très modique, il peut être acheté et/ou offert. Vous pouvez en lire un extrait : Genèse d'un fasciste.

 

A l'ombre de la Bible, couverture définitive, recto

 

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28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 23:01

 


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 & (Marges du Livre)

 

Tentation

 

– Moi. J’ai toujours aimé les bibliothèques, qui, une fois désertée l’église, furent pour moi les nouveaux temples. Et tous ces ouvrages bien rangés, des livres saints. Et tous leurs auteurs, des inspirés d’un dieu auquel je ne croyais plus. Prendre ma place auprès d’eux était mon rêve.

– Lui. Et autrement, est-ce que tu as vécu, est-ce que maintenant tu vis ?

– Moi. Pas vraiment. Mais cela a si peu d’importance !

– Lui. En es-tu si sûr, toi homme de papier, ivre de livres ?

– Moi. Mais que leur reproches-tu ?

– Lui. Ils sont la mort des arbres. Quel gaspillage !

– Moi. Mais laisser de soi quelque chose, un nom par exemple ? L’ajouter peut-être à ceux qu’on admire ?

– Lui. Plonge ton doigt dans la mer, et regarde le trou…

– Moi. Même les escargots laissent derrière eux une trace brillante !

– Lui. Quel rêve absurde, et quelle dérision ! Mais regarde donc les gens vivre, sentir, jouir ! Il faut éprouver dans son corps, au plus profond de toutes ses fibres, la grande pulsation de la Vie, et y adhérer ! Sens le sable chaud sous tes pieds nus ! Toi tu n’es qu’un fantôme, une ombre. Ne lâche pas la proie pour elle. Écrie-toi devant la beauté des choses !

– Moi. Mais à s’écrier je préfère s’écrire. Il n’y a qu’une inversion à faire…

– Lui. Fadaises ! Écrivain : écrit vain !

– Moi. Comme tu y vas ! Il me semble pourtant que l’écriture donne aux choses un poids et une densité qu’elles n’ont pas dans la vie.

– Lui. C’est un catéchisme et il est faux : le sang d’encre n’est pas le vrai sang. Et puis, regarde toutes tes hésitations. Littérature, dis-tu ? Tu lis tes ratures, rien de plus. Et infiniment tu y perds ton temps et ta substance.

– Moi. Qui donc es-tu, pour vouloir ainsi me décourager ? Aquoibonniste, tu ricanes, tu détruis, tu brouilles et embrouilles, et préfères le non au oui.

– Lui. Tu viens de me définir, et aussi bien tu connais le grec…

– Moi. Peut-être celui qui sépare, qui désunit : le Diable ?   

– Lui. Exactement. Mais d’une autre façon aussi quelqu’un d’autre…

– Moi. Qui donc ?

– Lui. Tout simplement une partie de toi, une voix en toi. Maintenant, excuse-moi. Je dois te quitter. Mais nous nous reverrons…


 

***

 

Luc 4/13 : Après l’avoir tenté de toutes ces manières, le Diable s’éloigna de lui jusqu’à un moment favorable.

 


 

→ Ce texte dont je vous donne la primeur fera partie du tome 2 de À l'ombre de la Bible. Le tome 1, qui comprend des textes du même genre accompagnés de dessins qui les illustrent, est disponible à la vente. D'un prix très modique, il peut être offert pour Noël. Vous pouvez en lire un extrait : Genèse d'un fasciste.

 

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14 novembre 2014 5 14 /11 /novembre /2014 23:01

 & (Marges du Livre)

 

Comme c’est pas permis…

 

Tous ces visages, entrevus, de loin, de près peu importe, mais toujours fuis, pourquoi ? Parce qu’à les voir ils font mal. Beaux ils sont sans aucun doute, mais beaux comme c’est pas permis…

 

J’ai vu, je vois, j’imagine… un pur ovale entouré de cheveux blonds et soyeux, mi-longs ou longs… des yeux bleus ou verts, en tout cas clairs, rêveurs il semble… et doux… ne pouvant faire de mal sans doute, mais en faisant tant en me déchirant… Les brunes sont piquantes, certes, attirantes, enflammantes peut-être, mais elles n’ont pas cette douceur qui tue, sans rémission. Aucun désir physique en moi ne se lèvera de ce fin visage, pas plus qu’à regarder les visages féminins de Botticelli. Féminins dis-je, mais plutôt androgynes. Angéliques. C’est cela qui sidère, et fait mourir : on est bien au-delà du sexe. Le désir n’est jamais que le regret de l’étoile, de la sidérale rencontre. Astre désastre. Ici c’est bien l’âme qui est touchée, et non le corps.

 

Et surtout cette jeunesse… Elle surpasse tout. Bien sûr elle disparaîtra un jour. Le visage meurtrier se creusera de rides. Cela je le sais. Mais cela ne change rien. C’est maintenant que je meurs de le voir. Pourquoi ? Parce que lui perdu ou éloigné, je devrai survivre. Et je mènerai mon deuil comme à l’habitude, ma décomposition. On ne se fait pas vieux, on se défait.

 

L’aile d’un Ange m’a effleuré, m’a blessé. J’en suis demeuré boiteux, comme Jacob. Anéanti, comme Sémélé. Dévoré, comme Actéon. Tous ils ont vu le dieu, et l’ont bien payé. – Pauvre professeur, voici que tu te consoles par ces souvenirs ! Mais non, bien plutôt tu les vis, et tu n’as qu’eux pour refuge, tes pauvres livres. Protège-toi des visages, n’arpente pas les rues de la ville le nez au vent, rase les murs. À tout instant tu peux rencontrer ta Méduse. Ferme les yeux, regarde ailleurs.

 

Si je lui parle, que dira-telle ? Peut-être rien qui vaille. Mais son visage, sa beauté parlent pour elle. Que disent-ils ?

 

– Tu ne peux me voir et vivre…

 

Va donc où te portent tes pas. Je me contenterai de te voir de dos, t’éloignant petit à petit. Visage glorieux comme c’est pas permis, pars et laisse périr le passant soucieux…

 

***

 

Exode 33/18  Moïse dit : ‘Fais-moi voir ta gloire!’

20-23  Le Seigneur dit : ‘Tu ne pourras pas voir ma face, car l’homme ne peut me voir et vivre.’ Le Seigneur dit : ‘Voici un lieu près de moi ; tu te tiendras sur le rocher. Quand ma gloire passera, je te mettrai dans un creux du rocher, et je te couvrirai de ma main jusqu’à ce que j’aie passé. Et lorsque je retournerai ma main, tu me verras par derrière, mais ma face ne pourra pas être vue.’

 

 

Dessin électronique de Stéphane Pahon

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***

 

 

Voir d'autres textes de ce type dans :

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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