Pour ceux qui se demandent en quoi consiste véritablement l'apport de l'IA, et si elle remplacera, pour la réflexion sur les idées, les textes personnels et incarnés, un bon exercice à faire serait de comparer les deux textes suivants :
I / Texte généré par l'lA.
Question : Peux-tu générer un texte de 2500 signes environ sur le thème Gouverner par la peur ?
Réponse (ChatGPT - 08/11/2025) : Gouverner par la peur : enjeux et conséquences
Le recours à la peur comme instrument de gouvernance est un phénomène ancien et récurrent dans l’histoire des sociétés. Pour les dirigeants, semer la peur peut apparaître comme une stratégie efficace pour maintenir le contrôle et l’ordre. Cependant, cette méthode soulève des interrogations profondes sur la nature même du pouvoir et de la légitimité.
D’un point de vue théorique, Machiavel, dans “Le Prince”, plaide en faveur de la crainte comme outil de domination, arguant qu’il vaut mieux être craint que aimé. Cette conception machiavélique atteste que la peur a le potentiel de forger une autorité solide, capable de dissuader les comportements déviants. Cependant, cette stratégie ne sans effet collatéraux. En cultivant une atmosphère de crainte, le pouvoir engendre un climat de méfiance, où la coopération et le dialogue s’érodent peu à peu.
La peur peut aussi susciter un consensus momentané, permettant aux gouvernants de justifier des mesures drastiques, notamment en période de crise. Qu’il s’agisse de menaces terroristes, de pandémies ou de crises économiques, les dirigeants qui utilisent la peur peuvent facilement imposer des restrictions sur les libertés individuelles sous couvert de sécurité. Cela peut conduire à l’acceptation silencieuse de dérives autoritaires, où la population, obsédée par l’urgence de la situation, oublie souvent d’exiger la transparence et la justice.
Cependant, gouverner par la peur est une stratégie à court terme, souvent vouée à l’échec à long terme. Les sociétés qui vivent dans un climat de peur sont souvent plus vulnérables à la désobéissance civile. L’histoire regorge d’exemples où un régime oppressif, en jouant sur les peurs collectives, a suscité une indignation croissante, provoquant finalement leur chute. La révolte, alimentée par une peur plus grande encore de la tyrannie, remet en question la stabilité du pouvoir en place.
Outre les conséquences politiques, gouverner par la peur a également des effets psychologiques sur les individus. La peur continuelle engendre une société malade, affectée par le stress, l’anxiété et le désespoir. La capacité d’innovation et de créativité, essentielles au progrès, s’étiole, laissant place à une conformité morbide. Les citoyens, paralysés par la terreur, deviennent de simples sujets, perdant leur voix et leur capacité d’agir.
Face à cette réalité, il est impératif de réfléchir aux alternatives à une gouvernance basée sur la peur. Des approches axées sur le respect, le dialogue et la participation citoyenne peuvent permettre de bâtir des fondations plus solides pour une société justifiée et légitime. Les gouvernants devraient privilégier la transparence et la confiance, favorisant un environnement où la peur est remplacée par la solidarité et l’engagement civique.
En somme, bien que gouverner par la peur semble être une méthode efficace à court terme, les conséquences à long terme sont destructrices. Pour une société épanouie et durable, il est nécessaire de s’engager sur la voie de la paix, de l’empathie et de la coopération. Seul un tel changement pourra véritablement garantir une gouvernance légitime, en adéquation avec les aspirations des individus et la dignité humaine.
II / Un de mes articles, écrit sans consultation de l'IA, paru dans Golias Hebdo, et publié sur mon blog le 12/04/2025 (lien)
Je viens de lire chez Machiavel une excellente maxime, très profonde dans son laconisme : « Gouverner, c’est faire croire ». Rien que cela, mais c’est essentiel. À cette fin, il faut par exemple créer des récits, fabriquer du story telling ou comme on dit maintenant du narratif, toutes fictions auxquelles le peuple doit accorder crédit, faisant ainsi confiance à celui qui les émet. L’important n’est pas la vérité de ces constructions, mais leur capacité à emporter l’adhésion, à être acceptables par les citoyens. Comme ces derniers sont aisément influençables et manipulables, il faut, pour les diriger et s’assurer de l’emprise qu’on désire avoir sur eux, posséder les canaux d’opinion, comme les media, les réseaux sociaux, etc. Le publicitaire Bernays l’avait bien vu, dès 1928, dans son ouvrage Propaganda – Comment manipuler l’opinion en démocratie – un livre dont le cynisme est égal à celui de Machiavel.
Le gouvernant apparaît donc comme un gourou, qui maraboute littéralement ses sujets. Il les hypnotise par une rhétorique flatteuse, des éléments de langage qui correspondent à ce qu’ils attendent et sont disposés à recevoir : on prend les hommes comme les lapins, par les oreilles.
Maintenant, quand la séduction ne suffit pas, une autre possibilité s’offre aux dirigeants : l’arme de la peur qu’ils peuvent inspirer. Là encore Machiavel a tout dit : « Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes. »
La peur très souvent n’est pas rationnellement motivée et objectivement justifiable. C’est une projection que l’on fait, par exemple, sur celui dont on pense qu’il mérite de la susciter. À partir de là, on peut étendre un pouvoir sans limite sur toute une collectivité prisonnière de sa peur. Par exemple, dans Knock de Jules Romains, le médecin éponyme, charlatan manipulateur, asservit tout un canton en s’appuyant sur l’hypochondrie naturelle des gens, leur peur d’être malades. Une fois instillée dans leur âme, elle crée un état de sidération paralysante, les condamne à dépendre totalement de celui qui l’exploite, à se livrer entre ses mains. Ce phénomène est immémorial, et doit nous alerter, pour que nous en tirions leçon. En fait, très souvent dans nos vies, ce dont il faudrait avoir peur, c’est de la peur elle-même.
Crédulité et peur se voient aujourd’hui réunies dans ce qui se passe aux États-Unis d’Amérique.
III/ Pistes de réflexion.
L'IA est irréprochable pour instantanément "recracher" ce qu'on lui a appris par la fréquentation d'un très grand nombre de sources. Le résultat est complet comme peut l'être un article d'encyclopédie. Mais ce savoir reste général, impersonnel et abstrait. Seules les grandes "cases" nous en sont données.
Mon article à l'inverse, même s'il n'est pas complet, par les citations et les exemples qu'il fournit incarne ce savoir, le personnalise et le rend plus vivant. Il remplit (ponctuellement) les grandes cases fournies par l'IA.
Volontairement je ne dis rien de son style et de son expression. Je laisse le lecteur s'en faire une idée.
Conclusion - L'IA ne peut pas remplacer l'actualisation concrète et la réflexion personnelle. Si on veut l'utiliser, il faut s'approprier et faire vivre ce qu'elle nous fournit.
Le blog de
Michel Théron