Le dernier numéro du Point, en date du 2 avril 2026, est consacré à l’enrichissement personnel de Donald Trump depuis qu’il est au pouvoir. Il s’intitule Le Grand braquage, et fait état de délits d’initiés boursiers, dont il aurait bénéficié avec ses proches. Il s’agit de manipulations de cours, opérées entre la fuite d’une mesure connue d’un petit nombre seulement, et sa notification publique. Dans l’intervalle beaucoup de profits auraient été réalisés par ceux qui avaient pu être informés de l’opération. Concernant le Président, sa fortune se serait accrue de plus d’un milliard de dollars. Bien sûr il n’y a encore pour ces profits illicites que des présomptions, et non des preuves. Mais la vraisemblance de la chose pousse d’ores et déjà certains représentants au Congrès à réclamer sa destitution.
Cette façon facile de gagner de l’argent en boursicotant fait écho au succès actuel des plateformes de paris en ligne, type celle de Polymarket, interdite en France, mais très populaire aux États-Unis, où tout peut faire l’objet d’un pari, comme par exemple les changements géopolitiques. Il est possible aux internautes de miser sur un changement de régime en Iran, ou sur une invasion terrestre par l’armée américaine, etc. Le contenu du pari, ses implications humaines, la réalité effective de la guerre, importe peu. L’ensemble est complètement dépolitisé, comme dans certaines tâches dévolues à l’IA qui exonèrent l’homme du fardeau de sa responsabilité. Ce qui compte est le résultat vu d’un point de vue formel, le gain obtenu, en espèces sonnantes et trébuchantes. Ainsi un internaute qui n’avait jamais parié a-t-il gagné sur Polymarket 430.000 dollars en pariant sur l’arrestation de Nicolas Maduro au Venezuela en janvier dernier, suscitant beaucoup de doutes sur la régularité d’une telle opération (source : bfmtv.com, 05/01/2026).
Auri sacra fames – Détestable faim de l’or. On en sait depuis l’Antiquité les conséquences néfastes. De toute façon l’argent ne se mange pas, comme le montre l’histoire de Midas. Et à quoi sert de devenir le plus riche du cimetière ? C’est là un pur mirage. Un linceul n’a pas de poches.
Mais on a beau le savoir, on agit tout autrement, et depuis toujours. Écoutons (sans illusion) le sage La Fontaine, dans Le Cerf malade (Fables, XII, 6) : « Ô temps, ô mœurs ! J’ai beau crier / Tout le monde se fait payer. »
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Michel Théron