Marine Tondelier, présidente des Écologistes, a souhaité dans un article de son blog l’apparition d’une loi pour interdire le mensonge en politique. Elle a précisé qu’elle visait seulement les « mensonges factuels et délibérés », avec « intention de tromper ». Ils entraîneraient l’inéligibilité de ceux qui s’en rendraient coupables. (20minutes.fr, 04/09/2026)
La première réaction qui vient à l’esprit est que, si cette loi est votée et appliquée, il n’y aura tout simplement plus d’hommes politiques en France. Bien leur sert aujourd’hui de n’avoir pas, s’ils mentent, le nez qui s’allonge, comme celui de Pinocchio.
Plus sérieusement, le vœu de l’écologiste me semble assez naïf, et procéder d’une vision passablement angélique de la nature humaine. Tout d’abord comment prouvera-t-on qu’un mensonge est proféré de façon comme elle dit « intentionnelle » et « délibérée » ? Son auteur peut toujours parler de sa bonne foi, de l’ignorance où il était de la qualité mensongère de ce qu’il a dit lorsqu’il l’a dit. J’entends bien qu’elle veut par une telle loi dénoncer à quels abus de fake news peut conduire la liberté d’expression (free speech). Mais inversement elle risque, dans le cas où la loi se révèlerait difficile à appliquer, d’être accusée d’une forme de police de la pensée, de nature totalitaire.
Enfin cela m’est ici l’occasion de perler du mensonge en général. Son appréciation peut être fort complexe. La plupart du temps on le critique, et on valorise son contraire, la franchise. Mais cette vision est un peu courte. Il y a des mensonges qu’on dit justement pieux. On peut tuer quelqu’un en ne lui mentant pas : les médecins sont dans ce cas, quand ils manquent de finesse psychologique pour dévoiler au malade le pronostic qu’ils font de sa maladie. Il y a aussi le mensonge par omission, bien charitable souvent, car sans lui aucune vie sociale n’est possible. Peut-être au fond suffit-il dans la vie de penser ce que l’on dit, sans dire tout ce qu’on pense.
Le mensonge ne peut pas dans l’existence relever d’une règle simple, et on ne peut avoir ici une vision tranchée, manichéenne. Pascal disait bien que la vraie morale se moque de la morale. Tout est affaire de circonstance, de situation. Un corpus de règles figées (l’impératif catégorique kantien) est pratiquement inefficace. Souvenons-nous du mot de Péguy : Kant a les mains pures, mais il n’a pas de mains.
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Le blog de
Michel Théron