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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 00:00
Le christianisme en questions

Le christianisme en questions

Question : Qu’apportent les variantes dans l’étude des textes juifs et chrétiens ?

  
Réponse : Elles complexifient la pensée, non pas pour l’égarer, mais pour l’enrichir

 

On a vu à la question précédente que la Septante était la traduction d’une version du texte hébreu, d’autres sans doute existant au même moment. Mais peut-être les soixante-dix rabbins ont-ils déjà eu sous les yeux plusieurs textes, entre lesquels il leur a fallu choisir. Ou bien peut-être ont-ils hésité eux-mêmes quant à la façon de rendre un seul texte, ce que montrent des variantes dans leur travail.

 

Je ne prendrai qu’un exemple, celui de Job 2/9. Frappé injustement par Dieu, qui veut éprouver sa foi, Job ne comprend pas ce qui lui arrive. Sa femme lui dit alors : « ‘Tu demeures  ferme dans ton intégrité ! Maudis Dieu, et meurs !’ » (traduction TOB) Or la Septante a pour ce verset pas moins de 5 versions, dont la dernière est : « Adresse quelque parole au Seigneur et meurs ! ». Ces différentes versions montrent, de façon très significative, une grande hésitation de la part des rédacteurs de LXX. On notera que dans la dernière « maudire » a disparu, et que « Dieu » est remplacé par « le Seigneur ». La première désignation ou figure de « Dieu » (Élohim) est en effet volontiers plus majestueuse et très souvent menaçante, et la seconde, « le Seigneur », qui calque Adonaï, prononcé à la place du tétragramme IHVH, est plus proche de l’homme, plus « dialoguante » avec lui.

 

La Vulgate au contraire a ici : « Bénis Dieu et meurs ! » (Benedic Deo et morere). Les commentateurs s’accordent à dire que le terme hébreu est « bénir », mais que par « euphémisme » disent-ils, en réalité par antiphrase, cette expression « bénir » peut signifier par ironie son exact contraire – ce que la traduction de Jérôme, en l’état, ne fait pas sentir. En tout cas, on voit que LXX, dans ses 5 versions du passage, a considérablement hésité. Et ces hésitations sont fort fécondes pour l’esprit. Lorsqu’on est frappé par l’épreuve, faut-il maudire Dieu, ou parler avec le Seigneur ? Ici le choix, l’alternative enrichissent plus que la simple injonction unique.

 

Toute réflexion sur une religion doit partir, de mon point de vue (je suis littéraire, et non pas historien ou sociologue), d’une enquête sur le texte dont elle se réclame, et des différentes interprétations que ce texte permet. Or ce texte étant dès l’origine et par nature divers, multiple, les interprétations le sont aussi. Et l’éventail des possibles ainsi découverts nous donne de l’humain, de sa psyché, une vision beaucoup plus complexe et ouverte, plus proche de nous, que si un seul texte nous est donné comme bloc unique, à prendre tel quel, immuable et sans variante, ne varietur.

 

Cette ouverture est possible pour les religions du Livre, mais plus pour les universitaires et chercheurs indépendants, que pour ce qui est du culte : la synagogue ne connaît que le texte massorétique, la liturgie juive ignore la LXX, que seule reconnaît, comme susdit, l’église chrétienne orthodoxe. Telle autre communauté chrétienne ne reconnaîtra que tel manuscrit, à l’exclusion des autres. Quant à la mosquée, elle ne connaît que ce qu’on appelle « la « vulgate othmanienne », c’est-à-dire la version canonique et définitive du Coran établie sur l’ordre du calife Othman (644-656), qui, une fois celle-ci établie, ordonna que l’on détruisît tous les autres versions qui avaient pu être utilisés pour l’établissement du texte. Bref, il faut remercier les esprits libres, qui vont regarder ailleurs que dans les seuls textes reçus, et nous ouvrent l’esprit.

 

Au fond, seuls sont désorientés et égarés ceux qui veulent se ranger à un texte unique, par frilosité et peur d’interpréter personnellement : ils préfèrent être rassurés et guidés. Mais ceux qui explorent, quand ils peuvent y avoir accès, le champ extrêmement grand des variantes du texte en sortent considérablement enrichis d’un point de vue humain.

 

A suivre...

 

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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