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31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 18:25

 

 

¨(Extraits de mes ouvrages)

Voici deux extraits du tome 2 de ma Théologie buissonnière (Golias, 2010), tirés de l'article Espérance. Ordinairement on en fait l'éloge : elle est même une vertu cardinale du chrétien. Mais ici j'en souligne les dangers, et défends l'adhésion à l'ici et maintenant (hic et nunc), ce que prônent aussi toutes les traditions spirituelles du monde :

  


Et si au fond, cette espérance, notre plus précieux viatique, ne pouvait-elle être aussi notre plus grande ennemie ? Ne nous empêche-t-elle pas souvent de goûter l’instant présent, la plénitude de l’ici et maintenant, du hic et nunc ?

Il y a chez Sénèque un raisonnement paradoxal, mais à y bien réfléchir fort pertinent. « Tu cesseras de craindre, dit-il à Lucilius, lorsque tu cesseras d’espérer. C’est en effet la crainte qui suit l’espérance (spem metus sequitur), car les deux états relèvent d’un cœur mal établi en lui-même et agité par l’attente du futur. La cause de ces deux affections est que nous ne nous attachons pas à ce qui est là maintenant (non ad praesentia aptamur), mais nous projetons nos pensées dans le lointain (cogitationes in longinqua promittimus), à la différence des animaux par exemple, qui n’habitent que le moment présent. » Pensez au chat par exemple, animal magique, sacré chez les Égyptiens : il n’est aussi fascinant sans doute que parce qu’il n’habite que l’instant. « C’est ainsi, dit Sénèque, que la pensée du futur ou la prévoyance (providentia), souverain bien de la condition humaine, s’est tournée en mal. » Autrement dit l’espérance est comme la langue d’Ésope : la meilleure et la pire des choses. Si donc l’avenir nous occupe (dans l’anticipation), et si le passé nous retient (dans la mémoire), il n’est pas étonnant que le présent nous échappe. Et Sénèque conclut : « Personne n’est misérable en demeurant dans le seul moment présent » – Nemo tantum praesentibus miser est (Ad Lucilium, 5/7-9).

C’est un raisonnement imparable il me semble, et d’un très grand intérêt spirituel... (pp.90-91)

 

... Dans chacune de nos journées, si pauvres et si décevantes soient-elles, figure au moins un événement premier : le moment magique et transperçant du crépuscule, où rayonnent réellement pour nous des splendeurs depuis toujours connues, celles de notre vraie patrie. Intérieurs et extérieurs, tout se transfigure. Il y a là une richesse incommensurable à contempler, qui balance, si on sait vraiment la voir, toutes les projections d’avenir que nous pourrions faire. « Nous commençons toujours notre vie sur un crépuscule admirable. Tout ce qui nous aidera, plus tard, à nous dégager de nos déconvenues s'assemble autour de nos premiers pas », dit René Char dans Commune présence (1964). Pourquoi en effet se préoccuper de la fin, si l’essentiel est dans le commencement ? – v. Temps / Éternité*.

Dans cette vision de toute façon attente et espérance n'ont plus lieu d’être, puisqu’une fois faits la conversion, le changement de regard ou la metanoïa, tout est donné, offert à la saisie ici et maintenant (hic et nunc) : « Ses disciples lui dirent : ‘Le Royaume, quel jour viendra-t-il ?’ – Il ne provient pas d’une attente. On ne dira pas : Voici il est ici ! ou Voilà il est là ! Mais le royaume du Père s’étend sur la terre et les hommes ne le voient pas.’ » (Évangile selon Thomas, 113) Voyez aussi ibid. log. 51 : « Ce que vous attendez est venu, mais vous ne le connaissez pas. » – Ne dit-on pas familièrement chez nous qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras ?  (pp. 94-95 – fin de l'article)

 

© Michel Théron - 2010 


 

 Couverture de Théologie buissonnière, tome 2

 

Pour voir la quatrième de couverture, cliquer ici.

Pour voir la présentation sur le site de l'éditeur, cliquer ici.

 

 


→ Ce texte peut éclairer les trois photographies avec poèmes :

 

Où mène le chemin...

Du chemin de demain...

Tant de beauté... 

 

→ Voir aussi : Théologie buissonnière : Espérance, et : L'objectivation, fondement de toute spiritualité.

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commentaires

clovis simard 14/06/2011 13:44


Bonjour,

Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

La Page No-14, THÉORÈME DU TACHYON

VIVRE L'INSTANT PRÉSENT ! C'EST MATHÉMATIQUE ?

Cordialement

Clovis Simard


anarchieduchrist 13/01/2011 16:38


" Ce que vous attendez est venu mais ...vous ne le connaissez pas ! "
Merci, Michel pour ce bijou d article!


michel.theron.over-blog.fr 14/01/2011 23:28



Chère Farida,


merci pour votre merci. Je vois que nous sommes proches l'un de l'autre, sous l'égide de la gnose éternelle...


Amitiés. Michel



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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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