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12 août 2021 4 12 /08 /août /2021 01:01

E

lle est nécessaire, selon l’Église catholique, pour que le mariage soit valable. À Viterbo, en Italie, deux fiancés, âgés de 25 et 26 ans, devaient se marier. Mais un mois avant la célébration, un grave accident de la route priva le jeune homme de l’usage de ses jambes. Dès lors l’évêque du lieu annula la cérémonie, au motif d’« impuissance copulative », une des « raisons dirimantes » exprimées dans le droit canon, qui fonde le mariage sur l’acte sexuel opéré en vue de la procréation des enfants. (Source : site de L’Express, 11/06/2008).

 

Je ne sais si depuis la paralysie et l’impuis­sance du jeune homme ont pu disparaître, et si l’interdiction de l’évêque a pu être levée. Mais ce fait me semble significatif d’une position ecclésiale inflexible, qui n’est pas propre d’ailleurs au catholicisme.

 

Or de quoi se mêlent les religions en l’espèce ? D’abord subordonner l’amour à la seule sexualité réalisée est le réduire bien souvent. Il peut exister un amour non sexuel. Les partisans de la Fin’amor, au Moyen-âge, cherchaient souvent dans l’épreuve de la chasteté volontaire un moyen de sublimer les pulsions par quoi l’homme tient de l’animal. Pensons aussi aux Condormants, qui à la même époque s’essayaient au « martyre blanc », épreuve consistant à coucher avec un partenaire de l’autre sexe pour vérifier si l’on était capable de garder la continence. Ou pensons encore, dans un autre contexte, au syneisaktisme des Pères du Désert, forme d’ascèse consistant en la cohabitation chaste avec une personne de sexe différent, dans le but de surmonter ses tentations charnelles.

 

Là est l’essence de tout l’amour courtois, qu’il ne faut pas balayer d’un revers de main, pas plus que l’amour dit « platonique ». Et d’ailleurs, l’Église elle-même ne fait-elle pas l’éloge de la virginité, avec son culte marial ?

 

– En second lieu, subordonner la sexualité à la reproduction de l’espèce, c’est ravaler l’homme précisément au rang des animaux, chez lesquels ce lien est constant. Mais l’homme a disjoint sexe et reproduction, en inventant l’érotisme, qui est précisément sa spécificité. L’enjeu est le plaisir qu’on peut se donner mutuellement, qu’il serait bien barbare de vouloir refuser à ces pauvres êtres promis à la mort que nous sommes, durant notre bref passage sur cette terre.

 

Certes l’Église se contente de refuser l’« im­puis­sance copulative », et ne va pas jusqu’à considérer, comme « raison dirimante » d’annula­tion d’un mariage, la stérilité. Mais le judaïsme orthodoxe voit dans cette dernière un motif de divorce, comme il se voit dans le film Kadosh, d’Amos Gitaï. Et on ne se demande même pas si elle ne vient pas de l’homme, dont on ne peut faire le sper­mogramme, depuis la condamnation biblique du péché d’Onan…

 

Laissons donc les interdits religieux où ils sont, et simplement ayons pitié de nous-mêmes ! [v. Obligation]

 

16 août 2012

 

D.R.

***

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Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

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commentaires

T
Mes très faibles compétences m'interdisent de pousser plus avant la discussion. Je m'interroge tout de même sur le fait que Marie a bien un statut, sinon une vie, d'épouse; il eût été plus clair - si je puis dire - de faire d'elle une jeune fille, ce qui eût rendu encore plus fort, mais d'une autre manière, le caractère divin de la naissance.
Répondre
T
Cafouillage mal venu: il faut supprimer toute la partie finale, de Mariage sans la chair à la fin. Je suis confus. Amitiés
Répondre
T
Ce sont là, autour d'un noyau commun, plusieurs questions qui sont soulevées. Dans le désordre:
- le culte marial et l'éloge de la virginité. N'oublions pas que la Mère de Jésus est mariée et a donc, on peut le supposer, une vie sexuelle, parlons clair. Ce qui donne sens à la façon dont le Christ "passe par elle". Laissons la virginité valeur sociale où elle est (ou: était).
- l'amour courtois. Il s'agit de littérature, ce qui est à la fois considérable et restrictif. La femme louée est souvent socialement inaccessible; si elle ne l'est pas, l'abstention sexuelle, ou sa restriction, est un raffinement amoureux
- les Condormants, les Pères du désert, Robert d'Arbrissel, sont des hommes d'église; ou voués à Dieu, leur proximité physique voulue limitée à la femme peut par ailleurs être une façon d'exorciser une peur fort négative et déséquilibrante.

Il n'empêche que la décision séchement administrative que tu évoques est, comme souvent dans la bureaucratie vaticane, consternante. Qu'en serait-il treize ans après ?
.



Mariage sans la chair ; n'est -il pas condamné ?
Culte virginal. C'est une femme mariée, par ailleurs
Fin amor. C'est littéraire: vient contrebalancer la brutalité des rapports avec les femmes; c'est aussi un raffinement
Arbrissel : il s'agit d'hommes d'église; exorciser une peur maladive de la femme ?:
Répondre
W
Sur "le culte marial et l'éloge de la virginité". Marie répond à l'Ange lors de l'Annonciation : "Comment cela peut-il se faire, puisque je ne connais pas d'homme ?" Le grec a : ou gignoskô, un présent, et non un aoriste. En somme : "Mon état est de ne pas connaître d'homme", ou bien (trad. Maredsous) : Je ne veux pas connaître d'homme."

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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