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24 décembre 2021 5 24 /12 /décembre /2021 02:01

U

ne maison d’édition argentine vient de lancer sur le marché une nouvelle forme de livre, le livre effaçable, c’est-à-dire dont l’encre disparaît deux mois après son ouverture.

 

Le compte à rebours débute lorsque le film plastique protecteur qui entoure le livre est retiré. Mise au contact de l’air et de la lumière, l’encre perd de son intensité. Au bout de soixante jours, elle n’est plus visible. La page devient toute blanche. Le livre peut alors servir de cahier, de bloc-notes, de journal intime. Beaucoup de clients paraissent satisfaits de cette innovation (Source : Challenges.fr, 21/08/2012).

 

On connaît l’obsolescence programmée qui caractérise la majorité des produits que nous achetons aujourd’hui. Alors qu’au milieu du siècle dernier encore on achetait un produit fait pour durer, et qui en cas de panne était appelé à être réparé, maintenant les ingénieurs concevant les produits sont sommés par le fabriquant de réaliser exprès, et j’imagine souvent à contrecœur, un produit à durée définie, et qu’il vaut mieux changer que réparer.

 

Évidemment c’est le marketing qui l’emporte sur le savoir-faire technique : il faut alimenter à tout prix la consommation. Nous sommes une civilisation de l’éphémère et du jetable, comme Alvin Toffler l’a montré dans Le Choc du futur (1970). Psychologiquement, l’homme moderne n’a d’autre existence que celle du présent : sa vie est punctiforme et pulvérisée.

 

C’est d’autant plus grave dans cette apparition du livre effaçable. Par nature, un livre est appelé à durer, à être le compagnon de toute une vie. Je pense même que les livres les plus importants ne sont pas ceux que l’on lit, mais ceux que l’on relit, que l’on annote aussi et qu’ainsi on fait siens.

 

Le livre effaçable remplira les poches des éditeurs, mais videra la tête des lecteurs, par l’absen­ce de mémorisation qu’il implique. À ce compte-là, engagés en si bon chemin, pourquoi ne pas faire des livres comestibles, qu’on mangerait après les avoir lus, version littérale des Nourritures terrestres ? Ézéchiel a bien mangé le livre de la Parole avant de prophétiser (chap. 3, v.1-4), et à sa suite Jean a fait de même selon l’Apo­ca­lypse (chap.10, v. 9-10) !

 

On a bien essayé le DVD lisible une seule fois (même source que précédemment), et même les balles écologiques, qui se dégradent naturellement après avoir effectué leur tâche meurtrière (vendues sur le site Airgun Depot). Magnifique invention ! Elles tuent, mais heureusement ensuite elles sont biodégradables...

 

Assurément imagination et folie humaines n’ont pas de limites…

 

[v. Absurdité, Cruauté]

 

> Article paru dans Golias Hebdo, 6 septembre 2012

 

D.R.

 

***

Cet article est extrait du livre suivant :

Petite philosophie de l'Insolite
Théron, Michel
17,00Livre papier
Lire un extrait

DESCRIPTION

Les textes composant cet ouvrage sont tous parus, sous leur forme initiale, dans un journal hebdomadaire. Ils concernent des sujets d'actualité étranges, bizarres, insolites, souvent amusants, mais se prêtant toujours à un commentaire philosophique. Ils peuvent servir de points de départ pour la réflexion individuelle du lecteur, mais aussi ils peuvent alimenter des débats thématiques collectifs (cours scolaires, cafés-philo, réunions de réflexion...).

 

***

 

> Pour voir tous mes livres édités chez BoD, cliquer : ici.

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commentaires

E
vous rappelez vous ce film ? https://youtu.be/4y9NtHlJvbY
Répondre
E
minute 1:38 " This tape will self-destruct in 5 seconds..." le document autodestructible dans la série culte "mission impossible"
W
Non, Emma, je ne vois pas. Merci tout de même de m'avoir communiqué ce lien. Bonne année à vous. M.
T
Je réagis à tes deux articles (je n'ai pris connaissance du premier que tout récemment).
Tu as sans doute noté que l'animal jetable est très tendance.
A l'opposé, mais en apparence seulement, l'animal compagnon privilégié, substitut, joujou, doudou, etc., est en plein essor, dans une époque qui littéralement s'abêtit, et bêtifie jusqu'à parler des droits de l'animal (il n'y a pas de droit sans devoir, par contrat).
Répondre
W
"Il n'y a pas de droit sans devoir, par contrat." - Tu as tout à fait raison, et aujourd'hui, même chez les humains, on ne parle souvent que de droits, sans évoquer les devoirs qui leur sont nécessairement liés.

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  • www.michel-theron.fr
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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