C’est elle qui fait la personne, au point que celui qui en est privé se trouve totalement désarmé face à toutes les manipulations. Aujourd’hui, l’adhésion de beaucoup de citoyens russes aux thèses délirantes de Vladimir Poutine s’explique par le fait qu’il les a privés de réflexion sur la vraie histoire de leur pays. L’ONG Memorial qui pouvait les y conduire a en effet été dissoute à son initiative. Cette association avait pour but de faire toute la lumière sur la répression politique à travers l’histoire de l’URSS, notamment lors de la période stalinienne, et promouvoir la réhabilitation de ses victimes.
Ainsi la voie est-elle ouverte au président russe pour imposer sa vision révisionniste de l’Histoire, et par exemple modifier les manuels chargés de l’enseigner. Il a peur de ce que peut être une démocratie libérale et de l’influence qu’elle peut avoir dans son propre pays ainsi que chez ses voisins proches. Aussi peut-il dire que la Russie est en passe d’être « colonisée » par un Occident qu’il déteste. Sa croisade pour défendre les « bonnes mœurs » a même des échos en Occident même. La Hongrie, la Pologne sont déjà sensibles à son idéologie. Et aussi maintenant l’Italie, avec la victoire électorale du parti néo-fasciste Fratelli d’Italia. Bientôt peut-être l’Espagne, avec le parti d’extrême-droite Vox. On voit aussi les énormes progrès qu’a faits cette mouvance chez nous. Bref la construction poutinienne, comme un cheval de Troie, s’immisce un peu partout en surfant sur toutes les peurs identitaires et leur néophobie viscérale (la haine de toute chose nouvelle).
Ce sont surtout les citoyens âgés qui soutiennent le président de la Russie, par nostalgie de la supposée grandeur passée de l’URSS, privés qu’ils sont aujourd’hui de toute possibilité de la réévaluer à l’aune de la vraie Histoire. Les jeunes sont moins sensibles à cette propagande, et on voit bien, par refus massif qu’ils ont d’aller à la guerre, qu’une idéologie ne triomphe pas facilement de la peur de mourir. Finalement, il n’y a que d’eux que peut venir, directement ou indirectement, une solution à ce conflit.
L’homme meurt de l’amnésie. Sa vocation n’est pas d’être un voyageur sans bagage, et il y a un grand péril à vouloir comme dit l’Internationale, du passé faire table rase. Santayana avait bien raison, en affirmant : « Ceux qui ne se souviennent pas du passé sont condamnés à le revivre. »
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