C’est la destruction de ce qui fait la substance intime, la personnalité profonde d’un être. Sans repères antérieurs au moi actuel à quoi se rattacher il est une coquille vide, un voyageur sans bagage. Mais on peut paradoxalement être heureux d’être ainsi désorbité, débarrassé d’un passé pesant. On le voit au moyen de deux exemples, différents mais procédant du même esprit.
D’abord celui d’Elon Musk qui a créé pour ses enfants une école nouvelle, baptisée Ad Astra (Vers les Étoiles), où on n’apprendra plus les langues étrangères, le milliardaire partant du principe que cette barrière sera bientôt d’un autre âge grâce aux progrès de la traduction automatique. (Source : usbeketrica.com, 26/06/2018)
Certes ce choix peut obéir à des nécessités pratiques, pour permettre une communication élémentaire entre les individus. Mais il ne faut pas oublier que tous les mots d’une langue ne sont pas de simples signes utilitaires, mais sont chargés d’histoire et véhiculent des contenus culturels, toujours accessibles et partageables entre les locuteurs. Parler c’est se mettre à l’écoute de ce que les mots peuvent nous dire si l’on fait attention à eux. Si je dis moon, ce mot a passé par Shakespeare. Si je dis lune, ce mot a passé par Verlaine. L’ignorer par un parti-pris brutal et barbare de ce type est un vrai signe de déculturation.
Second exemple. C’est folie que de négliger l’héritage de ceux qui ont pensé avant nous, et dont les conseils peuvent nous prévenir de nos emballements irréfléchis. C’est dans ce travers qu’est tombé le président états-unien, lorsqu’il a déclaré au New York Times, à propos de sa politique : « Ma propre morale, c’est la seule chose qui peut m’arrêter. Je n’ai pas besoin du droit international. » (Source : lesechos.fr, 09/01/2026)
Autrement dit, peu m’importe de connaître en matière de règles morales ce que d’autres ont pu penser et dire avant moi. Je ne relève que de moi-même, de mon propre tribunal. On appréciera l’orgueil démesuré, l’hybris de ce langage.
Et de même, chez celui qui le tient le comportement. L’amnésie pour lui est devenue un principe d’action. Dans toutes les opérations de prédation planétaire où il s’engage, l’histoire n’est jamais convoquée. En fait, elle est ignorée, et la géographie la remplace, pour servir de simples intérêts. Sur fond d’amnésie la déculturation devient ici une vraie décivilisation.
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Michel Théron