C’est, on le sait, l’obsession de l’actuel locataire de la Maison Blanche, qui lui a inspiré le fameux slogan sous forme de mantra : Make America great again (acronyme MAGA), derrière lequel se rangent maintenant ses supporters. Il peut même prendre le terme dans un sens strictement géographique : ainsi son annexion rêvée du Groenland procède du désir d’étendre le territoire de son pays, et ce faisant de passer glorieusement à la postérité et d’entrer dans l’Histoire.
Mais cette entreprise est pour moi une fuite en avant, alimentant le seul narcissisme de son auteur, une soumission à des valeurs qui sont seulement de représentation. Un peuple à qui on la propose comme idéal à suivre est détourné de ce qui devrait être son désir essentiel, celui d’être heureux, comme il est dit d’ailleurs dans la Déclaration d’indépendance américaine de 1776, à laquelle, plutôt qu’à la grandeur et à la gloire, le président états-unien aurait dû se référer. Madame de Staël disait bien à cet égard que la gloire est « le deuil éclatant du bonheur »
.
Et comme dit le proverbe les gens heureux n’ont pas d’histoire. On fait miroiter au peuple le prestige de cette dernière pour lui faire oublier son aspiration réelle. On l’étourdit par des incantations rhétoriques, des conquêtes territoriales, et des anathèmes jetés sur les étrangers vus comme des ennemis, au mépris de toute empathie naturelle. Dans la nature on sait que la règle n’est pas que l’agression et la prédation : il y a de nombreux cas de coopération et de symbiose.
De toute façon toutes les entreprises humaines recherchant prestige et gloire sont vouées, à terme, à l’échec. L’écroulement des empires remplit les poubelles de l’Histoire, au point qu’on se demande comment on peut encore en faire l’éloge. Cette vantardise ne sert qu’au bénéfice, très momentané, de quelques uns, et au massacre de milliers de morts parmi ceux qui sont les victimes de l’entreprise.
Mais aux thuriféraires de la grandeur on peut montrer qu’en réalité le Roi est nu. Dire comme Victor Hugo dans Marion de Lorme : « Si grand que soit un homme au compte de l’orgueil / Nul n’a plus de six pieds de haut dans le cercueil ». Ou encore écouter Montaigne (Essais, III, 13) : « Si avons-nous beau monter sur des échasses, encore nous faut-il marcher de nos jambes. Et au plus élevé trône du monde, encore ne sommes-nous assis que sur notre cul. »
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Michel Théron