En droit il faut se le représenter comme un contrat unissant deux parties, appelé synallagmatique. Tout devoir engendre un droit. Ainsi je dois au policier l’obéissance, et j’ai droit en retour à ce qu’il me protège. Et lui a droit à ce que je lui obéisse, et il a le devoir de me protéger. Ce schéma est clair et rationnel, et on s’attendrait à le voir appliqué partout dans la société.
Mais ce n’est pas toujours le cas. Ainsi du devoir conjugal, que nos députés viennent de supprimer (france24.com, 29/01/2026). Et effectivement on ne voit pas comment il pourrait avoir sa place dans la législation du mariage. Sauf à voir ce dernier dans une perspective marchande, celui (ou celle) qui l’invoque pouvant dénoncer, devant les tribunaux, le refus de son partenaire de s’y soumettre. Cela s’est vu en effet, des divorces pour faute ayant déjà été prononcés pour manquement à cette obligation. En somme, le plaignant aurait le sentiment d’avoir été « trompé sur la marchandise », ou avoir fait une acquisition obérée de vices cachés. Cela supposerait qu’il a en se mariant pensé faire une affaire. On voit la trivialité et l’absurdité de ce raisonnement.
Mais surtout on a pu s’autoriser du devoir conjugal pour justifier le viol conjugal, qui est très fréquent, la majorité de ce type d’agression se produisant dans le cadre familial. Il y a dans le devoir conjugal un relent machiste et patriarcal évident, le partenaire étant considéré comme une simple marchandise sexuelle, soumis au « droit de cuissage ».
Beaucoup reste à faire pour relooker l’article 215 du Code civil. Certes la « communauté de vie » ne sera plus assimilée à une « communauté de lit ». Mais qui ne voit que cette injonction procède initialement du natalisme religieux qui défend toujours la procréation (Genèse 1/28), et remplace l’autonomie d’un sujet par une hétéronomie qui ne le met pas en état de contracter librement ? Et de même l’obligation de « fidélité » du même article, que les députés socialistes ont en vain voulu supprimer. Il y a en effet des fidélités qui sont pires que des infidélités.
Tant il est difficile d’appliquer un schéma rationnel et simplifié à un domaine intime et personnel où les situations exigent pour être saisies une grande subtilité, et où les « devoirs » au sens traditionnel sont absents. Souvenons-nous de la maxime d’Augustin : « Aime et fais ce que tu veux. »
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Michel Théron