Ce mot désigne une opposition active, délibérée et militante au théisme (Wikipedia). J’ai pensé à la position qu’il désigne en parcourant le texte de la récente encyclique du pape Léon XIV Magnifica Humanitas (tribunechrétienne.com, 25/05/2026). C’est une critique en règle, minutieusement argumentée, de la modernité technicienne, et au premier chef de l’IA (Intelligence artificielle), qui la résume. Le texte renvoie à l’épisode biblique de Babel (Genèse 11/1-10). Le sens en est la prétention des hommes à bâtir une tour qui leur permette d’escalader le ciel et d’y détrôner toute forme de divin : c’est bien de leur part un antithéisme. Le même d’ailleurs qui anima, dans la mythologie grecque, le Titan Prométhée, ennemi des dieux et ami des hommes (philanthrope), à qui il apporta le feu, métaphore de la connaissance.
Ces histoires veulent toutes dire que l’homme doit se méfier d’une prétention à vouloir tout comprendre et par sa puissance à tout maîtriser de son destin sur la terre. Et en effet les exemples pris par le pape sont bien significatifs de cette ambition : solutions technicistes appliquées à tout problème, recours en chaque occasion pourtant humaine au réflexe numérique, transhumanisme, etc.
Mais si je suis d’accord avec les analyses intempestives de l’Encyclique, je suis moins conquis par leur contenu théologique. Il est fondamentalement christocentrique. On y lit par exemple : « Le mystère de l’homme ne s’éclaire vraiment que dans le mystère du Verbe incarné » (Magnifica Humanitas, n°4). Je ne pense pas quand à moi que la mention du Logos johannique et de ses aléas kérygmatiques postérieurs soit indispensable à la compréhension de l’ensemble de l’analyse. En outre, elle pourrait dissuader de lire plus avant. À seulement usage interne, elle pourrait justifier la définition que Borgès donnait de la théologie : « Une branche de la littérature fantastique ».
Tous dogmes ôtés, il suffit à mon avis que Dieu soit une façon de dire que nous ne savons pas tout et le tout des choses, même quand nous croyons le contraire. Ni quand nous pensons, ni quand nous agissons nous ne maîtrisons la vie. Aucune IA ou nulle technique ne peut nous donner les clés de notre destin. C’est la prudence salutaire induite en notre esprit par cette constatation qu’on appelle présence de Dieu. C’est une simple façon de parler, mais elle invalide tous les antithéismes.
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Michel Théron