Beaucoup d’ouvrages aujourd’hui paraissent qui veulent débarrasser la construction chrétienne de l’armature de mythes ajoutés au fil des siècles pour recouvrir la figure de Jésus et en désamorcer le contenu originel, qu’on suppose strictement humain. Que faut-il penser de cette entreprise ?
D’abord elle est très utile et nécessaire, pour retrouver en Jésus une voix encourageante susceptible d’épouser les luttes populaires, et en rupture avec toute espèce de cléricalisme traditionnellement lié aux puissants. On peut penser que sa divinisation, opérée à Nicée en 325, a désamorcé le contenu subversif et révolutionnaire de ses paroles. On n’a plus eu alors devant les yeux l’image encourageante d’un frère en lutte, poussant à l’action contre l’injustice. Devant un dieu en effet on baisse la tête dans une soumission passive. Et pareillement devant ses mandataires ici-bas, comme le clergé qui a charge de gérer l’Église.
Ce processus d'ailleurs est habituel : quand quelqu’un gêne, on le promeut. Comme il y a des promotions-canapé, il y a des promotions-placard. – J’ai analysé ce processus de désamorçage dans mon livre Les Mystères du Credo (éd. BoD, 2018).
Pourtant il ne faudrait pas ici jeter le bébé avec l’eau du bain. Il y a danger en effet à récuser tous les mythes. Car s’il est pour l’homme des mythes aliénants, il en est qui le font grandir, l’instituent en véritable humanité. Je ne prendrai ici qu’un exemple, celui de la naissance virginale de Jésus. Qui ne voit que cette histoire, si absurde logiquement puisse-t-elle paraître, contient des intuitions très profondes ? Sur la confiance d’abord qu’un homme doit faire à sa compagne, comme Joseph l’a fait à Marie. Et aussi sur ce que doit être la vraie paternité : le vrai père est celui non pas qui « donne la vie », mais qui adopte son enfant et le fait grandir. – Je suis sûr qu’il y a beaucoup d’autres mythes chrétiens comme celui-là, qui ne sont pas aliénants ou mystificateurs.
Bien sûr il faut savoir décrypter ces histoires, récuser ici un ricanement qui vient de loin et nous est depuis Voltaire si familier. La phrase d’Alain dans Les dieux le dit bien : « Ce qui importe n’est pas si c’est vrai, mais comment c’est vrai. » Mais si on fait cet effort de psychologisation, on évitera, dans l’abord de ces constructions irrationnelles, une démythologisation systématique qui aujourd’hui me semble dangereuse.
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Michel Théron