Le squelette d’une femme a été découvert par un huissier de justice, mardi 16 juin 2026, dans son appartement du XVe arrondissement de la capitale. Dans le logement, les journaux les plus récents dataient de 2022. Du côté du voisinage, personne ne s’était rendu compte de l’absence de la femme. « Je me disais bien qu’elle ne faisait plus de bruit », a simplement déclaré un locataire. (Source : ouest-france.fr, 22/06/2026)
La réaction du locataire, totalement dépourvue d’empathie, est très significative. On peut désormais, par Internet et les réseaux numériques, être en communication avec le monde entier, et ignorer totalement la présence de son voisin de palier. C’est une société schizophrène, solipsiste, résumée par l’image, devenue archétypale, du passant dans les rues de nos villes, marchant les yeux rivés sur son portable, et ignorant tous ceux qu’il côtoie. La convivialité, les traditionnelles relations de bon voisinage, n’existent plus. Société atomisée, où chacun vit l’isolement le plus complet, même si l’air du temps, l’ambiance euphorisante des médias veulent le persuader du contraire, en le convainquant d’une fête permanente.
J’ai bien parlé d’isolement, et non pas de solitude. C’est celui-là qui est catastrophique, car la vie relationnelle est essentielle pour l’homme, animal social. Mais celle-ci au contraire est bénéfique et vitale, et en particulier pour certains d’entre eux, que leur tempérament pousse davantage vers elle. Tous pourtant il me semble devraient se ménager dans leur vie des moments pour la goûter et l’habiter. Le marcheur solitaire est plus curieux de ceux qu’il rencontre que les esclaves du portable perdus au sein de la grande foule.
Ils courent aveuglés et isolés au fond, sans s’intéresser à autre chose qu’à leur petite personne. Autrui n’est pour eux qu’un vague brouillard numérique, perdu dans une essentielle inexistence. Les écrans font écran entre lui et eux. Ils vivent pour eux-mêmes et par les autres, mais en fait dans un simulacre de contact, alors qu’il faudrait vivre par soi-même, et véritablement pour les autres. D’où l’isolement absolu et la mort sociale qui condamne certains, et le manque de considération et de bienveillance des autres à leur égard. Si sans doute le locataire susdit s’était occupé de sa voisine, elle n’aurait pas été ainsi trouvée morte, et depuis quatre ans.
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Le blog de
Michel Théron