Lors de la récente convention républicaine à Dallas, le président américain a promis une récompense de 5 000 dollars pour chaque adulte aux États-Unis, si son camp remporte les élections de mi-mandat. En cela il a fait preuve d’une double corruption : et de ses concitoyens dont il a voulu par un tel chantage acheter le vote, et plus généralement du système électoral de son pays, le vote étant par lui transformé en plébiscite. Pour convaincre les électeurs il a en effet fait campagne sur son seul nom : « Je vous demande de faire comme si j’étais sur le bulletin », leur a-t-il indiqué, sans s’inquiéter si ce n’était pas, par là, modifier la nature du scrutin. (huffingtonpost.fr, 10/09/2026)
Cette promesse en outre est mensongère, et on ne voit pas comment le président pourrait la tenir. Même elle n’est que virtuelle, car le montant en est absurde selon les économistes. L’ensemble représente un total dépassant les 1200 milliards de dollars. Or les États-Unis dépensent plus de 6 000 milliards de dollars par an : Donald Trump propose donc dans sa promesse l’équivalent d’un cinquième de ce montant. À l’immoralité intrinsèque de sa proposition le président ajoute donc la manipulation et le mensonge. Ce genre de falsification n’est pas nouveau dans sa bouche. Mais ses fans ne réfléchissent pas aussi loin. Ils ne voient que le pactole dont ils bénéficieront s’ils votent bien.
Acheter les convictions de quelqu’un est l’empêcher d’écouter ce que dans sa profondeur intime peut lui dire son âme. C’est l’amputer de sa dimension essentielle, sa liberté de choisir un chemin de dignité plutôt que la voie de la dépendance et de l’assistanat. Comme fait le Loup face au Chien dans la fable de La Fontaine : il préfère être libre et risquer de mourir de faim, plutôt qu’être nourri et esclave. Ce rétrécissement de l’être, cette amputation anthropologique est ce que Marcuse a appelé l’unidimensionnalité.
Le phénomène est de tout temps. Il a été illustré par l’épisode évangélique de la tentation de Jésus au désert. Le Diable essaie de corrompre Jésus en lui faisant miroiter les bienfaits divers qui séduisent ordinairement les hommes (nourriture, argent, domination…). Mais lui refuse chaque fois, pour maintenir en l’homme âme et conviction profonde. Dommage que face au tentateur et diabolique Donald Trump ce discours libérateur n’ait pas la chance d’être reçu par ses électeurs.
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Michel Théron