J’ai suivi à la radio et à la télé le spectacle de la récente venue du pape à Paris, et les commentaires que j’ai entendus m’ont édifié. Par exemple deux jeunes femmes récemment baptisées parlaient constamment de Jésus, qu’elles disaient vouloir rencontrer à nouveau. Manifestement elles le voyaient en tant qu’un être exceptionnel, dont elles recherchaient auprès d’elles présence et protection. Là est ce que j’appelle jésulâtrie, c’est-à-dire adoration de la personne même de Jésus.
Mais il me semble qu’il récuserait lui-même le culte dont il fait ainsi l’objet. Dans le droit fil du judaïsme, il apparaît simplement comme un orthopraxe, dont il convient d’entendre la voix, et non comme un personnage divin qu’il faudrait adorer : « Pourquoi m’appelez-vous ‘Seigneur, Seigneur’, et ne faites-vous pas ce que je dis ? (Luc 6/46) L’important en effet est seulement de bien agir, de faire ce qu’on doit. Jésus est une voix qui monte la voie, un rabbin d’exception si l’on veut.
Mais quand on s’intéresse à sa personne on l’imagine comme un être physique auquel on peut s’unir réellement à tel ou tel moment. Ce n’est plus une voix qu’on écoute, qu’on accueille au fond de soi. C’est une sorte de Grand Frère proche, et le culte qu’on lui porte ne se distingue pas formellement de celui qu’on voue à d’autres icônes du moment. Ainsi dans le barnum dont on vient d’avoir le spectacle, rien pour certains ne distinguait la prestation du pape, vicaire du Christ, de celle d’une rock-star, ou encore, actualité oblige, de celle d’une Céline Dion. L’émotion collective annule toute différence qualitative. La transcendance disparaît dans la transe en danse. C’est le cas aussi chez les chrétiens évangéliques.
Les résultats peuvent être risibles. Ainsi à la même occasion j’ai entendu sur France Inter un responsable de l’événement. Comme on lui suggérait plaisamment qu’écouter Jésus pouvait mener à entretenir ses muscles en salle de sport, il répondit en acquiesçant : « Jésus devait être costaud car il était charpentier ». Voilà où mène la proximité humanisante de Jésus. Je pense au mot de l’archevêque de Paris Mgr Hyacinthe-Louis de Quélen, s’exprimant sur la généalogie de Jésus : « Non seulement Jésus-Christ était fils de Dieu, mais encore il était d’excellente famille du côté de sa mère. » Commencée dans l’émotion, la jésulâtrie finit dans le ridicule.
commenter cet article …
Le blog de
Michel Théron