« Chassez le naturel, il revient au galop ». J’aime bien ce proverbe, dont on doit l’idée au poète latin Horace : (« Naturam expelles furca, tamen usque recurret » : Chassez la nature à coup de fourche, elle reviendra »). Il me semble aujourd’hui très actuel.
On sait que le site Médiapart a révélé l’existence de discours antisémites tenus dans sa jeunesse par le président de Rassemblement National Jordan Bardella, que l’intéressé bien sûr conteste aujourd’hui. Mais si le fait est vérifié, comme il le semble, on ne peut s’empêcher de penser qu’ici remonte à la surface un ancien fond nauséabond : le contexte idéologique dans lequel a baigné l’ancien Front National, et qui peut encore aujourd’hui éclabousser le président de sa nouvelle version.
On voit, dans les réactions très violentes qu’a suscitées l’article de Médiapart chez les dirigeants du R.N., qu’il s’agit là d’un point très sensible pour ce mouvement. Le président a parlé à ce propos de « guerre totale ». Et Marine Le Pen a dit à Médiapart d’« enfiler son costard en tévlar », c’est-à-dire un gilet pare-balles, ce qui constitue bel et bien des menaces de mort (franceinfo.fr, 29/09/2026). Il y a là une permanence de vieux réflexes qu’on aurait pu croire aujourd’hui oubliés.
Le travail de dédiabolisation de ce parti n’a pas porté ses fruits. Un autre proverbe le dit bien : « L’habit ne fait pas le moine ». Porter une cravate à l’Assemblée ne suffit pas à se dédouaner du passé. Il faut aussi mettre fin à certaines fréquentations. Dis-moi qui tu hantes, je te dirai qui tu es.
Derrière tous les oripeaux et masques qui dans la comédie sociale font de nous des acteurs, littéralement des hypocrites, il y a ce que nous sommes vraiment, et qui se révèle à telle ou telle occasion. Certes on voudrait bien que cela soit à notre avantage. Mais cela est très rare. Notre passé nous saute à la gorge, à notre corps défendant. Jordan Bardella pourrait invoquer, dans les discours qu’il a tenus naguère, l’erreur de jeunesse, et dire qu’il a changé. Mais est-il saint Paul ayant vécu un miraculeux Chemin de Damas ? Bien plutôt sera-t-il confronté au Tribunal public, dont certains procureurs déjà le somment de démissionner de sa fonction de député européen. La sanction est implacable, ainsi que ses attendus. Un dernier proverbe le dit encore : « De méchant fondement / Jamais bon bâtiment ».
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Michel Théron