Un ancien article (8 septembre 2022)
Lors du premier Conseil des ministres qui s’est tenu après la pause estivale, le Président a déclaré solennellement que c’en était désormais fini de l’époque de l’abondance et de l’insouciance. Il faisait allusion bien sûr à la crise du Covid, à la guerre en Ukraine et à ses conséquences économiques, et à l’été caniculaire que nous venons de vivre. Bref, il a préparé les Français à accepter dorénavant des restrictions à leur mode de vie.
On pourrait tout à fait être de son avis, en songeant par exemple que la liberté n’est pas gratuite : freedom is not free, comme disent les Anglais. Mutatis mutandis, on pense à Churchill leur prédisant à l’orée de la seconde guerre mondiale sang, sueur et larmes. De l’épreuve, on pourrait penser alors que chaque Français aura sa part.
Malheureusement le Président s’est aussitôt contredit, quand il a désavoué implicitement son ministre délégué aux transports qui avait parlé de réguler les jets privés au niveau européen. Voici ce qu’a dit le Président : « Ça peut toujours sembler séduisant de dire ce que les gens veulent entendre, mais il faut d’abord raisonner en se demandant si c’est efficace et utile. »
Selon une étude, un passager en avion privé émet dix fois plus de CO2 par kilomètre que sur un vol commercial, 50 fois plus qu’en prenant le train. (Source : TF1info, 21/08/2022) L’exemple donné est donc catastrophique pour le Français moyen, qui ne comprendra pas qu’on fasse ici deux poids deux mesures. À la majorité des citoyens les restrictions, et à l’infime minorité des privilégiés les vols privés !
La position du Président est peut-être pragmatique, car ces vols privés font vivre pas mal de personnes, à commencer par le personnel des petits aéroports. Mais enfin cela n’est pas une raison pour laisser les choses perdurer, par égard à la catastrophe climatique vers laquelle on va tout droit (voir mon billet « Apocalypse », Golias Hebdo n°732). Et même si la mesure de régulation n’était que symbolique, il faudrait la prendre. Il ne faut pas sous-estimer le pouvoir des symboles dans le cœur des hommes.
Finalement le Président demande des efforts aux uns, mais pas aux autres. Ses paroles sont très significatives : il faut d’abord, selon lui, se demander si la mesure de régulation « est efficace et utile ». Que n’a-t-il dit : « si elle est morale » ? Dommage que ce mot, décisif ici, ait manqué dans son vocabulaire !
commenter cet article …
Le blog de
Michel Théron