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30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 22:04

 ¨(Extraits de mes ouvrages)

La dicussion se poursuivant sur le forum unitarien auquel je participe, à propos de la traduction du premier verset du Prologue de l'évangile de Jean, je fais ici un article sur l'article.

  

Le texte johannique porte : « La Parole était Dieu ». En grec : Theos èn ho Logos. On ne peut traduire autrement car en grec l'attribut (ici Dieu,Theos) n'a pas d'article. A la rigueur on pourrait traduire : « La Parole était un Dieu », car dans le grec du Nouveau Testament l'indéfini enclitique tis, présent en grec classique, a disparu. Ainsi « un homme » s'y dit simplement anthrôpos, alors qu'en grec classique il faudrait anthrôpos tis. Les antitrinitaires donc peuvent s'y retrouver, surtout s'ils remplacent en extrapolant un peu : « La Parole était un dieu » par : « La Parole était divine ». Je vous renvoie ici à mon article Monarchiens et Modalistes.

 

L'important en tout cas est que dans le texte grec le sujet, qui porte l'article, est bien la Parole (ho Logos). – Mais en latin, qui ignore l'article, Deus erat Verbum peut se comprendre dans les deux sens : « La Parole était Dieu », ou « Dieu était la Parole ».

 

Prenez maintenant la première lettre de Jean, en 4/8. En grec on n'y peut comprendre que : « Dieu est amour » (Ho Theos agapè estin). Ho Theos est bien sujet, car pourvu d'article, et agapè, qui en est dépourvu, attribut. – Mais en latin Deus caritas est peut se comprendre soit en : « Dieu est amour », soit en : « L'amour est Dieu ». La seconde version a été jugée hérétique. C'était celle des Adamites, Agapètes, des Béguines et Bégards (Rogo caritatem : conjaceas mihi – « J'ai besoin d'amour : couche avec moi »), des Condormants, etc. bref de tous les « Mouvements du Libre Esprit », de tous les Antinomistes divers qui faisaient de l'Amour leur Dieu, et que j'ai répertoriés dans mon Petit lexique des hérésies chrétiennes. Ne vous laissez pas abuser par les calomnies qu'on a colportées à leur sujet. Voici la fin de mon article consacré aux Agapètes :

 


« Rien n’est impur pour des consciences pures.. ». Quoi de plus beau que cette maxime des Agapètes ? Ce qui souille l’homme, ce n’est pas ce qui entre en lui de l’extérieur, mais ce qui sort de lui, du fond intérieur de son être, de son cœur : « Ne saisissez-vous pas que tout ce qui entre dans la bouche va dans le ventre, puis est jeté à l’écart. Mais ce qui sort de la bouche provient du cœur, et c’est ce qui rend l’homme impur » (Mt 15/17-18). C’est le regard porté sur les choses qui les valorise, ou non, et qui corrélativement nous juge, nous sanctionne : « Ton œil est la lampe du corps. Lorsque ton œil est en bon état, tout ton corps aussi est illuminé ; mais s’il est mauvais, ton corps aussi est dans les ténèbres » (Lc 11/34). Le bon regard transforme tout. Nous savons bien, depuis La Belle et la Bête, qu’il faut qu’un être soit aimé pour qu’il devienne aimable.

Tout dépend donc de la façon de regarder, de l’œil. En fait, l’expression en bon état traduit très mal dans le texte de Luc le grec haploûs, qui veut dire simple, unifié. Ce qui disqualifie au contraire conduite et mœurs, c’est le regard équivoque, avec arrière-pensées, le regard divisé. Celui-là est diabolique. En grec le diable, diabolos, est celui qui sépare, qui divise (diaballein : désunir).

Les Agapètes ont-ils fini dans le diabolique, comme beaucoup le leur ont reproché ? Je ne sais trop, car s’en tenir à la version des vainqueurs est souvent hâtif : leur mouvement fut définitivement supprimé par le concile de Latran en 1139. Si oui, en tout cas, il me semble que c’est bien dommage. Cela signifierait que ce qu’il y a de plus beau au monde, la transfiguration de tous êtres et choses par le regard qu’on porte sur eux, est très difficilement praticable. (pp.36-37)


 

Pourquoi donc l'Amour ne serait-il pas Dieu ? – Vous voyez en tout cas que tout dépend de la version que l'on pratique du Nouveau Testament, la grecque ou la latine, et que comme disait Montaigne « la plupart des causes de trouble du monde sont grammairiennes ».

 

Hérésies, pub (La Vie), 1 exemplaire

 

 

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commentaires

M
<br /> Merci beaucoup pour ce riche partage de traducteur.<br /> <br /> <br />
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M
<br /> <br /> Merci beaucoup, chère Marike, de votre merci.<br /> <br /> <br /> Michel<br /> <br /> <br /> <br />

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).

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