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31 mai 2018 4 31 /05 /mai /2018 00:01

Je viens de voir le film Marie Madeleine, de Garth Davis, une adaptation de l’évangile apocryphe de Marie. Il est d’une grande banalité, et je ne me suis intéressé qu’à son extrême fin : après la mort de Jésus, Marie dit aux Apôtres qu’ils n’ont pas compris où se situait le Royaume annoncé par le Maître. Il n’était pas terrestre et glorieux, comme celui que Pierre par exemple veut prêcher aux futurs fidèles. Il est, dit-elle, « déjà là, à l’intérieur de vous » (je cite la VO du film : It is here, within us). Là pourrait être, pour le spectateur néophyte, le message original de Marie et l’apport nouveau du film.

 

Pourtant on a déjà remarqué que Jésus étant mort, et la prédiction de la venue imminente du Royaume ne s’étant pas réalisée, on a pu le transformer, de terrestre qu’il était initialement, en quelque chose de tout autre, un changement intérieur. C’est ainsi que l’ont compris les gnostiques, mais déjà l’évangile de Jean, qui fait dire à Jésus que « le Royaume n’est pas de ce monde » (18/36).

 

Mais aussi je note que parmi les synoptiques mêmes l’évangile de Luc fait dire à Jésus : « Le Royaume est à l’intérieur de vous » (17/21). On a beau tourner le texte dans tous les sens, le grec original entos hymôn, le latin de la Vulgate intra vos, et aussi, en écho à mon film, le within us de la Bible King James, ne signifient pas autre chose qu’« à l’intérieur de vous ». Ce que comprennent toujours les orthodoxes, et qu’on retrouve aussi dans l’évangile de Thomas (logion 3).

 

Mais je gage que cette intériorisation du Royaume va encore être regardée avec suspicion. Ainsi, pour Luc 17/21, la TOB traduit par « parmi vous », et dit en note : « On traduit parfois ‘en vous’, mais cette traduction a l’inconvénient de faire du Royaume une réalité seulement intérieure et privée. » On le voit : qui s’excuse s’accuse, et quand le texte gêne, on le fausse. La pastorale, qui veut à tout prix socialiser les hommes, passe avant la philologie.

 

Merci en tout cas aux cinq dernières minutes de cet interminable film de deux heures de m’avoir permis de faire ces réflexions !

 

D.R.

 

***

 

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commentaires

Anwen 29/06/2018 13:39

Bonjour,
Permettez quelques mots sur Marie au moyen-Âge. Merci.
Les siècles qui avaient brillé du Christianisme de Johanna avaient remis en lumière la grande Myriam, et le culte de cette personnalité, entourée du prestige des choses lointaines, s'était répandu dans tout l'Orient.
Il avait une place prépondérante dans les Mystères et devait, par cette voie, arriver jusqu'aux temps modernes.
Les Catholiques comprirent que, pour faire accepter leur doctrine, il était indispensable d'offrir au peuple la continuation de cette légende mariale, dont on connaissait si peu l'histoire réelle qu'il était facile d'y intercaler la nouvelle légende de la Mère de Jésus devenu un Dieu sauveur. On pensa même que la Mère ferait accepter le fils, et on ne se trompait pas ; le culte de Marie se propagea facilement, et c'est elle qui, pendant tout le Moyen-Age, eut dans la religion nouvelle la place prépondérante.
En 608, le pape Boniface IV consacra le Panthéon de Rome à Marie. C'était rétablir le culte de la Femme. On lui rendait son nom antique « Notre-Dame », si peu en harmonie avec la pauvre femme de Judée de la légende évangélique, si peu Dame.
Sans cette réintégration de la Femme dans la religion, le culte catholique eût certainement sombré. C'était une imitation lointaine du Paganisme, en laid, car la Sainte Vierge, dont le principal mérite est de ne pas être une femme comme les autres, est présentée sous un aspect qui l'enlaidit ; enveloppée de voiles, elle cache la radieuse beauté de la Femme. Son expression de douleur, sa maternité, qui prime tout, sont des conditions qui vont créer un art spécial, dont le Moyen Age va remplir les églises, la reproduction du laid, les contorsions de la souffrance comme idéal.
C'est que le mensonge ne peut pas créer la beauté, qui restera toujours le privilège du vrai.
« Il ne faut pas croire, dit Burnouf, que le paganisme ait été promptement remplacé par la religion du Christ. Celle-ci était déjà montée sur le trône impérial depuis plus de deux cents ans, que l'on sacrifiait encore aux dieux dans plusieurs temples de la Grèce ; nous-même avons constaté, dans ce pays, que beaucoup de saints ou de personnages chrétiens n'ont succédé aux dieux d'autrefois que parce qu'ils portaient des noms pareils aux leurs, ou pouvaient être l'objet de cultes analogues. Saint Hélie a succédé à Hélios, le Soleil ; saint Démétrius à Dèmèter ou Cérès ; la Sainte Vierge à la Vierge Minerve, qui fut l'Aurore, et ainsi d'autres. Des traces nombreuses de l'ancien culte existent encore au sein du Christianisme, qui n'a jamais pu les effacer entièrement. Tous les faits recueillis dans ces dernières années, soit en Allemagne, soit en France ou ailleurs, prouvent que les religions ne font pas table rase quand elles se succèdent l'une à l'autre, mais qu'elles se pénètrent en quelque sorte à la façon d'un insecte qui se métamorphose, la forme nouvelle se substituant par degrés à l'ancienne et ne s'en débarrassant tout à fait qu'avec le temps.
« Ces lois générales, que tous les hommes de science admettent aujourd'hui, ont pour l'étude cette conséquence que plus une religion est moderne et universelle, plus sont nombreux les éléments qu'elle a réunis et qu'elle renferme dans son sein ; en d'autres termes, plus sont diverses ses origines. Un ignorant ou un esprit timoré peut seul s'imaginer que le Christianisme a tiré exclusivement son origine des Livres juifs ; car non seulement la doctrine chrétienne n'est pas tout entière dans la Bible, comme le pensent volontiers certains Israélites, mais encore, dans sa marche, elle a beaucoup emprunté aux idées grecques et latines, et plus tard à celles qui avaient cours au Moyen Age dans la société féodale. Si du dogme on passe au rite, on voit que la majeure partie de ses éléments ont une source orientale et une signification symbolique par laquelle il se rapproche des cultes indiens. » (Science des Religions, p. 75.)
L'Église n'a accepté et glorifié Marie qu'à l'époque où elle n'a plus craint de voir renaître le culte des anciennes Déesses.
Dans les Évangiles catholiques, on a supprimé tout ce qui glorifiait la femme. Et cependant, à l'époque où on les faisait, Marie (la grande Myriam) était célébrée en maints endroits ; elle avait des temples dans les villes et des chapelles dans les campagnes, mais les Catholiques n'en parlent pas.
Lorsque, après la conversion de Constantin, on chercha à introduire la religion nouvelle en Gaule, on comprit qu'il faudrait des siècles pour détruire le culte de la Nature, qui y régnait, et la glorification de Marie, l'antique Déesse égyptienne. L'Église aima mieux faire des concessions ; elle rendit un culte à Marie à cause de sa rivalité avec les Johannites, bien plus puissants qu'elle, à cette époque, malgré les persécutions. Ce fut une surenchère : l'Eglise s'appropria la Sainte et l'exalta avec exagération, tout en l'incorporant dans sa légende, pendant que les Fraternités qui, dans les Loges de saint Jean, lisaient son nom à l'envers et en faisaient Hiram, la cachaient de plus en plus ; et c'est par cette ruse que les Catholiques ont dominé le monde et que les Johannites ont disparu.
L'Église a multiplié les temples, les fêtes, les pèlerinages et les prières, pendant que les défenseurs de la Vérité se cachaient et se taisaient.
L'abbé Orsini nous fait remarquer « ce soin héréditaire et incessant des souverains pontifes, d'animer en mille manières la dévotion publique envers Marie ; cet empressement de toutes les nations à se mettre sous son patronage ; cette ardeur des anciens Pères, des saints de tous les siècles, des peuples entiers, à défendre ses prérogatives contre ceux qui les attaquaient. ». C'est que, en effet, c'est toujours quand l'homme a tort qu'il met le plus d'acharnement à répandre les doctrines par lesquelles il se justifie.
Le culte de Marie fut une justification.
Toutes les religions de l'antiquité ont adoré la Femme. Le Catholicisme l'avait d'abord supprimée pour lui substituer un homme. Mais, comme l'homme n'adore pas un autre homme, il en est résulté que le Catholicisme n'a été qu'une religion pour les femmes faibles, qui ont adoré le Principe mâle dans Jésus. Quant aux hommes qui ont voulu retrouver une satisfaction à donner à leurs aspirations religieuses, ils ont introduit dans leur religion le culte de la Vierge Marie, pour perpétuer l'antique culte de la Femme.
Le culte de Marie se répandit plus vite que celui de Jésus, parce que Marie représentait une Déesse antique et avait un passé glorieux depuis Myriam, tandis que la légende de Jésus, avec toutes ses invraisemblances, ne pouvait être écoutée que comme une histoire sans valeur.
Puis, dans la Gaule, déjà, on attendait la Vierge qui devait enfanter ; on était donc préparé à la recevoir, mais on n'attendait pas un homme, d'autant plus qu'on voyait déjà, dans ce culte renversé des Catholiques, qui adoraient l'homme et n'adoraient pas la Femme, la cause des mauvaises mœurs qui régnaient partout et allaient prospérer.
C'est ce renversement des facultés psychiques des sexes qu'on appelait le Satanisme.
Donnant à l'homme la Divinité de la Femme, il y avait une apparence de logique à lui donner aussi le culte rendu à la Déesse, mais cette substitution fut grotesque et fit naître, pendant tout le Moyen Age, la querelle résumée dans l'histoire du Satanisme.
L'Église, qui n'a jamais été qu'une société politique, n'a pas su appliquer aux besoins moraux de l'humanité les vérités profondes des lois de la Nature. Ses prêtres sont impuissants à comprendre l'antique science et le secret des Mystères.
Lien : https://livresdefemmeslivresdeverites.blogspot.com/2017/07/origines-et-histoire-du-christianisme.html
Cordialement.

www.michel-theron.fr 29/06/2018 17:44

Merci de ce long exposé. Je ne suis pas spécialiste d'ésotérisme, et donc ne peux vous répondre en détail. Ce qui est vrai, c'est que le culte rendu à Marie a féminisé de façon heureuse le christianisme, catholique romain et orthodoxe. Seuls les protestants sont restés à l'écart, et c'est dommage, comme C-G. Jung l'a remarqué. Bien à vous. M.T.

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  • Agrégé de lettres, professeur honoraire en khâgne et hypokhâgne, écrivain, photographe, vidéaste, chroniqueur et conférencier (sujets : littérature et poésie, stylistique du texte et de l'image, culture générale et spiritualité).
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