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objet en est fort divers. Ainsi, à propos de la mort de Diego Maradona, on a rappelé l’existence en Argentine d’une église maradonienne, dévouée au culte du footballeur. Elle possède actuellement entre 80 000 et 100 000 adeptes dans plus de soixante pays (Source : Wikipédia).
Elle possède son « Notre Père » (Diego Nuestro : Notre Diego), son Décalogue, un tétragramme D10S, combinant le numéro 10 du joueur et le terme Dios, Dieu, ainsi que deux fêtes principales, la Noël maradonienne célébrant son jour de naissance, dont part le nouveau calendrier maradonien, et les Pâques maradoniennes, en l’honneur du match de l’Argentine face à l’Angleterre lors de la coupe du monde de juin 1986 au Mexique.
On pourrait penser qu’il s’agit là d’un canular. Mais pas du tout. Il suffit de voir, à l’occasion de la mort de l’idole, le désespoir planétaire des adeptes de ce nouveau culte. Et aussi beaucoup d’aspects y sont impliqués, qui existent bel et bien dans notre théologie traditionnelle.
Ainsi la fameuse « main de Dieu », qui fait référence à l’expression utilisée par Maradona pour qualifier son but marqué volontairement avec la main contre l’Angleterre lors du match susmentionné. Aller jusqu’à se prévaloir d’une tricherie, en se proclamant élu de Dieu, renvoie à la vieille théologie de la rétribution, selon laquelle le résultat final d’une entreprise, positif ou négatif, est le signe d’une élection ou d’une réprobation de Dieu. [v. Obscurantisme]
C’est ainsi que fonctionnaient les ordalies médiévales, et que fonctionne encore l’évangélisme états-unien, pour qui le succès obtenu prouve que l’on bénéficie de la grâce divine (Évangile de la prospérité). En fait la grâce n’est ici qu’une injustice dont on bénéficie.
Des miracles, la « main de Dieu » est aussi un exemple : en fait ils vont toujours dans le sens qu’on désire, et dispensent de voir froidement choses et situations. [v. Miracle]
Il me semble qu’une vraie religion, à hauteur et mesure d’homme, doit se débarrasser de ces vieilles croyances, thaumaturgies et superstitions. Je ne pense pas que le culte maradonien ne soit qu’une fantaisie pittoresque. Il incarne bel et bien ce qu’est la religion à son origine, et dans sa version encore la plus répandue. À mon avis elle doit s’en démarquer, et passer, comme disent les Allemands à propos de la culture, de l’héritage reçu et observé aveuglément (Kultur), à la formation personnelle à la lumière de l’intelligence (Bildung). [voir là-dessus mon ouvrage La Culture générale expliquée]
Article paru dans Golias Hebdo, 10 décembre 2020
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Ce texte est extrait d'un des deux tomes de mon ouvrage Chroniques religieuses. Pour plus de détails sur ces deux livres, cliquer: ici.
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Michel Théron