Il y a un certain langage qui laisse pantois dans la bouche du président de la plus puissante nation du monde. Par exemple on a entendu, de Donald Trump : « Poutine m’a laissé tomber ». Ou bien, du même, à propos d’une incursion russe dans l’espace aérien de l’Estonie : « Je n’aime pas ça ! ». Très fréquentes chez lui sont les formules naïves et puériles comme : « Ce n’est pas bien », « Je suis déçu », etc.
Ce langage montre d’une part l’ego surdimensionné d’un personnage qui ramène tout à lui-même, confondant le sort de son pays avec le sien propre : « C’est à moi qu’on en veut ». Et d’autre part ce sont chez lui des réactions totalement affectives et immatures, telle la déception d’être « laissé tomber » par Poutine, qui fait penser à une rupture amoureuse.
Ainsi, non content de ne penser qu’à lui et non au pays qu’il dirige, il en reste à déplorer les difficultés qu’il rencontre sans s’interroger sur leur nature et la bonne façon de leur répondre. Comme s’il lui suffisait de se faire plaindre, sans réfléchir vraiment à la situation traversée.
En rester au réflexe de la plainte et de la récrimination est précisément le propre d’un enfant. Le rôle de l’adulte, parent ou éducateur, est d’arracher ce dernier au domaine despotique des tendances égocentrées et narcissiques, pour lui représenter qu’elles doivent céder devant l’existence d’un autre monde plus important qu’elles, et proprement civilisateur : le monde des valeurs. Ainsi il ne suffit pas de « ne pas aimer » une agression potentielle comme celle qu’a pu connaître l’Estonie. Il faut analyser l’événement, pour ensuite le condamner au nom de normes qui dépassent sa simple factualité.
Mais l’éducation de notre président n’a pas suffi sans doute à dominer en lui le monde de l’immédiateté instinctive. Sans doute même une éducation particulière, celle de la réussite à tout prix, l’a-t-elle conforté. Il n’a que faire des valeurs. Il ne croit qu’à la brutalité de la force imposée sans hésitation, au règne du fait accompli. D’où son langage puéril et hésitant, plus que minimal, devant tout ce qui devrait susciter en lui l’indignation.
On ne gagne rien à dire « méchant » celui qui se comporte mal, pour passe l’instant d’après à autre chose, par pure superficialité. On nous dit que ce président ambitionne d’avoir le prix Nobel de la paix. Mais il y faut de la morale, qu’il n’a pas. Et la paix sans justice n’est rien.
commenter cet article …
Le blog de
Michel Théron