Le Ministre de la Guerre états-unien vient d’annoncer qu’un contrôle du taux de testostérone chez les militaires doit obligatoirement être fait. L’idée est de remédier aux carences présentées quant à cette hormone. Mais on peut se demander si en vérité on ne veut pas doper les soldats en les virilisant au maximum, et en quelque sorte les transformer en combattants « augmentés », en surhommes. En outre ce processus présente médicalement, comme tout dopage, de réels dangers pour le sujet humain. (Source : rtbf.be, 16/07/2026)
On peut se demander ce qu’il en sera, quant à cette mesure, des personnels féminins et transgenres dans l’armée américaine. Sauf à penser qu’effectivement ils n’y seront pas les bienvenus et que, si encore ils y figurent, ils doivent en être bannis. Cette mesure s’inscrit dans un contexte viriliste, bien en accord avec l’ambiance générale qui a porté au pouvoir l’actuel président des États-Unis. On notera que, dans l’Histoire récente, les deux régimes qui ont eu ce réflexe masculiniste sont le fascisme italien et le nazisme.
On nous dit que l’hormone de la testostérone augmente l’agressivité. C’est possible, mais est-on sûr que l’agressivité est la meilleure qualité du combattant ? Que fait-on de l’intelligence, de la ruse, de la réflexion tactique ? Sauf à considérer le soldat comme une machine agressive aveugle, et promise en tant que telle à alimenter le feu de l’ennemi – ou au « hachoir à viande », comme dans la Russie de Poutine.
Il en est de l’agressivité comme de la colère selon Sénèque dans le De ira. Elle est peu soucieuse de sa propre vie, pourvu qu’elle nuise à autrui : telle l’abeille, qui laisse sa vie dans la blessure qu’elle fait. Le résultat est évidemment un énorme gaspillage, même si certains encore parlent dans un tel cas de sacrifice héroïque.
À l’opposé on pourra admirer le comportement intelligent d’Ulysse bernant le Cyclope dans L’Odyssée. Ou d’Horace, chez Corneille, triomphant de trois ennemis inégalement blessés grâce à une fuite intelligente – toutes histoires montrant que la force brute et brutale ne suffit pas pour remporter la victoire. Au lieu de leur proposer le dopage testostéroné, ou encore de faire la chasse – comme il l’a fait – à l’embonpoint de ses personnels, le ministre états-unien aurait pu y réfléchir davantage, et abandonner ici une vision archaïque et purement animale.
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Michel Théron