Lors des dernières manifestations lycéennes, le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, a dit que la violence « est parfois légitime ». À partir de là, le préfet de police a saisi la justice contre lui pour une parole qui constitue une « provocation à commettre un délit ». (leparisien.fr, 01/10/2026)
Il me semble que, si l’on excepte évidemment le cas de l’auto-défense, il est dangereux de dire que la violence est légitime, même si on ajoute le terme « parfois ». Si on y réfléchit, elle apparaît comme un échec : elle sanctionne une absence, celle du dialogue, que refusent ceux qui s’y livrent. Comment alors un échec peut-il être légitime ?
Je sais bien que certains disent, au nom de l’efficacité pratique, que la violence est un moyen pour atteindre le but qu’on se fixe : moyen, dit-on, justifié par la fin, et alors tous les moyens sont bons. Ce discours est fréquent, de Machiavel au Sartre des Mains sales. Mais Camus, dans Les Justes par exemple, a soutenu au contraire que tons les moyens ne sont pas bons. Ce point de vue moral, non utilitaire, me semble préférable, car il comporte une dimension d’humanité que n’a pas l’autre point de vue, même si ce dernier se dit « réaliste ». Anthropologiquement il est plus riche, car il suppose une exigence, il arrache l’homme au monde pulsionnel et à l’élémentaire de la riposte irréfléchie. « Un homme, ça s’empêche » disait aussi le même Camus.
J’accorde que ce point de vue peut paraître contre-intuitif, tant nous sommes portés à ce que nous imaginons être la « loi du talion » – qui pourtant était à l’origine une mitigation de la violence par l’instauration d’une proportionnalité entre la faute et son châtiment. Mais c’est dans l’évangile chrétien qu’on trouve le refus absolu de la violence elle-même : « Tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée » (Matthieu 26/52).
Cette parole s’éclaire d’une autre, sur la contagion et le ruissellement de l’amour (ou de l’empathie) sur celui ou celle qu’on refuse d’écraser par la violence de la condamnation. On voit bien cela dans le pardon donné par Jésus à la pécheresse : « Si je déclare que ses péchés si nombreux ont été pardonnés, c’est parce qu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. » Luc (7/47) Texte essentiel : au bout du compte, il y a bien des cas où l’exemple qu’on donne fait tout.
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Michel Théron